vendredi 18 avril 2008

1968-2008 : MEME(S) COMBAT (S) POUR LA JEUNESSE ?

Libération 18 avril 2008. Mehdi Ouraoui.
Pour la première fois dans notre Histoire en période de paix, une génération vit moins bien que celles de ses aînés. Mal-logement, chômage, ségrégation scolaire, ghettos urbains, surendendettement : tout indique que notre société ne se soucie plus de sa jeunesse.

Le « jeune » (désigné sous un vocable unique) est devenu, dans les représentations sociales, un danger : il est dénoncé comme individualiste, allergique à l’effort et parfois violent, à tel point qu’on en vient à l’éloigner comme un nuisible au moyen d’ultrasons…

Peu importe que les jeunes s’investissent massivement dans la vie associative, affrontent courageusement la galère quotidienne et travaillent plus pour gagner moins que les générations précédentes ! Ils sont oubliés les mots de Mitterrand : « Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort. »
En sacrifiant ses jeunes, la France sacrifie son modèle social et, pire encore, son propre avenir.

Evidemment, comme le soulignait Bourdieu dans Questions de sociologie, la « Jeunesse » n’est pas un groupe social homogène : il n'y a rien de commun entre un jeune chômeur coincé dans une cage d'escalier du 9-3 et un jeune polytechnicien des beaux quartiers parisiens. Rien de commun entre ceux dont rien n’éclaire et ceux dont rien n’obscurcit l'avenir. Mais force est de constater que si la colère des jeunes explose régulièrement, des manifs lycéennes aux émeutes de banlieues, c'est que l'immense majorité craint cet avenir sombre que la société lui réserve. Xavier Darcos n’a pas compris ce malaise et reprend à son compte le vieux « Sois jeune et tais toi ! ». Pourtant, voir des lycéens manifester non pas contre une abstraite « autorité » mais contre des suppressions de postes d'enseignants et la dégradation de leurs conditions d'études : quel exemple de responsabilité et de maturité !

En cela, les jeunes dans les rues ces jours-ci sont les dignes héritiers de Mai 68, mais du Mai 68 ouvrier et social, pas du mythe réécrit par les rebelles autoproclamés, sans autre cause que leur propre avenir. Pour la gauche, puisqu'il est question de cela sur ce blog, la mission est claire : entendre ces jeunes et leur faire toute la place qu'ils méritent.

A eux la tâche difficile de reprendre le flambeau politique en surmontant leur défiance à l'égard des partis. Qu'ils sachent qu'il y a cent ans, un jeune professeur du Sud-Ouest, autrement plus important que moi, écrivait déjà :
« Nous n'avons pas besoin d'être des émeutiers, en un temps et en un pays où la légalité même bien maniée est révolutionnaire et où le régime parlementaire peut être un formidable engin de dislocation et de rénovation».


Il s'appelait Jean Jaurès.

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