vendredi 10 octobre 2008

LA CRISE DE 1929 N'AURA PAS LIEU. LE Temps. (quotidien suisse). 10 OCTOBRE 2008.


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La crise de 1929 n'aura pas lieu.
Le 24 octobre 1929, surnommé le jeudi noir, 13 millions d'actions ont changé de mains. Les investisseurs inquiets ont afflué autour de la bourse new-yorkaise.
Le krach boursier de 1929 a entraîné une dépression sans fond, dont les effets se sont fait sentir jusqu'à la guerre de 1939. Il ressemble comme un frère à celui de 2008. Mais le contexte a changé.
Sylvie Arsever.Vendredi 10 octobre 2008.
La crise qui a provoqué, entre le 24 et le 29 octobre 1929, 30 milliards de dollars de perte à la bourse de New York n'a pas seulement entraîné plusieurs années de noire récession et la perte de millions d'emplois. Elle a décrédibilisé les gouvernements démocratiques, contribué à porter Adolf Hitler au pouvoir et à rendre une nouvelle guerre inévitable. Les images d'épargnants paniqués, de chômeurs et de familles paysannes qu'elle a jetés sur les routes hantent encore les mémoires et alimentent l'angoisse suscitée par le dévissage des marchés financiers. Angoisse d'autant plus vive que les ressemblances, de krach à krach, sont frappantes. Et les différences? Incomparablement plus nombreuses, relèvent une très grande majorité d'analystes qui écartent une répétition du drame. Retour sur quelques jours qui ont ébranlé le monde.

L'année avait bien commencé. En Europe, les crises de l'immédiat après-guerre ont fait place à la croissance. Aux Etats-Unis, la productivité industrielle a doublé en sept ans sous l'effet du taylorisme. De nouveaux biens se démocratisent: frigidaires, voitures, radios... Un record de prospérité, note Calvin Coolidge, trentième président des Etats-Unis, dans son dernier message sur l'état de l'Union, en décembre 1928. «Aucun congrès [...] n'a jamais eu de perspective plus agréable que celle qui apparaît aujourd'hui», note-t-il avec enthousiasme.


En hausse depuis 1924, le marché des actions connaît depuis 1928 des mouvements plus vifs, plus volatils aussi et une augmentation importante des échanges. L'élection du républicain Herbert Hoover à la présidence en novembre a conforté cet enthousiasme. Les prêts à court terme qui favorisent l'envol de la bourse de New York ont passé de 3,5 à 6 milliards de dollars en un an. La grande partie des opérations, en effet, se fait à crédit. Les prêts qui permettent à tout un chacun d'acquérir des actions peuvent être d'autant plus généreux que les titres, déposés en garantie, sont destinés à prendre de la valeur. Avec une mise qui ne dépasse parfois pas 10%, le boursicoteur peut engranger l'entier des bénéfices découlant d'une revente. L'affaire n'est pas mauvaise non plus pour les courtiers, qui pratiquent un taux d'intérêt qui atteindra 12% à la fin de l'année sur de l'argent qu'ils peuvent emprunter à 5%.


Les capitaux étrangers affluent à New York.


Cela peut-il durer? La question commence à hanter quelques esprits circonspects au début de 1929. La Banque de réserve fédérale - qu'on n'appelle pas encore la Fed - a fait une tentative d'éponger le marché au début de 1928 en vendant des valeurs d'Etat - sans grand effet. Un an plus tard, elle se borne à quelques appels - prudents - à la prudence. L'enthousiasme spéculatif se fait, lui aussi, plus inquiet: et si l'argent cessait d'affluer? En mars, une série de réunions de la Réserve fédérale suffisent, même sans décision subséquente, à provoquer une baisse importante du marché. Les courtiers lancent leurs premiers appels de marge, forçant leurs clients à réduire leurs engagements. Le taux d'intérêt à court terme monte à 20%. Pour la première fois mais pas la dernière, le téléscripteur qui communique les résultats aux spéculateurs aux abois ne parvient pas à suivre. Le 26 mars, la bourse clôture sans que de nombreux porteurs connaissent l'étendue de leurs pertes. C'est la National City Bank qui réamorce la pompe en annonçant qu'elle prêtera l'argent nécessaire. Charles Mitchell, son CEO, n'est pas le seul à penser que casser le jouet serait un crime. De nombreuses sommités expliquent que les craintifs sont des esprits rétrogrades qui n'ont pas saisi tous les avantages - et toute la solidité - des nouvelles techniques financières.


Parmi celles-ci figure un instrument qui a fait son entrée à la bourse: les sociétés d'investissement. Leur chiffre d'affaire a passé de 400 millions à trois milliards de dollars entre 1927 et 1929. Elles n'investissent souvent qu'indirectement dans l'économie à travers d'autres sociétés parfois détenues par le même groupe. Les sociétés d'investissement prospectent surtout les petits porteurs, auxquels elles promettent les avantages de la diversification et offrent à leur tour la possibilité d'acheter sur marge. Aux plus gourmands, elles offrent en outre le bénéfice d'une application particulière du principe du levier: elles concentrent les hausses sur une partie seulement des titres qu'elles émettent, ce qui les rend très profitables - et très volatils.


Tout est possible: cette conviction propre aux périodes haussières enfle en 1929. De nombreux nouveaux venus arrivent sur les marchés boursiers. Pas aussi nombreux qu'on l'a dit: au plus fort de la bulle, seuls un million et demi d'Américains sur 120 millions possèdent un compte dans une firme active à la bourse et seuls un tiers d'entre eux pratiquent des opérations sur marge. Mais cela suffit pour communiquer le climat de fébrilité spéculative à tout le pays. D'autant que les médias rapportent avec enthousiasme les miracles quotidiens des marchés. Seul le New York Times prédit, sans beaucoup de succès au début, un retournement de conjoncture. Les choses changent en automne. Lentement d'abord: les banques centrales britannique et allemande augmentent leurs taux pour freiner l'exode des capitaux outre-Atlantique. La Réserve fédérale de New York suit et monte à 6%. Le 3 septembre, le mouvement de hausse de Wall Street s'inverse.


Les jours qui suivent sont hésitants mais l'argent des spéculateurs continue d'affluer. La baisse se précise à la mi-octobre. Les courtiers multiplient les appels de marge. La bourse ouvre à la baisse et finit à la hausse lundi 20, se stabilise mardi, replonge mercredi.


Jeudi, c'est la panique: près de 13 millions d'actions changent de main à un rythme qui, à nouveau, défie le téléscripteur. La foule s'ameute devant le Stock Exchange, la galerie des visiteurs est fermée au public. La dégringolade est freinée vers midi par l'annonce d'une intervention groupée de plusieurs banques. La reprise très rapide provoquée par ces réassurances n'est pas communiquée au pays: les téléscripteurs transmettent toujours des chiffres en baisse.


Cela n'empêche pas la tendance haussière de se stabiliser vendredi et samedi: à la satisfaction de voir le spectre des pertes s'éloigner s'ajoute celle d'avoir pu juguler la crise.


Pourquoi craindre, d'ailleurs? La situation économique est fondamentalement bonne, répètent les oracles. Lundi, les journaux publient une campagne publicitaire incitant les Américains à profiter des occasions créées la semaine écoulée. Mais la foi a disparu: le volume des pertes dépasse celles accumulées le jeudi noir.


A nouveau réunis, les banquiers annoncent cette fois qu'ils ne feront rien: la loi du marché doit primer - et certains d'entre eux sont déjà à court de liquidités. De façon peu surprenante, la catastrophe s'emballe mardi 29, alimentée par une dégringolade spectaculaire des sociétés d'investissement. Les mécanismes qui avaient permis à la bulle d'éclore précipitent la déroute. Confrontés à des appels de marge toujours plus pressants, les investisseurs doivent vendre à n'importe quel prix, ce qui emballe la chute des cours - et provoque de nouveaux appels de marge. L'effet de levier, après avoir amplifié les gains, démultiplie les pertes. Vers midi, les gouverneurs de la bourse se réunissent pour discuter de l'éventualité d'une fermeture temporaire qui sera finalement remplacée par des congés élargis - tout le monde, entre autres choses, a besoin de récupérer.


Une nouvelle rumeur enfle: loin de soutenir les marchés, les banquiers participent à leur déconfiture en vendant. Fausse: pendant une semaine, ils injectent des liquidités à perte dans un marché en voie d'assèchement express.


Mercredi marque un retour inopiné à l'optimisme: la situation est «fondamentalement solide», vient de noter le secrétaire adjoint au Commerce Julius Klein. John Rockefeller participe au travail de réassurance en annonçant qu'il a acheté des actions. U. S. Steel a annoncé un dividende supplémentaire.


Jeudi, la Réserve fédérale entre en jeu au moment où Wall Street s'apprête à fermer pour un long week-end en baissant le taux d'escompte de 6 à 5%.


Le samedi intervient la première faillite: Foshay, un trust valant 20 millions de dollars.


Lundi, les fondamentaux sont toujours bons, la Commercial National Bank & Trust Company a acheté cinq colonnes du Times pour le faire savoir. Cela n'empêche pas la course à l'abîme de reprendre. Entre le 22 octobre et le 13 novembre, l'indice Dow Jones passe de 326,51 à 198,69 (-39%), ce qui correspond à une perte virtuelle de 30 milliards de dollars. Il continuera à baisser jusqu'en juillet 1932 et ne rejoindra pas le niveau de septembre 1929 avant 1954. Plus de 700 banques américaines font faillite, les usines suivent. Le nombre des chômeurs atteindra un quart de la population en 1933.


La reprise amorcée à partir de cette date par le nouveau président Roosevelt ne se confirmera pas entièrement avant le déclenchement de la guerre en 1939. La contagion internationale n'est pas immédiate. L'assèchement progressif des crédits en provenance d'outre-Atlantique met un certain temps à déployer ses effets en Europe. Mais ceux-ci s'avèrent d'autant plus dévastateurs que les gouvernements, obnubilés par le souci de protéger leur monnaie, y réagissent en général par une politique protectionniste qui contribue, en réduisant les échanges transatlantiques et la masse monétaire en circulation, à transformer l'accident new-yorkais en dépression sans fond.


Le contraire aurait-il suffi à tout résoudre?


De nombreux historiens font valoir que le krach n'est pas arrivé dans un ciel économique entièrement serein: la production industrielle américaine a commencé à fléchir dès les premiers mois de 1929. La croissance était déséquilibrée: l'argent engendré enflait les profits - et donc tant les investissements que la spéculation - mais guère les salaires des acheteurs potentiels des biens produits. La politique d'austérité adoptée par de nombreux Etats après le krach n'a fait qu'aggraver les choses, d'autant plus sûrement que le flot grandissant des chômeurs, à cette époque, n'est couvert par aucune assurance.


Bref: il y a moyen de faire mieux et on a beaucoup appris depuis. Certes, comme le relevait The Economist cette semaine, il suffit de remplacer «actions» par «immeubles» dans la construction de la bulle de 1929 pour retrouver une description très satisfaisante de celle des «subprime», certes la contamination de l'économie réelle semble désormais probable, mais les augures continuent d'écarter l'hypothèse d'une répétition intégrale du scénario catastrophe.


La grande crise, assurent-ils, n'aura pas lieu. Comme leurs prédécesseurs d'octobre 1929.


A lire: John Kenneth Galbraith, «La crise économique de 1929. Anatomie d'une catastrophe financière», Payot 2008.

jeudi 9 octobre 2008

QU'EST-CE QU'UN KRACH ?

A la Bourse de Sao Paulo, au Brésil, le 8 octobre. (REUTERS).
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Le krach boursier est une baisse soudaine et précipitée des actions touchant une ou plusieurs places financières. L'une de ses caractéristiques principales est l'effet panique qui voit les investisseurs tous vendre en même temps, créant ainsi une spirale infernale.
Il n'y a pas de définition économique précise d'un krach mais, dans la pratique, cette expression s'applique à une baisse des cours de plus de 20% en quelques jours sur une place financière.
Les fortes chutes observées sur les marchés ces derniers jours s'approchent de ce niveau, alimentant forcément les comparaisons avec les précédents historiques de 1929 et 1987. Mais ces deux événements étaient très différents. L'activité a ainsi rapidement reprise après le krach d'octobre 1987, alors que la Grande Dépression de 1929 s'est traduite par plusieurs années de récession économique, de chômage et de misère suivies par la Seconde Guerre mondiale.
Octobre 1929
L'effondrement des marchés boursiers en octobre 1929 a fait suite à l'explosion d'une bulle spéculative. Des millions d'Américains avaient acheté des actions par le biais de fonds d'investissement, les «trust funds», qui se sont écroulés les uns après les autres. Le lundi 28 octobre 1929, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York s'effondrait de 13%, avec une nouvelle chute de 12% le lendemain (le «mardi noir»).
A la fin novembre, il avait perdu la moitié de sa valeur et continuait à chuter les mois suivants. A son plus bas, au milieu de 1932, il avait perdu près de 90% par rapport à ses niveaux d'avant le krach et ce n'est qu'en 1954 qu'il parviendra à les dépasser à nouveau. Ce n'est qu'après la fin du second conflit mondial, en 1945, que l'économie internationale retrouvera le chemin d'une croissance durable, jusqu'aux hoquets des années 70 et au nouveau krach de 1987.
Octobre 1987
Le lundi 19 octobre 1987, Wall Street s'effondre avec une chute de 23% de son indice Dow Jones sur une seule séance, la plus forte jamais enregistrée sur cette place à ce jour. La plupart des marchés mondiaux suivent le mouvement. Mais ce krach, aggravé par des problèmes de traitements informatiques des ordres, a été sans lendemain. Les indices ont rapidement rebondi. Et deux ans plus tard, le Dow Jones revenait à ses niveaux d'avant krach.
1997, 1998, 2000 et 2001
Plus récemment, les Bourses mondiales ont connu des moments difficiles en 1997 lors de la crise asiatique, en 1998 lors de l'effondrement du fonds spéculatif LTCM dans le sillage de la crise russe, en 2000 lors de l'éclatement de la bulle Internet et en 2001 après les attentats terroristes de septembre aux Etats-Unis mais sans que ces baisses ne se prolongent dans le temps.
(D'après AFP

mercredi 8 octobre 2008

CRISE...

LIBERATION .Économie 8 oct. 6h51.
«Le problème est qu’il manque une théorie révolutionnaire»
Yves Michaud. Philosophe directeur de l’Université de tous les savoirs.

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On n’y comprend pas grand-chose. On comprend qu’il y a eu une bulle spéculative financière sur l’immobilier aux Etats-Unis, que les établissements financiers ont émis des titres de créance garantis sur ces bien immobiliers et que les créances ne pouvant être honorées, tout le système se retrouve en cascade privé de garantie. On comprend aussi que les banques ont seulement une petite partie de fonds propres, le reste correspondant à des actifs plus ou moins liquides et dont la valeur ne cesse de baisser voire de se volatiliser (les fameux actifs toxiques). Elles sont donc fragilisées en cascade, d’autant plus qu’elles ne cessent de se prêter des fonds (le marché interbancaire) ou de prendre des participations croisées. Bref, il y a fragilisation mécanique de tout le système bancaire, y compris quand il est «sain», par effet de contagion en cascade. Il y a aussi une formidable déflation : l’estimation de la richesse est revue à la baisse. C’est ce qu’on appelle destruction de richesse. Vous croyez que la croûte que vous a léguée votre grand-mère est un tableau de maître, mais c’est une vulgaire copie et vous êtes beaucoup moins riche. Pour le reste et surtout dans le détail, on n’y comprend rien.
Psychologie
Tant qu’on croit, tout va bien. Si on n’y croit plus (la perte de confiance»), tout vacille. Des queues se forment devant les banques. D’où les efforts pour rassurer, d’où le plan Paulson, aussi mauvais soit-il pourvu qu’il rassure les marchés, d’où les proclamations des dirigeants européens, les rencontres et sommets, même sans résultats tangibles. Il faut éviter la panique. Ce n’est en revanche plus de la psychologie quand on ne trouve plus d’escompte, quand il n’y a plus d’embauche, quand les chantiers s’arrêtent (même à Dubaï) parce qu’il n’y a ni bailleurs de fonds ni acheteurs.
Le manque de compétence
On n’y comprend rien, ai-je dit. Pas seulement nous, mais probablement tout autant les banquiers, les financiers, les parachutistes dorés. Ils semblent ne même pas savoir quels risques leurs établissements encourent parce qu’ils ne savent pas où ces risques sont logés. L’affaire Kerviel-Sociéte générale aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. On a monté un formidable et intelligent système financier auquel plus personne ne comprend rien. On dit aux Etats-Unis que la difficulté principale du plan Paulson va être de l’appliquer en identifiant quels risques sont ou non toxiques et à quel niveau de prix racheter ces actifs «illiquides» faute de valeur estimable. On va donc «outsourcer», c’est-à-dire confier à des agences extérieures ce soin. On demandera aux experts financiers de faire les évaluations qu’ils n’ont pas été capables de faire au sein de leurs établissements…
On n’y comprend rien (suite)
Il y a une crise de liquidités : les banques ne se prêtent plus entre elles par manque de confiance. La Federal Reserve Bank aux Etats-Unis et la Banque centrale européenne en Europe injectent donc au jour le jour ces précieuses liquidités. Mais d’où viennent-elles ? Pour combien de temps ? En quantité suffisante ? Est-ce que ça ne revient pas à faire marcher la planche à billets ? Aux Etats-Unis, c’est peu douteux : la masse monétaire a augmenté de 1 400 % depuis trente ans et les autorités américaines ont cessé de fournir des informations sur cette masse depuis 2006… Quid en Europe ? Mystère.
La faute à personne ?
A gauche et au Modem, on dit que c’est la faute à Sarkozy. Quand même pas à voix trop forte : notre Président a beau être mégalo, on le voit pas à lui tout seul provoquer une telle crise. Alors, c’est la faute aussi aux financiers, aux parachutistes dorés, aux riches. Comble d’horreur, on va prendre l’épargne des pauvres (le livret A) pour sauver les riches. Visiblement, beaucoup croient que la Caisse d’épargne est une sorte de coffre ou de trou où on enterre son argent. Passons. Aux Etats-Unis, le futur retraité, qui a placé ses économies dans un fonds de pension, se licencie lui-même via le fonds de pension parce que l’entreprise où il travaille ne rapporte pas les fatidiques 15 % de retour sur investissement du marché financier…
Le pouvoir politique
Il est impuissant. Bush dévalué mais toujours aussi sournois («une petite guerre contre l’Iran, ça arrangerait les choses ?») n’est pas écouté. En Europe, chacun proclame le besoin d’union, mais joue perso jusqu’au moment où il faudra bien s’aider pour limiter la casse. On est quand même bien content que l’Etat soit là. On est heureux de sa présence rassurante. C’est l’Etat en tant que le collectif, en tant que l’ensemble des citoyens qui veulent se protéger les uns les autres. La forme la plus simple, mais aussi la plus robuste du politique : la puissance publique comme puissance de tous.
La récession
Certains ont déjà laissé ou laisseront des plumes dans cette crise. Parfois des vraies plumes, parfois des parures gonflées et rapportées (les fortunes mirobolantes des traders, des chevaliers de finance, des oligarques) D’autres pourront faire le gros dos. Le plus dur vient juste après : la récession, la hausse du chômage, la baisse de la consommation, avec leurs conséquences politiques, notamment en France sur le programme des réformes, sur la redistribution des investissements, sur la réforme fiscale.
Les malins
Tout ceci devrait être du pain béni pour l’extrême gauche. Elle a enfin sa vraie crise du capitalisme, pas juste une petite bulle qui éclate. Jean-Marc Rouillan devrait pouvoir reprendre ses activités armées en ressortant de prison. Le problème est qu’il manque une théorie révolutionnaire de la crise de ce capitalisme financier. On aura du mal à proposer juste un retour à un capitalisme de production industrielle (celui dont semblent parfois rêver Sarkozy et Guaino quand ils opposent le travail à la spéculation) car ce capitalisme financier a apporté une partie de la formidable croissance mondialisée des vingt dernières années (y compris celle qui s’est faite aux dépens des pays riches). On a donc une crise, des ferments de mouvement social, mais pas de théorie, sauf quelque chose comme la doctrine castriste, le besancenotisme ou le bovéisme. Que font les économistes ? Depuis un ou deux ans, sont parus à la volée les plus sombres diagnostics des meilleurs économistes («les incendiaires», «le capitalisme s’autodétruit», «nous ruinons nos enfants», «les banques sont folles»…). La plupart de ces économistes occupent des postes de conseillers ou de directeurs des études économiques dans des grandes banques, dont certaines mal en point.


Question : ils étaient là pour les conseils, pour la déco, pour le salaire ?

QU'EST-CE QU'UN TAUX DIRECTEUR ?

Qu'est-ce qu'un taux directeur?
Pédago : La BCE, en concertation avec la Fed et d'autres banques centrales, a décidé de baisser son taux de 0,5 point. Explications sur ce langage abscons pour le commun des citoyens.

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Le taux directeur de la Banque centrale européenne (et des autres banques centrales) est en réalité le taux de refinancement minimum. Abaissé ce midi à 3,75%, c'est le principal outil dont dispose la BCE pour influer sur l'octroi de crédits et moduler l'inflation dans la zone euro.
Cet instrument, utilisé lors des opérations hebdomadaires de refinancement par la BCE pour alimenter les banques en liquidités, est le véritable baromètre du coût du crédit dans les quinze pays qui ont adopté la monnaie unique européenne.
Les banques qui veulent se refinancer à court terme peuvent le faire en payant un intérêt sur la somme qu'elles empruntent auprès des banques centrales de leurs pays respectifs. Cet intérêt est calculé d'après le taux en cours à la BCE.
Les banques répercutent ensuite, en principe, ce loyer sur les intérêts des crédits qu'elles accordent à leurs propres clients. Plus le taux de la BCE est bas, plus le coût du crédit a des chances d'être bon marché ce qui, en théorie, favorise la croissance.
C'est le raisonnement que fait cette fois la BCE, alors que la crise financière fait rage et que les perspectives de croissance dans la zone euro sont de plus en plus sombres.
A l'inverse, une hausse du taux du crédit permet théoriquement de ralentir la demande et par conséquent d'éviter une surchauffe génératrice d'inflation.
(Source AFP).

jeudi 2 octobre 2008

MA VERITE SUR LE KRACH. George SOROS.

Nº2291. SEMAINE DU JEUDI 02 Octobre 2008.
A la une <>Le milliardaire philanthrope est bien placé pour décrypter la crise financière. C'est lui le pionnier des fonds spéculatifs.

Ma vérité sur le krach par George Soros.
Le Nouvel Observateur. - Cette crise financière est beaucoup plus grave que les autres. Quel va être son impact sur l'économie réelle ?

George Soros. - Nous sommes dans l'oeil du cyclone. Par son ampleur et sa durée, cette crise dépasse mes pires craintes. A terme, elle va empêcher les consommateurs américains, qui en se reposant sur la valeur estimée de leur propriété immobilière vivaient à crédit, de consommer plus qu'ils ne produisent. Mais la fin de cette garantie, en provoquant un effondrement de la valeur estimée de la propriété foncière, réduit à néant leur épargne. Les foyers américains vont donc devoir changer de mentalité. Simultanément, le gouvernement américain va devoir créer une nouvelle demande car, dans une période de déflation et d'endettement massif, le poids de la dette publique grève l'économie tout entière. Même si son système bancaire est plus solide car mieux régulé, l'Europe sera elle aussi touchée. La Grande-Bretagne est d'ailleurs déjà en pleine crise du crédit.

N. O. - Qui a provoqué cette crise ?

G. Soros. - La thèse que je ne cesse de défendre, c'est que les marchés ne tendent pas spontanément à l'équilibre. La «régulation» se fait par des bulles qui gonflent et qui éclatent. Selon ma théorie, chaque bulle se compose de deux éléments : le premier correspond à la tendance dominante réelle et le second à l'interprétation erronée qui en est faite. Je distingue ainsi une «fonction cognitive» et une «fonction manipulatrice» qui interagissent. Appliquez ce concept aux marchés financiers et vous aurez une première explication de la crise actuelle. Dans le cas présent, la microbulle du secteur immobilier - les fameux subprimes - entretient en l'amplifiant une bulle plus vaste et plus ancienne, la superbulle du crédit. Conséquence : un effet boule de neige qui, à terme, peut provoquer la déflagration d'une bombe atomique. Les intégristes du marché ont cru jusqu'au bout que les marchés allaient s'autoréguler. Erreur ! La bulle éclate avec d'autant plus de violence que pendant vingt-cinq ans on a laissé se développer toutes sortes d'instruments de manipulations financières - les produits dérivés de la titrisation -, en croyant à tort que les déséquilibres passagers étaient le fruit du hasard. Facteur aggravant : à chaque crise, on a laissé toute latitude d'expansion de crédit aux banques afin de se redresser. Ajoutez la confusion des banques commerciales et des banques d'investissement, le laxisme des agences de notation et vous avez tous les ingrédients d'une aggravation des défauts du système. Aujourd'hui, l'éclatement de la superbulle a des conséquences dévastatrices sur les Etats-Unis et l'Europe, mais cette fois aussi sur les marchés émergents et la Russie, qui font désormais partie du système.


N. O. - Quelles ont été les étapes de cette contamination ?

G. Soros. - L'effondrement de la bulle immobilière a fait entrer la bulle des matières premières et des marchandises dans sa phase ultime de croissance explosive, jusqu'à l'éclatement. La montée du prix du baril de pétrole à 140 dollars a constitué le point culminant de cette folle escalade, provoquée par la dépréciation du dollar et la volonté de posséder des matières premières plutôt que des devises. C'est la spéculation sur les matières premières qui a provoqué cette flambée des prix du pétrole. La tendance commence à s'inverser. La bulle des matières premières va peut-être éclater à son tour.

N. O. - La Fed a décidé de maintenir ses taux inchangés. Le gouvernement américain a ensuite «nationalisé» certains établissements financiers, puis lancé un grand plan de sauvetage. Mais c'est l'Etat, donc les contribuables américains, qui paieront l'addition...

G. Soros. - Le devoir des régulateurs est de sauver le système, sans s'encombrer de considérations morales. La faillite de Lehman Brothers montre les dangers que la défaillance d'un établissement fait peser sur le système tout entier. Quand on est comme aujourd'hui au bord du gouffre, le renflouement par l'Etat est inévitable. Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, l'a compris : il s'est décidé à injecter des fonds publics et à prendre des mesures interventionnistes de grande ampleur. Car cette crise découle d'une carence de régulation. Après avoir été incapables d'empêcher la bulle des actifs d'enfler exagérément et de menacer le système, les régulateurs vont devoir assumer leur responsabililité.

N. O. - Mais qui régulera les régulateurs ?

G. Soros. - Je ne suis pas un partisan acharné de la régulation. Je la considère simplement comme un mal nécessaire, qu'il faut maintenir dans des limites raisonnables. Car les régulateurs eux-mêmes sont humains
G. Soros. - Le secteur financier avait pris une importance démesurée dans l'économie, au détriment des autres secteurs. Il va être ramené à de plus justes proportions. Mais il ne disparaîtra pas même si l'Etat acquiert une part majoritaire du secteur financier, même si les fonds souverains, associés à des investisseurs de capitaux privés, interviennent plus massivement encore qu'ils ne le font. L'Etat le permettra-t-il ? A terme, les fonds souverains représentent un danger, mais il n'existe aucune autre source de capitaux disponibles que ces trois acteurs-là.

N. O. - Barack Obama est favorable à une plus grande intervention de l'Etat. Il évoque un nouveau New Deal...

G. Soros. - Je crois qu'un New Deal sera nécessaire pour faire face à ce krach dont nous vivons les prémices. Pour empêcher les prix de l'immobilier de subir un effondrement aussi disproportionné que leur flambée, il faut donc augmenter l'offre en matière d'hypothèques et de prêts immobiliers, limiter les saisies pour éviter les ventes forcées et créer un organisme chargé de conserver les propriétés immobilières en attendant que la demande remonte. Les autorités publiques doivent donc êtres très actives en amont. Par ailleurs, il faut absolument renégocier le remboursement des prêts immobiliers et des hypothèques pour éviter que des gens ne soient chassés de chez eux. Il faut modifier aussi la loi sur les faillites, qui pour le moment ne permet pas aux juges de rééchelonner les prêts sur les résidences principales. Les milieux d'affaires n'aiment pas ce genre de régulations soupçonnées d'affecter la rentabilité des activités financières, mais ils n'ont plus le choix. Ce sont surtout les fonds spéculatifs (hedge funds) qui en pâtiront, mais il s'agit là d'une activité artificielle qui ne produit rien. J'ajoute que l'Etat devrait contribuer à créer une nouvelle source de demande. Qu'est-ce qui pourrait l'alimenter ? Je pense par exemple à la création d'une grande industrie de la dépollution pour faire face au réchauffement climatique. Travailler à réduire les émissions de carbone dans l'atmosphère suppose des investissements massifs, mais à terme ils représentent un moteur de l'économie, donc un substitut à une consommation déclinante.

N. O. - La crise financière sera donc au centre de l'élection présidentielle américaine...

G. Soros. - C'est la première fois que la population américaine prend conscience de la réalité de la crise financière et de ses conséquences sur sa vie quotidienne. J'imagine que cette situation profitera à Obama. Il s'est prononcé en faveur d'une réforme de la loi sur les faillites, et les démocrates sont traditionnellement plus favorables à une intervention publique que les républicains et les intégristes du marché. La gravité de la situation va changer les mentalités.

N. O. - Pour les républicains, vous êtes l'homme à abattre...

G. Soros. - Je sais ! Mais mon soutien à Obama consiste à ne pas m'afficher à ses côtés. Je ne l'ai rencontré qu'une fois.

N. O. - Vous avez été un pionnier des fonds spéculatifs. Un remords ?
G. Soros. - Je ne regrette rien, et je n'éprouve aucune culpabilité car j'ai toujours respecté et milité pour améliorer les règles de fonctionnement que j'avais établies pour ces hedge funds, même lorsqu'elles allaient à l'encontre de mon intérêt personnel. Je suis trop vertueux, fût-ce à mes dépens !

N. O. - Votre propre entreprise se porte bien ?

G. Soros. - Ca peut aller. Nous sommes pratiquement à zéro, ce qui, compte tenu des circonstances, est presque idéal !

George Soros est le président du Soros Fund Management et le fondateur d'un réseau mondial de fondations philanthropiques intervenant notamment dans le domaine des droits de l'homme. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont «le Grand Désordre mondial» et «Pour l'Amérique. Contre Bush». Il vient de publier «la Vérité sur la crise financière» aux Editions Denoël.

Jean-Gabriel Fredet, François Armanet. Le Nouvel Observateur.