vendredi 17 décembre 2010
lundi 26 avril 2010
LEUR ECOLOGIE ET LA NÔTRE. ANDRE GORZ.
« Ne plus se hisser au-dessus des autres »Leur écologie et la nôtre
Visionnaire, le philosophe André Gorz avait prévu, dans ce texte paru en 1974, la récupération de l’écologie par l’industrie, les groupes financiers — en un mot, le capitalisme. Par André Gorz
Evoquer l’écologie, c’est comme parler du suffrage universel et du repos du dimanche : dans un premier temps, tous les bourgeois et tous les partisans de l’ordre vous disent que vous voulez leur ruine, le triomphe de l’anarchie et de l’obscurantisme. Puis, dans un deuxième temps, quand la force des choses et la pression populaire deviennent irrésistibles, on vous accorde ce qu’on vous refusait hier et, fondamentalement, rien ne change.
La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres.
C’est pourquoi il faut d’emblée poser la question franchement : que voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? Réforme ou révolution ?
Ne répondez surtout pas que cette question est secondaire et que l’important, c’est de ne pas saloper la planète au point qu’elle devienne inhabitable. Car la survie non plus n’est pas une fin en soi : vaut-il la peine de survivre [comme se le demande Ivan Illich], dans « un monde transformé en hôpital planétaire, en école planétaire, en prison planétaire et où la tâche principale des ingénieurs de l’âme sera de fabriquer des hommes adaptés à cette condition » ? (...)
Il vaut mieux tenter de définir, dès le départ, pour quoi on lutte et pas seulement contre quoi.
vendredi 26 février 2010
FLORENCE AUBENAS. J'ESPERE QUE LES PRECAIRES SORTIRONT DE LEUR INVISIBILITE OU ILS SONT CANTONNES.
22/02/2010 à 11h50 (mise à jour à 12h47)
«J'espère que les précaires sortiront de l'invisibilité où ils sont cantonnés»
«J'espère que les précaires sortiront de l'invisibilité où ils sont cantonnés»
Florence Aubenas, le 22 octobre 2008 à Paris (AFP/Lionel Bonaventure)
La journaliste Florence Aubenas s'est installée pendant six mois à Caen, s'est glissant dans la peau d'une demandeuse d'emploi. Son livre «Le quai d'Ouistreham» (L'Olivier) raconte la précarité au quotidien. Elle a répondu à vos questions.
Catherine. Je viens de lire votre livre... il m'a beaucoup intéressé, ma question concerne les personnes que vous avez rencontrées pendant ces 6 mois, comment ont-elles réagi à la parution du livre ? Ferez-vous une signature à Caen ?
Florence Aubenas. Passée la surprise, la plupart de celles que j'ai côtoyées ont très bien compris ma démarche : elles ont réalisé que j'avais dissimulé mon identité, non par malveillance envers elles, mais pour raconter la France au quotidien, en temps de crise. Elles s'y sont reconnues, le patron de la boîte de nettoyage sur le ferry aussi d'ailleurs, il s'est même trouvé très «ressemblant». Je vais faire une signature à Caen, à Ouistreham aussi.
Desirta. La lecture de votre livre retraçant des histoires somme toutes banales pour ceux qui ont encore un pied dans le monde du travail semble refléter la parfaite méconnaissance des «élites intellectuelles» à l'égard du quotidien des Français. Qu'en pensez-vous ?
Je ne sais comment prendre le fait de me voir qualifiée «d'élite intellectuelle»: je suis sûre que ça va faire très plaisir à mon père, mais j'ai bien conscience que ce n'est pas vraiment un compliment dans votre bouche. Quant au fond de votre propos, je vous rassure: je n'habite pas la planète Mars, mais la France, j'ai des amis et des proches au chômage ou dans la précarité, bref je suis comme tout le monde. Mais je pense qu'on peut à la fois tout savoir et ne rien savoir. C'est un peu la même chose avec beaucoup de sujets de la vie quotidienne: on ne réalise vraiment qu'en y étant soi même confronté.
Jeanne. En allant travailler sur un ferry «incognito», n'avez-vous pas envisagé les conséquences de l'impact de votre récit vis-à-vis des autres travailleurs qui vont revendiquer de meilleures conditions de travail ?
Quand on est journaliste, on espère toujours que ce qu'on écrit aura un «poids». J'ai toujours conçu mon travail comme un engagement, comme beaucoup de mes confrères. Bref, tout ça pour vous dire que si les choses pouvaient bouger dans cette zone de non-droit qu'est le travail précaire en France, j'aurai l'impression que le livre aura servi à quelque chose. J'espère au moins que les intérimaires, les CDD, les petits boulots sortiront de cette invisibilité où ils sont cantonnés pour entrer dans le débat social.
Budgetivore. 700 euros par mois. 350 euros pour la chambre. Pouviez-vous faire la cuisine dans la chambre ? Pouviez-vous faire la lessive dans la chambre ? Un plein d'essence pour le mois: 50 euros ou un abonnement twisto pour le bus: 30 euros euros. Reste à peu près 10 euros par jour pour vivre. Etes-vous retournée à Paris pendant ces 6 mois ?
Vous avez raison: avec un budget de 700 euros par mois, on vit difficilement en France, d'autant que vous pouvez encore faire entrer dans votre addition le téléphone portable (vital en recherche d'emploi) et l'électricité. Dans ma chambre, je pouvais cuisiner, repasser, même si c'était exigu. Et pour en finir avec les calculs, le billet de train coûte à peu près 30 euros pour Paris. Maintenant, pour être honnête, je n'ai pas vécu exactement avec ce que je gagnais (je n'aurais pas pu m'acheter un pneu neuf, par exemple): il me semblait que la situation était de toute manière faussée par le fait que ma situation restait atypique (femme seule, sans enfant, sans connaissances dans une ville inconnue).
Gris. Est-ce que vous n'avez pas eu peur à un moment donner de perdre pied, l'envie d'abandonner votre projet vous-a-t-elle taraudé ?
A vrai dire, celles dont j'ai partagé le quotidien sont bien plus valeureuses que moi: je me serais sentie honteuse de renoncer alors qu'elles n'ont pas le choix. C'est leur vie que j'avais envie de raconter, pas la mienne. Je crois que les journalistes sont plus utiles quand ils rendent les autres visibles mais restent invisibles eux-mêmes dans leur travail.
A vrai dire, celles dont j'ai partagé le quotidien sont bien plus valeureuses que moi: je me serais sentie honteuse de renoncer alors qu'elles n'ont pas le choix. C'est leur vie que j'avais envie de raconter, pas la mienne. Je crois que les journalistes sont plus utiles quand ils rendent les autres visibles mais restent invisibles eux-mêmes dans leur travail.
Lebretton. Votre initiative est remarquable, courageuse, à l’égale de la journaliste que vous êtes ; cependant cette démarche n'est pas inédite et originale, d’autres de vos confrères s’y sont essayés auparavant, mais après la parution du livre, que comptez-vous faire de cette médiatisation?
Ma démarche n'a, en effet, rien de révolutionnaire: je ne suis pas la première, c'est vrai. Comment continuer ? Je pense que beaucoup de portes doivent être poussées: celle de pôle Emploi, par exemple, devenu un organisme de gestion des flux du chômage, davantage qu'une véritable aide sociale pour les demandeurs d'emploi. Mais je suis comme vous: on se pose tous aujourd'hui la question de savoir par où continuer. Vous me trouvez mauvaise stratège ? C'est encore vrai, j'avoue. Sans même parler de solutions, on est nombreux à creuser et c'est déjà quelque chose.
Dodcoquelicot. Il n'empêche, et sans vouloir vous offenser, votre démarche, si louable soit-elle, ce n'est quand même pas la vraie vie, non ? Vous aviez un projet, un détachement, un peu comme les «saisonniers», que n'ont pas forcément les personnes qui n'ont pas le choix ?
Non, ce n'est pas la vraie vie. Les perspectives sont très différentes si vous avez en poche un billet de train pour Paris et un contrat confortable dans la presse (même si j'étais en congé sans solde): les personnes avec lesquelles je travaillais n'avaient, elles, pas de «vie de rechange». Je ne considère pas que je suis devenue une précaire, avec l'incertitude pour horizon, par un coup de baguette magique: j'ai juste partagé leur quotidien quelques mois, ce n'est pas la même chose.
Tythan. Je voudrais savoir si vous avez rencontré des travailleurs précaires sans-papiers. Si oui, sont-ils nombreux? Quelle est l'attitude des autres vis-à-vis d'eux? Les autres (Français et étrangers régulièrement entrés sur le sol national) compatissent-ils à leur situation difficile ou bien au contraire considèrent-ils que les sans-papiers volent leur travail?
Je vais vous surprendre: je n'ai rencontré aucun travailleur sans-papier là où j'ai travaillé. Caen est surtout une ville d'exode rurale, cette immigration de l'intérieur qui a culminé dans l'après-guerre, avec l'industrialisation de la région. Il y a même un terme qui désigne ces enfants des campagnes qui montaient en ville pour devenir ouvrier ou petite bonne : on disait les «déplacés». Cela dit, j'ai croisé quelques sans-papiers dans certains hôtels meublés. Ils travaillaient pour un repas chaud.
Geaz. Quel souvenir le plus fort gardez-vous de ces six mois dans la peau d'une autre ?
Je n'étais pas dans la peau d'une autre, mais dans la situation d'une autre. J'en garde pourtant des souvenirs forts (ce voisin qui répare ma voiture, refuse que je le remercie et m'offre même un café par-dessus le marché), des souvenirs cuisants (apprendre à s'écraser devant son patron), des souvenirs chaotiques (on vous demande à la fois de vous préparer à changer trois fois de carrière dans votre parcours professionnel et de garder un attachement à votre entreprise comme si vous alliez y passer votre vie). C'est surtout tous les petits héroismes quotidiens de mes collègues que je garderai en tête.
Asoraa. Avez-vous eu des retours de «responsables» politiques?
J'ai reçu un message de Laurent Wauquiez sur mon portable, mais je n'ai pas répondu: je me suis dit que cela devait être une blague. Peut être quelqu'un en immersion dans la peau du secrétaire d'Etat au travail?Anthony Montréal. Avez-vous d'autres projets d'enquête en «immersion» ?Je n'en ai aucune. Cela dit, c'est ce que disait Gunther Wallraff après Tête de Turc dans les années 80. Or, dans quinze jours, il sort un nouveau bouquin sur 8 enquêtes dans l'Allemagne d'aujourd'hui, appelé «Infiltré» (j'ai hâte de le lire: c'était mon héros à l'école de journalisme). Alors je reste prudente.
Au revoir le net, merci et désolée de ne pas avoir pu répondre à tous.
Ne vous en faites pas: je vais intriguer pour me faire ré-inviter.
samedi 24 octobre 2009
INTERNET : APRES LA MUSIQUE, LE TEXTE...
Nº2346. NOUVEL OBSERVATEUR. SEMAINE DU JEUDI 22 Octobre 2009.Aux Etats-Unis, où les lecteurs numériques commencent à devenir grand public, les éditeurs voient avec effroi se multiplier les sites illégaux de téléchargement
De notre correspondant aux Etats-Unis.
Quand il s'est mis en quête d'une copie électronique pirate du dernier Dan Brown, Randall Stross, un journaliste de la Silicon Valley, n'imaginait sans doute pas une pêche aussi miraculeuse : Attributor, une société qui aide les éditeurs à combattre le piratage, lui en a déniché 106 exemplaires, disponibles sur 11 sites différents ! Mais le plus étonnant est le commentaire que lui a servi une porte-parole de Rapidshare, un site d'échange de fichiers électroniques : si vous êtes un auteur mécontent de voir vos livres piratés, faites comme le groupe de rock Nine Inch Nails, assurez votre promotion «en distribuant l'essentiel de votre contenu gratuitement».
Sortir du ghetto.
On verra peut-être un jour Frédéric Beigbeder gagner sa vie d'écrivain en organisant des lectures publiques au Zénith, les tickets se revendant à prix d'or au marché noir. En attendant, l'édition américaine se retrouve entre le marteau et l'enclume, dans une situation radicalement nouvelle qui pourrait présager l'avenir de l'édition mondiale. Le marteau ? Une guerre des prix sans merci sur le terrain des livres électroniques. Wal-Mart, le géant des hypermarchés, est lancé dans un mano a mano avec Amazon, les deux sites offrant des best-sellers en version électronique à 9 dollars (6 euros), soit, si l'on prend par exemple le prochain thriller de Michael Crichton, une réduction de 78% sur le prix public conseillé. Le rabais n'a rien de temporaire : de la même façon que les Américains se sont habitués à ne pas payer leur journal sur internet, dépenser moins de 10 dollars pour le dernier best-seller risque de devenir rapidement la norme.
Le livre électronique, en 2009, est vraiment sorti de son ghetto. Il ne représente encore que 1,6% des ventes de livres, mais le premier semestre affiche une progression de 174% sur la même période de 2008. Surtout, les supports électroniques se bousculent au portillon : au Kindle d'Amazon (45% de part de marché) et au Reader de Sony (30%) vont s'ajouter un lecteur de Best Buy, le géant des magasins d'électronique grand public et - dernier-né - le lecteur de Barnes & Noble, la plus grande chaîne de librairies d'Amérique, qui offre déjà 700 000 titres d'ouvrages en ligne. Certes, selon l'analyste Forrester Research, Amazon ou Sony devraient abaisser le prix de leurs lecteurs à 50 dollars pour qu'ils deviennent un produit de masse.Mais en attendant, Google Editions, une librairie virtuelle de 500 000 titres qui devrait voir le jour l'an prochain, a de quoi inquiéter les éditeurs. L'enclume ? C'est le piratage. Les lecteurs électroniques acceptent un nombre croissant de formats, dont le PDF, lisible par exemple sur un Kindle DX. Le piratage devient donc de plus en plus facile, en recourant à des sites d'échange de fichiers comme Rapidshare, domicilié en Suisse, Megaupload, Hotfile ou encore MediaFire. Le phénomène est encore à des années-lumière du téléchargement de fichiers musicaux, qui a décimé l'industrie du disque, mais il est suffisamment préoccupant pour qu'un éditeur américain, John Wiley & Sons, ait affecté trois personnes à temps plein pour traquer les copies illégales téléchargées sur internet.
Et déjà le débat fait rage dans le petit monde des éditeurs, qui ne parlaient que de cela à la Foire de Francfort : faut-il s'arc-bou- ter et résister, comme l'avait fait - avec l'insuccès que l'on connaît - le monde de la musique face à Napster, ou au contraire rechercher un nouvel équilibre économique peuplé de best-sellers à 10 dollars ? Aucune réponse définitive, mais une évidence : un livre, comme une chanson, un film ou un article de journal, est un produit qui peut être codé en milliers de 0 et de 1, puis envoyé par un simple clic d'ordinateur. S'il connaît la même «napstérisation» que ses homologues du son ou de l'image, c'est toute l'édition mondiale qui devra repenser son avenir.
Philippe Boulet-Gercourt.Le Nouvel Observateur.
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2346/articles/a411318-.html
Le livre électronique, en 2009, est vraiment sorti de son ghetto. Il ne représente encore que 1,6% des ventes de livres, mais le premier semestre affiche une progression de 174% sur la même période de 2008. Surtout, les supports électroniques se bousculent au portillon : au Kindle d'Amazon (45% de part de marché) et au Reader de Sony (30%) vont s'ajouter un lecteur de Best Buy, le géant des magasins d'électronique grand public et - dernier-né - le lecteur de Barnes & Noble, la plus grande chaîne de librairies d'Amérique, qui offre déjà 700 000 titres d'ouvrages en ligne. Certes, selon l'analyste Forrester Research, Amazon ou Sony devraient abaisser le prix de leurs lecteurs à 50 dollars pour qu'ils deviennent un produit de masse.Mais en attendant, Google Editions, une librairie virtuelle de 500 000 titres qui devrait voir le jour l'an prochain, a de quoi inquiéter les éditeurs. L'enclume ? C'est le piratage. Les lecteurs électroniques acceptent un nombre croissant de formats, dont le PDF, lisible par exemple sur un Kindle DX. Le piratage devient donc de plus en plus facile, en recourant à des sites d'échange de fichiers comme Rapidshare, domicilié en Suisse, Megaupload, Hotfile ou encore MediaFire. Le phénomène est encore à des années-lumière du téléchargement de fichiers musicaux, qui a décimé l'industrie du disque, mais il est suffisamment préoccupant pour qu'un éditeur américain, John Wiley & Sons, ait affecté trois personnes à temps plein pour traquer les copies illégales téléchargées sur internet.
Et déjà le débat fait rage dans le petit monde des éditeurs, qui ne parlaient que de cela à la Foire de Francfort : faut-il s'arc-bou- ter et résister, comme l'avait fait - avec l'insuccès que l'on connaît - le monde de la musique face à Napster, ou au contraire rechercher un nouvel équilibre économique peuplé de best-sellers à 10 dollars ? Aucune réponse définitive, mais une évidence : un livre, comme une chanson, un film ou un article de journal, est un produit qui peut être codé en milliers de 0 et de 1, puis envoyé par un simple clic d'ordinateur. S'il connaît la même «napstérisation» que ses homologues du son ou de l'image, c'est toute l'édition mondiale qui devra repenser son avenir.
Philippe Boulet-Gercourt.Le Nouvel Observateur.
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2346/articles/a411318-.html
vendredi 23 octobre 2009
PREVENIR LE SUICIDE EN BANDE DESSINEE.
Le quotidien jurassien 23 octobre 2009.
Dessinée par Fabio Mantovani et scénarisée par Jean-Louis Fonteneau avec Michel Debout, "Tout doit disparaître, travail et souffrances psychologiques" (Editions Narratives)
Dr Michel Debout est l'un des pionniers de la prévention du suicide en France. Déjà auteur de plusieurs livres et études sur le sujet, il publie ces prochains jours une bande dessinée intitulée "Tout doit disparaître".
La BD raconte l'histoire d'une usine qui ferme et des gens qui vivent la crise, le désespoir et le suicide.Dans cet interview, il explique les liens entre la crise économique et la crise humaine et les tragédies personnelles qui en naissent.
(Cet interview fait écho au Point fort paru dans l'édition du 9 septembre 2009.)
Le quatrième de couverture de "Tout doit disparaître".
A l’occasion des plans sociaux, les salariés expriment entre eux une solidarité très forte, et plus dure est la chute lorsque le couperet du licenciement tombe !
Dr Michel Debout est l'un des pionniers de la prévention du suicide en France. Déjà auteur de plusieurs livres et études sur le sujet, il publie ces prochains jours une bande dessinée intitulée "Tout doit disparaître".
La BD raconte l'histoire d'une usine qui ferme et des gens qui vivent la crise, le désespoir et le suicide.Dans cet interview, il explique les liens entre la crise économique et la crise humaine et les tragédies personnelles qui en naissent.
(Cet interview fait écho au Point fort paru dans l'édition du 9 septembre 2009.)
Le quatrième de couverture de "Tout doit disparaître".
A l’occasion des plans sociaux, les salariés expriment entre eux une solidarité très forte, et plus dure est la chute lorsque le couperet du licenciement tombe !
Ce que ressentent alors les licenciés c’est que le système économique est plus fort que les hommes ; malgré l’histoire de l’entreprise et la qualité de la production, le souffle du profit maximum et du moins disant social balaie tout, laissant chacun démuni et parfois désespéré.
L’histoire du mouvement ouvrier est empreinte de luttes pour améliorer les conditions de travail, contribuer à ce qu’elles soient les plus dignes possibles, respectueuses du droit et de la santé des travailleurs.
Les salariés ont droit à la préservation de leur santé qui constitue la contrepartie légitime, avec les salaires et la retraite, aux efforts consentis et aux contraintes acceptées dans le cadre du travail. Durant des siècles, l’effort physique a dominé puis s’est ajouté, sous des modalités qui ont évolué, l’effort mental, intellectuel. L’industrialisation et les machines ont contraint le travailleur à devenir très attentif à ce qu’il fait. Les maîtres mots du travail sont devenus compétences, savoirs, performance…
Ce que l’on appelle aujourd’hui « les risques psychosociaux au travail » : stress, agressions, addictions, harcèlements, suicides ont été trop longtemps considérés comme relevant exclusivement de la personnalité du salarié (de son état psychique, de son histoire...) mais plus personne ne conteste le lien possible entre les conditions et relations de travail, le management et la souffrance psychique ressentie.La santé psychique est ainsi devenue un enjeu majeur de l’organisation du travail au point même que l’on évoque le « bien être au travail » qui en est le synonyme, si l’on se réfère à la définition de l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé), la santé étant « un état total de bien être physique, mental et social ». Tout salarié stressé, agressé, consommateur de produits psychotropes… doit pouvoir bénéficier d’un accompagnement psychologique et social adapté. Cette intervention doit être précédée d’un véritable protocole de prévention du risque psychosocial en entreprise: c’est la vraie réponse.
La définition d’un tel protocole nécessite la mobilisation des instances statutaires (médecins du travail, services de santé et sociaux, direction, organisations syndicales…) et l’intervention, d’experts extérieurs à l’entreprise (psychologues, psychosociologues…). C’est par le développement de cette dynamique dans toute la sphère productive, dans tous les services publics et privés, que le salarié ne sera plus abandonné à son sort voire à sa maladie mais respecté comme une femme ou un homme au travail.
Pr Michel Debout
http://www.lqj.ch/content/index.php?option=com_content&task=view&id=10481
L’histoire du mouvement ouvrier est empreinte de luttes pour améliorer les conditions de travail, contribuer à ce qu’elles soient les plus dignes possibles, respectueuses du droit et de la santé des travailleurs.
Les salariés ont droit à la préservation de leur santé qui constitue la contrepartie légitime, avec les salaires et la retraite, aux efforts consentis et aux contraintes acceptées dans le cadre du travail. Durant des siècles, l’effort physique a dominé puis s’est ajouté, sous des modalités qui ont évolué, l’effort mental, intellectuel. L’industrialisation et les machines ont contraint le travailleur à devenir très attentif à ce qu’il fait. Les maîtres mots du travail sont devenus compétences, savoirs, performance…
Ce que l’on appelle aujourd’hui « les risques psychosociaux au travail » : stress, agressions, addictions, harcèlements, suicides ont été trop longtemps considérés comme relevant exclusivement de la personnalité du salarié (de son état psychique, de son histoire...) mais plus personne ne conteste le lien possible entre les conditions et relations de travail, le management et la souffrance psychique ressentie.La santé psychique est ainsi devenue un enjeu majeur de l’organisation du travail au point même que l’on évoque le « bien être au travail » qui en est le synonyme, si l’on se réfère à la définition de l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé), la santé étant « un état total de bien être physique, mental et social ». Tout salarié stressé, agressé, consommateur de produits psychotropes… doit pouvoir bénéficier d’un accompagnement psychologique et social adapté. Cette intervention doit être précédée d’un véritable protocole de prévention du risque psychosocial en entreprise: c’est la vraie réponse.
La définition d’un tel protocole nécessite la mobilisation des instances statutaires (médecins du travail, services de santé et sociaux, direction, organisations syndicales…) et l’intervention, d’experts extérieurs à l’entreprise (psychologues, psychosociologues…). C’est par le développement de cette dynamique dans toute la sphère productive, dans tous les services publics et privés, que le salarié ne sera plus abandonné à son sort voire à sa maladie mais respecté comme une femme ou un homme au travail.
Pr Michel Debout
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