Arnold De Spiegeleer Tsahal's circles of duty.

A VOIR AUSSI : Et l'on se dit qu'il est bien tard...

A VOIR AUSSI : Et l\
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AVERTISSEMENTS !

Oui, "TEMPLE EN RUINES" - et lui seul : pas les 2 autres sites (voir : http://etlonseditquilestbientard.blogspot.com/) -
prend ces derniers temps des extraits de presse à son compte.
Non, ce n'est pas par facilité mais il est impossible de ne pas donner un éclairage sur certains faits qui, j'en suis sûr, vont avoir un impact immédiat sur notre vie à tous.
Oui, je suis convaincu que la crise ne fait que commencer.
Certains articles, très synthétiques auront disparu de la presse quotidienne d'ici quelques jours.
Ils seront plus longtemps consultables sur ce site.
Je suppose que les journaux cités comprendront ma démarche. Mais je retirerai immédiatement tout article à la moindre demande de son éditeur originel et lien est fait vers la source.
C. V. 19 juillet 2008.

Je me permets de réactiver le texte suivant, que j'écrivais sur ce site le 28 février 2008 quand tout n'avait pas encore réellement commencé..., sans penser être prophétique à ce point.
Pourtant, personne encore pour mettre en question la nécessité de "retrouver la croissance"...
26/12/2008.

A gauche, depuis longtemps, plus personne ne conçoit le socialisme comme un mode de fonctionnement de la société.
Qui oserait aujourd'hui suggérer qu'il serait bon que le "Que produire dans notre société ?" fasse l'objet d'une forme à déterminer de débat démocratique plutôt que d'être seulement soumis aux aléas d'un marché ?

Il s'exposerait au fou rire généralisé ... ou à la répression immédiate...
Pour tous, le marché est devenu le seul modèle incontestable.
Le degré de radicalité n’est plus qu’une question de proposition de pourcentage du revenu à arracher à la société capitaliste pour l’affecter à la résolution des problèmes sociaux.
Dans une telle perspective, il n’est – y compris à l’extrême gauche – qu’une seule voie envisageable : productiviste… Toujours plus de croissance (donc, dit-on, mais ce n’est pas sûr à cause des évolutions technologiques : plus d’emplois) afin de créer les marges de redistribution de revenus les plus larges possibles…
Dans les pays occidentaux, où une apparence de sécurité est encore de mise (en attendant la quart-mondisation de notre société), on a défini quelque part dans les structures une marge assez précise du revenu de la production qu’on accepte d’affecter au social…
Tout le monde s’y conforme – y compris à gauche – car chacun sait, qu’à présent, la technicité du système permettrait l’évasion immédiate des capitaux et le sabotage économique si cette marge était mise en question par des actions revendicatives plus radicales…

jeudi 10 décembre 2009

MOINS DE BEBES POUR SAUVER LA PLANETE ?


Nº2352
SEMAINE DU JEUDI 03 Décembre 2009
À la Une < Le Nouvel Observateur < Moins de bébés pour sauver la planète ?
La démographie à la rescousse
Moins de bébés pour sauver la planète ?
Une chute inespérée de la natalité apporte une bouffée d'oxygène. Mais pour ne pas dépasser les 9 milliards d'humains en 2050, il faut élargir l'accès à la contraception.
Pour moins polluer, le plus simple, c'est évidemment d'être moins nombreux. Cela tombe sous le sens, non ? Au point que certains puristes de l'écologie estiment aujourd'hui qu'il ne serait plus moral - surtout dans nos pays riches et grands consommateurs de carbone - de continuer à faire des bébés. Sont récemment parus quelques livres aux titres affriolants comme «Faire des enfants tue» ou encore «No kid», de l'iconoclaste psychanalyste Corinne Maier. Alors surpeuplée, la planète bleue ? «C'est une notion très relative. Malthus, quand il a commencé à prôner le contrôle des naissances, pensait déjà que l'Europe était surpeuplée au regard des possibilités techniques de l'époque. Il n'avait pas imaginé les progrès de l'agriculture, explique Henri Leridon, démographe, titulaire de la chaire de développement durable au Collège de France. Mais, paradoxalement, il est aujourd'hui rattrapé par l'histoire. Les rendements agricoles ne peuvent plus guère progresser, alors que les besoins alimentaires vont exploser dans les années qui viennent.» Les experts bataillent quant au nombre d'humains que la planète pourrait supporter sans périr, 10 ou 11 milliards ? Mais quelles que soient nos options énergétiques et nos choix de modes de vie, la démographie reste, par la force des choses, un chiffre clé de l'épineuse équation environnementale.
Pour autant, la question des naissances et de leur contrôle ne s'aborde pas aisément. «Tout ça reste un peu tabou à cause des stérilisations forcées menées notamment par l'Inde dans les années 1970 ou encore de la politique de l'enfant unique en Chine», explique un expert. Sans parler des affrontements ô combien brûlants sur l'interruption volontaire de grossesse qui empoisonnent le débat...
Natalité : la divine surprise
A première vue, les dernières nouvelles du front sont plutôt bonnes. Les Nations unies tablent désormais sur une humanité à 9 milliards d'habitants en 2050, quand voici quelques années on en prévoyait 15. On respire un peu mieux... Pourquoi cette baisse inespérée ? Parce que les progrès économiques ont des vertus bénéfiques «collatérales» auxquels on n'avait pas forcément pensé. Quand moins d'enfants meurent en bas âge, quand les populations sont mieux éduquées, mieux soignées, le nombre des< naissances s'effondre de façon vertigineuse. «Ce qui a pris un siècle et demi à la Grande-Bretagne vient de s'accomplir dans de nombreux pays en quelques décennies», explique Henri Leridon. La Corée du Sud, le Brésil, l'Iran ou encore la Tunisie ont ainsi vu leur taux de natalité fondre à une vitesse que personne n'avait imaginée. Par exemple, au Bangladesh, en vingt ans, le nombre d'enfants par femme est passé de 6 à 3. Au point que, d'ici à 2020, la moitié des pays dans le monde devraient passer sous la barre des 2 enfants par femme, nécessaires au renouvellement de la population !
Un bouleversement à l'échelle de la planète dont nous sommes loin de mesurer encore toutes les conséquences. L'hebdomadaire britannique «The Economist» vient de lui consacrer sa une, analysant ses multiples conséquences politiques et sociales, des violentes manifestations de la jeunesse iranienne aux résultats des élections en Indonésie et en Inde grâce à l'émergence d'une classe moyenne ainsi rendue possible. Car la baisse de la natalité est un cercle vertueux : «Nous avons mené des études notamment en Thaïlande, où la chute de la natalité a été très forte. Lorsque les familles ont moins d'enfants, elles les éduquent dans de meilleures conditions. Ils vont plus longtemps à l'école, y réussissent mieux et ont plus de chances de trouver plus tard un emploi», explique Malcolm Potts, médecin et chercheur américain. Et quand les femmes ont moins d'enfants, elles peuvent aussi continuer à travailler, améliorant le niveau de vie de leur famille et ses chances de progrès social.
Les Iraniens plus progressistes que les Américains...
Mais une nouvelle thèse émerge aujourd'hui. Moins que le développement économique en soi, comme l'ont souvent soutenu les économistes libéraux, c'est surtout l'accès à la contraception qui se révèle le plus efficace pour contenir la démographie. «Le Ban gladesh en est l'une des meilleures illustrations. Dans ce pays resté très pauvre, où les femmes sont analphabètes à plus de 70%, si le nombre d'enfants par famille a si fortement diminué, c'est bien grâce aux politiques de planning familial», explique Malcolm Potts. Début 2009, ce chercheur a mis sur pied à l'université de Berkeley le premier forum international transdisciplinaire autour de la démographie : «Le monde en 2050». Un colloque réunissant plus d'une cinquantaine d'experts du monde entier, dont les actes viennent d'être publiés par le Royal College de Londres. Et tous s'accordent sur ce point : le plus urgent et le plus crucial aujourd'hui est de soutenir massivement les politiques de planning familial à travers le monde. «Il ne s'agit pas d'obliger qui que ce soit à quoi que ce soit. Quand les femmes ont le choix, elles préfèrent avoir moins d'enfants tout simplement. Or à l'échelle planétaire, le poids des naissances non désirées est considérable», explique-t-il. Selon les estimations des Nations unies, 200 millions chaque année. «Quelle que soit leur croyance religieuse, leur niveau d'éducation, les femmes préfèrent restreindre le nombre des naissances», assure également Yves Bergevin, coordinateur à la FNUAP, le Fonds de l'ONU pour la population.
Les plus progressistes en la matière n'étant pas ceux qu'on croit. «Les pays musulmans mettent plus facilement en place le contrôle des naissances parce que le Coran est assez pragmatique et tolérant sur ces questions. A l'inverse, les femmes ont très peu accès à la contraception et à l'IVG aux Etats-Unis, explique Malcolm Potts. Il faut maintenant agir dans les pays encore très féconds, en Afrique de l'Ouest notamment, faute de quoi nous serons en fait 11 milliards et non 9 !», lance Yves Bergevin. En effet, les projections actuelles de l'ONU ne seront tenues que si la baisse de la natalité se poursuit au même rythme. Or, dans de nombreux pays, les familles ont aujourd'hui 4 enfants et plus en moyenne. Ce n'est donc pas encore gagné. D'autant que, sous l'impulsion de l'administration Bush, très hostile au planning familial, les contributions des pays riches pour aider les Etats en développement dans ce domaine sont en berne depuis plusieurs années. Yves Bergerin explique qu'à l'équation Nord-Sud s'ajoutent les inégalités entre les sexes. «Chaque année, 2 millions et demi de femmes et de très jeunes enfants meurent par manque de soins médicaux à la naissance. S'il s'agissait d'hommes, croyez-moi, on aurait réglé le problème depuis longtemps !», s'indigne-t-il. Et de conclure : «Chaque dollar investi pour la planification familiale et l'éducation des filles réduit les émissions de gaz à effet de serre au moins autant qu'un dollar investi dans les énergies renouvelables !» Quand on vous dit que les femmes sont l'avenir du climat...
Véronique Radier
Le Nouvel Observateur

http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2352/articles/a414201-.html

vendredi 13 novembre 2009

ELLES SE DETACHENT DE LEUR CORPS.

Nº2349 SEMAINE DU JEUDI 12 Novembre 2009
À la Une <>
Judith Trinquart, médecin de santé publique, a étudié les conséquences de rapports sexuels répétés non désirés chez les prostituées.
Le Nouvel Observateur . - Comment les victimes d'actes sexuels répétés non désirés parviennent à tenir ?
Judith Trinquart. Elles s'érigent une sorte de défense psychique, ce que j'ai appelé la décorporalisation ou un désinvestissement corporel, la perte de propriété de son propre corps. C'est le même mécanisme dans le viol, la pédophilie ou l'inceste. Pendant l'acte sexuel, les personnes se détachent de leur corps pour ne plus en ressentir le vécu. Elles préfèrent ne plus être là psychiquement. De nombreux témoignages de prostituées rapportent : «Ce n'était pas moi, je n'étais pas là, j'étais ailleurs» C'est vraiment un vécu dissociatif. Et ce n'est pas somatique, d'ordre neurologique, mais bien d'origine psychologique.
N. 0. - Cela explique-t-il leur mauvais état de santé ?
J. Trinquart. - Ce qui au départ est un mécanisme de protection va finalement avoir des effets très négatifs sur leur santé. Car leur seuil de tolérance à la douleur devient bien supérieur au nôtre. Elles n'ont plus de signaux d'alerte et ne sauront pas quand se faire soigner. Voilà pourquoi, malgré les missions spécifiques et un accès convenable à la santé, elles ne se soignent pas. Leur corps ne leur appartient plus, il est devenu une chose qu'elles négligent. Exemples : elles se font tabasser dans la journée par un client, mais sans en percevoir ni les coups ni la douleur; elles peuvent également contracter une tuberculose, tousser comme des malheureuses pendant huit mois, et arriver à l'hôpital en phase terminale.
N. 0. - Peut-on parler d'auto destruction ?
J. Trinquart. - Non, ce n'est pas une volonté consciente d'autodestruction, c'est un mécanisme involontaire d'autonégligence. L'anesthésie est là, elles ne s'en rendent plus compte. Le corps n'est plus qu'un instrument, un objet de dégoût. Et elles perdent la notion de le protéger. Certaines n'arrivent pas à s'anesthésier seules suffisamment vite, alors elles vont sombrer dans l'alcoolisme et les drogues pour pouvoir supporter les passes.
Cécile Bontron. Le Nouvel Observateur.
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2349/dossier/a412582-«elles_se_détachent_de_leur_corps».html

samedi 24 octobre 2009

VICTOIRE DE LA DROITE.

Repris du site personnel de Didier Eribon.Lire la suite de l'analyse sur :
http://didiereribon.blogspot.com/search/label/Textes%20sur%20la%20gauche

Tout d’abord, on a beaucoup dit que la droite avait gagné parce qu’elle avait conquis l’hégémonie idéologique, et l’on fait alors presque toujours une référence vague et imprécise à Gramsci (suivant en cela Sarkozy lui-même). Mais une fois que l’on a dit « hégémonie idéologique », on n’a pas dit grand-chose. La pensée de Gramsci était tout de même un peu plus sophistiquée sur ce point et il nous faut, par exemple, analyser de manière détaillée et précise quels éléments de discours ont été mis ensemble par la droite actuelle pour former cette nouvelle configuration discursive et idéologique - appelons-la par commodité le sarkozysme - qui, comme le thatchérisme il y a 30 ans en Grande-Bretagne, a réussi à s’imposer dans de larges pans des classes populaires. Il nous faut surtout nous interroger sur cette étrange alliance de classes (je sais bien que le mot « classes » n’a plus cours au Parti socialiste, mais pourtant, même si les dirigeants socialistes ne les voient plus, elles n’en continuent pas moins d’exister dans la réalité, sous des formes qui à la fois perdurent et changent… ), sur cette alliance de classes, donc, ou plus exactement sur ce « bloc historique », pour reprendre ici encore le vocabulaire de Gramsci, et sur les conditions historiques et les modalités concrètes de sa mise en place, dans lequel se sont rejointes la haute bourgeoisie d’affaires avec laquelle Sarkozy affiche chaque jour sa proximité fondamentale et certaines des couches populaires les plus précarisées ou les plus désespérées dont une partie donnait auparavant ses suffrages au Front national. Le Parti socialiste porte une lourde responsabilité dans la possibilité et la facilité même qu’a eue la droite de fabriquer un nouveau discours dominant qui a reçu l’assentiment des classes populaires, puisqu’il a participé et collaboré à l’installation de ces nouvelles thématiques (rappelons-nous comment ceux qui ont essayé, au cours des 20 dernières années, de maintenir vivante une pensée de gauche - je pense notamment à Pierre Bourdieu - ont été littéralement insultés par les responsables du PS, toutes tendances confondues, tout comme l’ont été les mouvements sociaux, quand ils n’ont pas été tout simplement matraqués : comités de chômeurs réprimés par le gouvernement Jospin, manifestations d’enseignants diffamées par son ministre de l’Education, mobilisations pour la reconnaissance de l’homoparentalité - et donc des personnes qui vivent ces situations - injuriées par nombre de hiérarques de la gauche officielle, à commencer par Madame Royal, qui y voyait une « provocation contre les valeurs religieuses et familiales de la France » et qui stigmatisait le mouvement gay et lesbien comme porteur d’un « communautarisme » (mot qui a pour principale fonction de stigmatiser toute affirmation minoritaire) homosexuel qu’elle comparait à celui des riches incarné par le Medef… Croyez-moi : je n’invente rien, je me contente de citer ses déclarations !).La droite a gagné la bataille des idées parce que le PS l’a aidé dans cette tâche, en travaillant depuis tant d’années à défaire et discréditer tout ce qui peut constituer un regard de gauche sur le monde social. J’ai analysé ces évolutions historiques et idéologiques dans mon livre, D'une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, publié avant la campagne électorale. Mais la campagne électorale socialiste en a confirmé les analyses - et les craintes - jusqu’à la caricature, puisqu’elle a consisté à poser des problèmes de droite et à les poser d’une manière de droite (la valeur-travail, la valeur-famille, la valeur-nation et la valeur-drapeau, sans oublier l’autorité, l’ordre et l’entreprise… et tous ces thèmes inlassablement liés les uns aux autres, tissés dans une même trame, ce qui renforçait encore le caractère réactionnaire de chacun d’eux). Je vous laisse le soin d’imaginer ce qu’aurait pu être, à l’inverse, une campagne construite autour de thèmes de gauche et d’une manière de gauche de poser des questions. Il va de soi que, dès lors que l’on a cédé sur l’essentiel, à savoir sur les questions dignes d’être soulevées et sur la manière de les soulever, une fois que l’on a délibérément choisi de s’inscrire dans le cadre des problématiques qui sont celles de la droite, que l’on s’est déplacé pour se situer sur le terrain de celle-ci, ensuite les réponses peuvent bien différer (on peut ajouter un peu de compassionnel et quelques larmes), non seulement ce sont les réponses de la droite qui ont toutes les chances de l’emporter, mais aussi et surtout c’est une perception de droite du monde social qui a d’ores et déjà gagné : ce sont les thématiques de droite, la pensée et l’impensé de la droite, les obsessions de la droite qui ont été acceptés comme délimitant le champ des questions évidentes et nécessairement partagées. C’est bien cela l’hégémonie idéologique, n’est-ce pas ? Et l’on sait que les manières de percevoir le monde et de le décrire - ce qui se présente comme des « constats » - sont aussi des manières de le construire et de le faire être ce qu’il est.Il est donc paradoxal, soit dit entre parenthèses, de dénoncer comme des traîtres les personnalités du PS ralliées à Sarkozy, puisque cela revient à essayer de faire croire qu’il existerait une frontière qu’ils n’auraient pas dû franchir, alors que ceux qui ont trahi et ceux qui les dénoncent aujourd’hui ont travaillé ensemble à effacer cette frontière. Ce ne sont pas - ou pas seulement - des parcours individuels déplorables, c’est plutôt l’aboutissement d’une logique politique collective, bien plus déplorable, bien plus grave, parce que plus profonde et plus durable.

INTERNET : APRES LA MUSIQUE, LE TEXTE...

Nº2346. NOUVEL OBSERVATEUR. SEMAINE DU JEUDI 22 Octobre 2009.
Aux Etats-Unis, où les lecteurs numériques commencent à devenir grand public, les éditeurs voient avec effroi se multiplier les sites illégaux de téléchargement
De notre correspondant aux Etats-Unis.

Quand il s'est mis en quête d'une copie électronique pirate du dernier Dan Brown, Randall Stross, un journaliste de la Silicon Valley, n'imaginait sans doute pas une pêche aussi miraculeuse : Attributor, une société qui aide les éditeurs à combattre le piratage, lui en a déniché 106 exemplaires, disponibles sur 11 sites différents ! Mais le plus étonnant est le commentaire que lui a servi une porte-parole de Rapidshare, un site d'échange de fichiers électroniques : si vous êtes un auteur mécontent de voir vos livres piratés, faites comme le groupe de rock Nine Inch Nails, assurez votre promotion «en distribuant l'essentiel de votre contenu gratuitement».
Sortir du ghetto.
On verra peut-être un jour Frédéric Beigbeder gagner sa vie d'écrivain en organisant des lectures publiques au Zénith, les tickets se revendant à prix d'or au marché noir. En attendant, l'édition américaine se retrouve entre le marteau et l'enclume, dans une situation radicalement nouvelle qui pourrait présager l'avenir de l'édition mondiale. Le marteau ? Une guerre des prix sans merci sur le terrain des livres électroniques. Wal-Mart, le géant des hypermarchés, est lancé dans un mano a mano avec Amazon, les deux sites offrant des best-sellers en version électronique à 9 dollars (6 euros), soit, si l'on prend par exemple le prochain thriller de Michael Crichton, une réduction de 78% sur le prix public conseillé. Le rabais n'a rien de temporaire : de la même façon que les Américains se sont habitués à ne pas payer leur journal sur internet, dépenser moins de 10 dollars pour le dernier best-seller risque de devenir rapidement la norme.
Le livre électronique, en 2009, est vraiment sorti de son ghetto. Il ne représente encore que 1,6% des ventes de livres, mais le premier semestre affiche une progression de 174% sur la même période de 2008. Surtout, les supports électroniques se bousculent au portillon : au Kindle d'Amazon (45% de part de marché) et au Reader de Sony (30%) vont s'ajouter un lecteur de Best Buy, le géant des magasins d'électronique grand public et - dernier-né - le lecteur de Barnes & Noble, la plus grande chaîne de librairies d'Amérique, qui offre déjà 700 000 titres d'ouvrages en ligne. Certes, selon l'analyste Forrester Research, Amazon ou Sony devraient abaisser le prix de leurs lecteurs à 50 dollars pour qu'ils deviennent un produit de masse.Mais en attendant, Google Editions, une librairie virtuelle de 500 000 titres qui devrait voir le jour l'an prochain, a de quoi inquiéter les éditeurs. L'enclume ? C'est le piratage. Les lecteurs électroniques acceptent un nombre croissant de formats, dont le PDF, lisible par exemple sur un Kindle DX. Le piratage devient donc de plus en plus facile, en recourant à des sites d'échange de fichiers comme Rapidshare, domicilié en Suisse, Megaupload, Hotfile ou encore MediaFire. Le phénomène est encore à des années-lumière du téléchargement de fichiers musicaux, qui a décimé l'industrie du disque, mais il est suffisamment préoccupant pour qu'un éditeur américain, John Wiley & Sons, ait affecté trois personnes à temps plein pour traquer les copies illégales téléchargées sur internet.
Et déjà le débat fait rage dans le petit monde des éditeurs, qui ne parlaient que de cela à la Foire de Francfort : faut-il s'arc-bou- ter et résister, comme l'avait fait - avec l'insuccès que l'on connaît - le monde de la musique face à Napster, ou au contraire rechercher un nouvel équilibre économique peuplé de best-sellers à 10 dollars ? Aucune réponse définitive, mais une évidence : un livre, comme une chanson, un film ou un article de journal, est un produit qui peut être codé en milliers de 0 et de 1, puis envoyé par un simple clic d'ordinateur. S'il connaît la même «napstérisation» que ses homologues du son ou de l'image, c'est toute l'édition mondiale qui devra repenser son avenir.
Philippe Boulet-Gercourt.Le Nouvel Observateur.
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2346/articles/a411318-.html
 

vendredi 23 octobre 2009

PREVENIR LE SUICIDE EN BANDE DESSINEE.

Prévenir le suicide en bande dessinée.
Le quotidien jurassien 23 octobre 2009.
Dessinée par Fabio Mantovani et scénarisée par Jean-Louis Fonteneau avec Michel Debout, "Tout doit disparaître, travail et souffrances psychologiques" (Editions Narratives)
Dr Michel Debout est l'un des pionniers de la prévention du suicide en France. Déjà auteur de plusieurs livres et études sur le sujet, il publie ces prochains jours une bande dessinée intitulée "Tout doit disparaître".
La BD raconte l'histoire d'une usine qui ferme et des gens qui vivent la crise, le désespoir et le suicide.Dans cet interview, il explique les liens entre la crise économique et la crise humaine et les tragédies personnelles qui en naissent.
(Cet interview fait écho au Point fort paru dans l'édition du 9 septembre 2009.)
Le quatrième de couverture de "Tout doit disparaître".

 
A l’occasion des plans sociaux, les salariés expriment entre eux une solidarité très forte, et plus dure est la chute lorsque le couperet du licenciement tombe !
Ce que ressentent alors les licenciés c’est que le système économique est plus fort que les hommes ; malgré l’histoire de l’entreprise et la qualité de la production, le souffle du profit maximum et du moins disant social balaie tout, laissant chacun démuni et parfois désespéré.
L’histoire du mouvement ouvrier est empreinte de luttes pour améliorer les conditions de travail, contribuer à ce qu’elles soient les plus dignes possibles, respectueuses du droit et de la santé des travailleurs.
Les salariés ont droit à la préservation de leur santé qui constitue la contrepartie légitime, avec les salaires et la retraite, aux efforts consentis et aux contraintes acceptées dans le cadre du travail. Durant des siècles, l’effort physique a dominé puis s’est ajouté, sous des modalités qui ont évolué, l’effort mental, intellectuel. L’industrialisation et les machines ont contraint le travailleur à devenir très attentif à ce qu’il fait. Les maîtres mots du travail sont devenus compétences, savoirs, performance…
Ce que l’on appelle aujourd’hui « les risques psychosociaux au travail » : stress, agressions, addictions, harcèlements, suicides ont été trop longtemps considérés comme relevant exclusivement de la personnalité du salarié (de son état psychique, de son histoire...) mais plus personne ne conteste le lien possible entre les conditions et relations de travail, le management et la souffrance psychique ressentie.La santé psychique est ainsi devenue un enjeu majeur de l’organisation du travail au point même que l’on évoque le « bien être au travail » qui en est le synonyme, si l’on se réfère à la définition de l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé), la santé étant « un état total de bien être physique, mental et social ». Tout salarié stressé, agressé, consommateur de produits psychotropes… doit pouvoir bénéficier d’un accompagnement psychologique et social adapté. Cette intervention doit être précédée d’un véritable protocole de prévention du risque psychosocial en entreprise: c’est la vraie réponse.
La définition d’un tel protocole nécessite la mobilisation des instances statutaires (médecins du travail, services de santé et sociaux, direction, organisations syndicales…) et l’intervention, d’experts extérieurs à l’entreprise (psychologues, psychosociologues…). C’est par le développement de cette dynamique dans toute la sphère productive, dans tous les services publics et privés, que le salarié ne sera plus abandonné à son sort voire à sa maladie mais respecté comme une femme ou un homme au travail.
Pr Michel Debout
http://www.lqj.ch/content/index.php?option=com_content&task=view&id=10481