mardi 10 juin 2008

CESARIA EVORA.

Cesaria Evora annule sa tournée européenne.
NOUVEL OBS.COM 09.06.

2008.
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La chanteuse capverdienne, propulsée au rang de star internationale grâce à son quatrième album, "Miss Perfumado", en 1992, annule l'ensemble de sa tournée européenne pour raisons de santé.
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La chanteuse Cesaria Evora en 2006 à Genève .
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L'ensemble de la tournée européenne de la chanteuse capverdienne Cesaria Evora a été annulée, a annoncé lundi 9 août sa maison de disques Lusafrica.
La tournée, annulée pour raisons de santé, aurait dû avoir lieu en deux temps à parti de fin juin et jusqu'à décembre. Lusafrica n'a donné aucune autre précision.
Star internationale depuis 1992. Âgée de 66 ans, la "diva aux pieds nus" aurait dans un premier temps dû donner une tournée d'été à partir de fin juin. Celle-ci devait passer par la France, avec cinq concerts prévus, dont le festival Solidays à Paris le 6 juillet. La Suisse, la Belgique, la Pologne, la Roumanie, la Grèce, l'Italie et l'Espagne étaient également prévus dans le cadre de sa tournée. Un deuxième volet de cette tournée était prévu à partir d'octobre. Le dernier album de Cesaria Evora, "Rogamar", est sorti début 2006.Mais c'est en 1992, grâce à son quatrième album "Miss Perfumado", que la chanteuse avait été propulsée au rang de star internationale. Elle avait ainsi fait connaître au monde entier la morna, la musique du Cap Vert, un archipel volcanique situé au large du Sénégal.
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Elle chante un peu voilée souple comme le vent
C’est une mélodie sans paroles hors du temps
Elle chante les yeux fermés en fléchissant le cou
Plongée dans un pays très éloigné de vous
Alors les mots qu’elle improvise
Sont faits de violence et de couleurs
Sa voix qui était fluide d’abord se brise et se renforce
Comme les blessures de l’âme dans la profondeur de l’écorce
Mais d’où lui vient cette infinie douceur
Cette sensualité mélangée de pudeur
Ses belles mains quand elles se posent
Sur une épaule ou sur mon bras
Tout se métamorphose
On oublie la mort on s’en va
Bernard LAVILLIERS.

CONSEDJO
Spia' caminho nha fidjo matcho
Bisia' caminho nha fidja femêa
Tudo comberso ca ta obido
E' ca tudo badjo qui ta badjado
Quem qui ca obi t'odja'
Arrependimento é tardi
Ca bu hesita' pensa' dôs bêz
Antis bô dicidi
Quem qui ca obi t'odja'
Arrependimento é tardi
Ca bu xa' pa manhâ
Cuse qui bô tem pa' fazê hoje
Bedjice é' triste morrê é certo
Dia por dia cada vez mas perto
Fazê esforço trabadja rijo
Pa manhâ ca tchabo sem mata injum
(Ramiro Mendes)
Copyright Editions Lusafrica/
Sony Music Publishing 1994
CONSEIL
Cherche ton chemin mon fils
Cherche ton chemin ma fille
Toute parole ne doit pas être écoutée
Toute musique ne doit pas être dansée
Qui n'entend pas peut voir
Les regrets viennent toujours tard
N'hésite pas à penser deux fois
Avant de te décider
Qui n'entend pas peut voir
Les regrets viennent toujours tard
Ce qui peut être fait aujourd'hui
La vieillesse est triste
Et la mort est certaine
De jour en jour on s'en approche
Il te faut travailler durement
Pour que demain
Ne te laisse pas sur ta faim

by www caboverde.com

lundi 9 juin 2008

FABRICE NICOLINO. LES BIOCARBURANTS PLUS NEFASTES QUE LE PETROLE.


«Les biocarburants sont plus néfastes pour le climat que le pétrole».
Fabrice Nicolino, auteur de "La faim, la bagnole, le blé et nous: une dénonciation des biocarburants".
a répondu aux questions des Libénautes, sur les méfaits de la culture intensive des plantes à usage de biocarburants.
LIBERATION.FR : lundi 8 octobre 2007
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Novice: le développement des biocarburants de manière excessive peut-il être un danger pour la production alimentaire?
Je butte un peu sur le mot excessif, tout simplement parce que l'état actuel de la production de biocarburants dans le monde, provoque déjà une catastrophe sur le plan alimentaire. Le marché alimentaire mondial est en situation de tensions, depuis des années déjà pour deux raisons essentielles: d'une part les déréglements climatiques, et d'autre part une demande croissante de la part d'un grand nombre de pays du Sud, dont la Chine et l'Inde. L'arrivée des biocarburants dans ce marché déjà difficile, provoque un déséquilibre complet, qui fait exploser le prix de toutes les céréales. La faim est déjà là, je renvoie à un communiqué de la FAO, daté du 4 octobre, qui prévoit hélàs des émeutes de la faim dans les mois et les années qui viennent, en particulier à cause du boum sur les biocarburants, que je préfère appeler des nécrocarburants.
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Blabla: Je n'ai pas encore lu votre livre (1) mais j'avais cru comprendre que les biocarburants étaient bons pour l'environnement, alors pourquoi pensez-vous visiblement l'inverse au regard du titre de votre ouvrage?
Ce n'est pas moi qui pense ça. De très grandes études scientifiques publiées dans les meilleures revues internationales montrent que contrairement à ce que prétend la propagande en faveur des biocarburants, ces derniers sont beaucoup plus néfastes pour le climat que le pétrole. Je renvoie à la dernière étude co-signée par le Prix Nobel de chimie, Paul Crutzen, en 1995.
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Aurel: Puisqu'il faut bien "rouler" quelle autre alternative aux biocarburants proposez-vous afin de diminuer les émissions de gaz dans l'atmosphère?
Les biocarburants envoient plus de gaz à effet de serre quand on analyse la totalité de leur cycle de production que le pétrole. Vous semblez penser qu'il faut bien "rouler", de toute façon. Et c'est bien une question essentielle à mes yeux. La voiture individuelle, qui est un objet parmi tant d'autres, a pris une place démesurée dans nos vies. Compte tenu des ressources disponibles sur Terre, la bagnole est devenue l'ennemi de l'humanité. C'est pour cette raison, qu'il faut remettre la voiture individuelle à sa place, et cette place doit être considérablement réduite.
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Alvin: Qui donc laisse croire l'inverse?
On ne vit pas dans un monde de conte de fée. Il existe évidemment un lobby en faveur des biocarburants. Ce lobby je le décris précisément dans mon livre. Au point de départ de ce lobby, il y a l'agriculture industrielle .
En 1992, pour se débarrasser de céréales en surproduction, cette agriculture industrielle a "inventé" un nouveau débouché: les biocarburants. En France, tout est parti de là. Ensuite, ce lobby industriel, qui sait y faire, a reçu l'appui de politiques de droite comme de gauche, mais aussi celui du ministère de l'Ecologie de monsieur Borloo. Je révèle dans mon livre que l'Ademe, (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) abrite en son sein le lobby français des biocarburants, sous le nom d'Agrice (Agriculture pour la chimie et l'énergie). Pour ma part, je souhaite la dissolution de l'Agrice qui est l'exemple type d'une confusion totale entre service public et défense des intérêts privés.
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Alvin: L'agriculture a un problème de débouchés ?
Ce qu'il faut comprendre par rapport à cette question de débouchés, ce que l'agriculture est devenue une industrie, avec des capacités de production et donc de surproduction perpétuelles. On l'a déjà vu des dizaines de fois au cours des cinquante dernières années. En France, il existe un système cohérent, très rodé, qui relie l'industrie de l'agriculture, l'industrie agroalimentaire, le syndicat majoritaire chez les agriculteurs, la FNSEA, et le ministère de l'Agriculture. C'est la base de toute l'explication.
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Alvin: J'ai cru comprendre que l'on allait supprimer les jachères pour manque de production alimentaire?
Les jachères, c'est une histoire drôle, rions un peu! En 1992, il y a eu une réforme de la politique agricole commune, la PAC. L'Europe a décidé de geler 15% des terres céréalières. En échange, les céréaliers ont reçu des subventions publiques importantes. Des petits malins, qui devaient déjà penser à autre chose, ont obtenu alors de pouvoir cultiver ces jachères, à la condition de ne cultiver que des plantes destinées à un usage non alimentaires. Autrement dit, dès 1992, certains pensaient déjà aux biocarburants. L'Union européenne vient de décider, le 13 septembre dernier, de ramener le taux de jachères en Europe, donc en France, à 0%. Pour un pays comme la France, les jachères c'est entre 1 et 2 millions d'hectares. C'est très important. Sur la plus grande partie de ces jachères, on va planter des biocarburants.
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Mercure: Quelle est selon vous l'alternative aux biocarburants?
Je n'en vois pas. Présenter la chose comme ça, c'est se tromper. Ce sont les marchands de biocarburants qui nous ont convaincus de l'intérêt de cette trouvaille. Accepter les biocarburants, à quel que niveau que ce soit, c'est accepter l'accroissement de la faim, la destruction d'une grande partie des forêts tropicales restantes, et c'est relancer massivement l'agriculture industrielle à coup d'engrais et de pesticides. Je propose une autre voie, plus difficile, qui consiste à revoir la totalité de nos modes de transport, et donc de nos modes de vie. C'est pas forcément très drôle, mais ça me paraît nécessaire.
(1) La faim, la bagnole, le blé et nous: une dénonciation des biocarburants, Fabrice Nicolino, Fayard, 17 euros.

PATRICK ARTUS. SANS CORRECTION, LE SYSTEME RISQUE DE PETER.

«Sans correction, le système risque de péter».
Débat :La globalisation a-t-elle accouché du chaos ?
L’économiste PATRICK ARTUS répond.
Recueilli par CHRISTOPHE ALIX . LIBERATION QUOTIDIEN : lundi 9 juin 2008.

L’économiste Patrick Artus vient de publier, avec la journaliste Marie-Paule Virard, "Globalisation, le pire est à venir" (La Découverte).
Diagnostic aussi sombre que lucide sur les désordres de la globalisation.

A vous lire, la globalisation aurait accouché d’un cauchemar dont il sera difficile de sortir. Etait-elle finalement une erreur ?
En soi, la globalisation est positive car les échanges favorisent la croissance. Elle a fait entrer dans le circuit économique un milliard d’individus qui en étaient exclus en leur donnant du travail et en apportant de nouveaux débouchés. En créant plus de concurrence, elle a fait baisser les prix et maintenu les taux d’intérêt bas. Cette machine à inonder le monde de liquidités a permis de s’endetter à peu de frais et a globalement réussi, jusqu’au début des années 2000, à apporter plus de bien-être dans les pays riches comme chez les plus pauvres. Jusqu’au tournant actuel.

Votre bilan est sombre…
La globalisation a initié et alimenté des tendances insoutenables sur le long terme. En organisant un gigantesque transfert d’activités des pays avancés vers les pays émergents, elle a fait exploser les inégalités, généré des désordres financiers monstres et fait flamber les matières premières. Sans correction, le système risque de péter. Les conséquences seront alors dramatiques pour les perdants, chaque jour plus nombreux, de cette machine inégalitaire qui prend du revenu aux uns pour le redistribuer aux autres.

Comment est-on passé d’un enchaînement vertueux au chaos ?
Il n’y a rien de choquant à faire fabriquer les biens là où les salaires sont les plus bas. Sauf que l’accroissement de la richesse a provoqué un retour en force de l’inflation et un boom des matières premières. L’économiste libéral américain Paul Krugman qui, en 1996, écrivait La mondialisation n’est pas coupable l’a bien montré : les pays riches n’ont pas su prévenir les effets de la globalisation sur l’emploi. Car les emplois qui se créent en 2008 ne sont plus les mêmes que ceux qui sont détruits. Cette transition inédite pour l’Occident a polarisé le marché du travail aux deux bouts : le haut de gamme et le bas de gamme ; les nouvelles technologies et l’aéronautique d’un côté, les services à la personne et le temps partiel de l’autre. Tout ce qui était entre les deux disparaît.

Les autres effets négatifs, étaient sans doute plus prévisibles…
Au-delà du renchérissement des matières premières, des désordres financiers et environnementaux auxquels on pouvait s’attendre, le drame est que les institutions internationales n’ont pas intégré cette nouvelle donne. Dans le domaine monétaire, il n’est pas concevable qu’alors que 90 % de la création monétaire se fait en dehors des pays du G7, ceux qui fabriquent l’essentiel de la liquidité ne soient pas associés aux discussions. Avec une inflation dans la zone euro directement liée à la demande mondiale de matières premières, on ne peut plus non plus se contenter d’une politique monétaire européenne. La liquidité a augmenté de 18 % sur un an dans le monde, c’est un montant dramatiquement élevé qui vient alimenter les bulles financières : l’immobilier hier, les matières premières aujourd’hui, demain les terres agricoles et pourquoi pas l’eau. Parce que l’argent circule partout sur terre, le monde a besoin d’une banque centrale mondiale chargée de gérer la quantité de monnaie de l’ensemble de la planète.

Dans l’environnement, la réponse a été le protocole de Kyoto avec un succès très relatif. N’est-ce pas la preuve que cette gouvernance mondiale des «biens publics» reste une illusion face aux intérêts des nations ?
Il y a un énorme souci avec la Chine dont l’émergence au tout premier plan a un effet déstructurant sur l’équilibre de la planète. Pourquoi le pétrole continue-t-il à monter alors que les Américains eux-mêmes ont commencé à réduire leur consommation ? Parce que 1,3 milliard de Chinois en consomment 10 % de plus chaque année et que le marché automobile du pays a cru de 35 % en 2007. Pourquoi les prix des métaux explosent ? Parce que la Chine en consomme près d’un tiers à l’échelle mondiale, bientôt la moitié. A la différence de l’Inde dont le développement essentiellement centré sur les services reste, pour l’instant, très économe pour les ressources planétaires, la Chine a opté pour un modèle hyperindustriel, qui représente 70 % de son PIB. Et il est loin d’être acquis qu’elle accepte de participer à cette régulation mondiale. Avec seulement 2 000 dollars (1270 euros) de revenu par tête contre 40 000 aux Etats-Unis (25 420 euros), la Chine ne voit pas - et on peut le comprendre - pourquoi ce serait à elle de faire des efforts.

A la fin du livre, vous esquissez deux scénarios, l’un plus optimiste, l’autre carrément chaotique… Lequel a le plus de chances de l’emporter ?
Personne n’a la réponse. Si on arrive à se coordonner avec la Chine, si on remplace le G7 par un G15 avec une Europe qui y parlerait d’une seule voix, il n’est pas inconcevable que l’on parvienne progressivement à mieux réguler la globalisation. Sinon, il est à craindre, comme nous l’écrivons, que le pire soit à venir avec un retour en force du protectionnisme et le danger de réactions populistes de plus en plus exacerbées. Ce sera alors le règne du chacun pour soi et le retour de tensions géopolitiques lourdes de conséquences.

samedi 7 juin 2008

JOSEPH STIGLITZ. LE MODE DE VIE AMERICAIN N'EST PAS TENABLE.

Joseph Stiglitz. Dernier livre paru: «Une guerre à 3000 milliards de dollars» (Fayard). Photo Reuters. Le prix Nobel d'économie revient sur le coût de la guerre en Irak et explique en quoi ce conflit a fait exploser le modèle de croissance américain, entraînant les crises planétaires que nous connaissons.
Recueilli par GRÉGOIRE BISEAU et FABRICE ROUSSELOT.
LIBERATION QUOTIDIEN : samedi 7 juin 2008.


Vous estimez le coût de la guerre en Irak à 3 000 milliards de dollars. L’administration Bush parle de 800 milliards. D’où vient une telle différence ?
Elle provient de la façon dont vous faites l’addition. Nous prenons en compte des coûts qui sont «cachés» dans le budget du ministère de la Défense. Par exemple, du fait de l’impopularité de la guerre et parce que de nombreux soldats américains doivent aller en Irak même s’ils n’en ont pas envie, les salaires ont été augmentés pour tous les militaires. Le gouvernement ne prend en compte que les salaires des troupes présentes en Irak, alors que nous incluons la masse salariale globale des forces armées. Mais le plus important, ce sont les coûts futurs de cette guerre. Les 800 milliards, nous les avons déjà dépensés. Le candidat républicain à la Maison Blanche, John McCain, pense que la plupart des troupes américaines auront quitté l’Irak en 2013. Or, selon notre calcul, la guerre nous coûte 12,5 milliards par mois. Il faut aussi considérer le coût de la démobilisation et du rapatriement des soldats et des équipements, et l’argent qu’il nous faudra dépenser pour rebâtir des forces armées aussi performantes qu’avant l’intervention en Irak. Enfin, reste le coût lié au rapatriement des soldats blessés et handicapés.

Vous évoquez aussi les coûts sociaux ?
Il y a les coûts sociaux micro-économiques et macro-économiques. Premier exemple : lorsqu’un soldat fortement handicapé revient d’Irak, souvent, l’un des membres de sa famille est obligé d’arrêter de travailler pour l’aider. Il faut alors prendre en charge cette famille et lui assurer des aides financières. En terme macro économique, il est évident que la guerre en Irak a eu un effet négatif sur l’activité américaine.
Quelles sont les conséquences de la guerre sur l’économie américaine ?
Tout d’abord, la guerre a contribué à l’augmentation des prix du pétrole. Les prix ont grimpé bien au-dessus de 100 dollars le baril et les experts les plus prudents estiment que 5 à 10 dollars de la hausse lui sont imputables. En 2002, les marchés énergétiques avaient analysé l’évolution du prix du pétrole pour les dix ans à venir. Selon eux, la production suivrait l’accroissement de la demande et le prix du baril serait relativement stable. L’Irak a totalement changé l’équation, principalement du fait de l’instabilité qui a gagné le Proche- Orient. Et l’un des effets pervers fut que les producteurs de pétrole, qui ont perçu des revenus plus importants, ont décidé pour certains de ne pas accroître leur production. Ensuite, il faut considérer les faibles retours sur investissement de cette guerre. L’argent dépensé en Irak, quand on paye une entreprise de travaux publics népalaise par exemple, ne profite pas de la même façon à l’économie américaine que si l’on construisait une école ou un parc de jeux.

L’intervention en Irak a-t-elle joué un rôle dans la crise des subprimes…
Oui, tout à fait. Le Président Bush a déclaré que la guerre n’avait rien à faire avec les problèmes économiques, que les Américains avaient simplement construit et acheté trop de maisons. Mais il faut essayer de comprendre. Parce que l’économie américaine était plus faible, la FED (Réserve fédérale) a voulu créer plus de liquidités, elle a donc décidé de garder les taux d’intérêts à des niveaux très faibles tout en laissant se développer de nombreux produits de crédits, sans aucun contrôle. Cela a permis de maintenir l’activité à un certain niveau pendant un certain temps, et cela a préservé aussi la bulle immobilière. L’économie américaine avait des problèmes et la guerre en Irak les a aggravés. Les économistes ont cru que nous étions entrés dans une nouvelle ère. La hausse du pétrole semblait ne pas affecter autant que cela l’économie, pas comme elle le faisait depuis les années 70. Mais en fait, c’est parce que l’on supportait à bout de bras cette même économie que l’effet était moindre. En un an, en 2006, plus de 900 millions de dollars ont été consacrés aux remboursements d’emprunt. C’est énorme dans une économie qui pèse 13 trillions de dollars. Le problème est que nous sommes au bord de la récession et que notre marge de manœuvre est considérablement réduite. En 2008, le déficit américain sera vraisemblablement de 500 milliards de dollars : nous n’avons plus les moyens de stimuler l’économie.

Les dépenses consacrées à l’industrie de la défense peuvent-elles avoir des effets positifs sur l’économie en matière de retombées technologiques ?
Bien sûr, certains secteurs en ont bénéficié. Mais dans sa globalité, l’argent dépensé pour la guerre n’accroît pas la productivité future des Etats-Unis. Pas de la même façon que si l’on avait investi dans les infrastructures ou la recherche. On note des bénéfices ponctuels et marginaux, dans les industries spécialisées pour les prothèses, à cause des blessés. Mais c’est sans comparaison avec les bénéfices que l’on aurait pu retirer si l’argent avait été investi dans l’amélioration de l’état de l’économie.

Peut-on parler de récession ?
Officiellement, l’économie fait face à un fort ralentissement. La crise des subprimes n’est pas terminée. Dans de nombreux cas aux Etats Unis, la valeur de l’emprunt immobilier dépasse celle de la maison. Ceux qui ne peuvent plus payer leurs emprunts sont souvent confrontés au chômage. Les gens se voient proposer des formules de crédit qui aggravent leur situation et prolongent leur endettement. On leur suggère de payer moins les trois premières années, en faisant le calcul que leur maison va prendre de la valeur et qu’ils pourront rembourser plus tard ou revendre leur bien. Seul problème : l’immobilier est en chute et tous ces montages s’écroulent. Tout cela était un leurre. De plus en plus d’emprunts s’effondrent forçant les gens à quitter leurs maisons. Et ça va continuer. Le gouvernement veut que les Américains aient confiance en leur économie. Il parle d’une situation de l’emploi stable, de croissance à 0,6 % du PIB. Mais on constate deux choses: la consommation, qui soutient la croissance, tient beaucoup à l’écoulement de stocks qui n’étaient pas vendus. Les ventes commerciales sont dans le rouge. Côté emploi, l’offre n’a pas progressé depuis six mois, il y a même moins d’heures de travail sur le marché. Un signe clair que l’économie est malade.

La crise des subprimes va-t-elle continuer à affecter l’économie européenne ?
Oui. De nombreuses banques européennes ont acheté des produits dérivés des subprimes et en subissent le contrecoup. De plus, si l’économie américaine continue à ralentir, l’une de ses rares forces restent les exportations, à cause de la faiblesse du dollar vis-à-vis de l’euro. Tout cela n’est pas bon pour l’Europe.

On assiste à une flambée des prix du pétrole, des émeutes de la faim, une crise mondiale, des menaces de récession… Est-ce une juxtaposition de crises indépendantes ou une seule et même crise ?
Ces crises sont liées entre elles, mais elles ont leur propre dimension. La crise pétrolière est liée à la situation de la guerre en Irak. Celle des subprimes, une conséquence de la guerre et de la hausse du baril. La crise alimentaire, via l’essor des bio carburants, résulte de la crise pétrolière. L’Inde a eu raison d’être très énervée lorsque George Bush avait montré du doigt les grandes économies émergentes comme responsables de la crise alimentaire mondiale. Or en matière d’agriculture, il n’y a eu aucune surprise : les Chinois ne se sont pas décidés à manger plus de céréales et de porc du jour au lendemain. La vraie surprise, l’événement totalement inattendu, c’est la guerre en Irak. Et comme le prix du pétrole a grimpé de façon soudaine et violente, les Etats-Unis ont augmenté les subventions à la production d’éthanol, entraînant la hausse des céréales…

A vous entendre, la guerre en Irak serait au commencement de toutes ces crises ?
Elle a en tout cas une grosse part de responsabilités. Peut-être que ces crises se seraient passées de toute façon, mais la guerre les a précipitées et les a amplifiées.
Pourquoi avez-vous accepté l’invitation de Nicolas Sarkozy à participer à sa commission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance française ?
C’est une commission d’abord nationale, mais les problèmes dont on va parler sont globaux. En clair : comment mesurer les performances et le progrès social d’une économie. C’est très important car ce que vous mesurez dans les statistiques conditionne ce que vous faites en matière de politique économique. Par exemple, l’Argentine dans le milieu des années 90 donnait l’impression d’aller très très bien, notamment à travers la mesure de la croissance de son PIB. Mais cette croissance, basée sur la consommation, était financée par l’étranger et ne pouvait donc pas perdurer. D’où la crise qui a ensuite éclaté. Donc la mesure du PIB ne dit rien sur le caractère soutenable de la croissance. Et on pourrait dire aujourd’hui la même chose des Etats-Unis. L’ONU a développé un indicateur du développement humain, qui intègre ce que vous dépensez en matière d’éducation ou de santé… Et bien à l’aune de cette statistique, les Etats-unis se retrouvent la dixième économie mondiale.

Dans ce débat, la France présente-elle des spécificités ?
Je vois deux ou trois choses. D’abord, beaucoup de gens considèrent que le système de santé français, si vous le comparez à celui des Etats-Unis, est beaucoup plus performant. En terme de sécurité, de qualité et aussi d’accès aux soins, notamment pour les moins favorisés. Et cela est largement sous-évalué. Ensuite, c’est l’environnement. Les Français sont très sensibles aux questions écologiques, et le PIB n’intègre aucune trace de cela. Enfin, c’est la valeur que vous accordez aux loisirs. Dans une économie qui fonctionne bien, c’est très important qu’un chômeur qui veut travailler puisse trouver un travail rapidement. De même, un salarié qui souhaite passer plus de temps avec sa famille, doit pouvoir le faire. C’est le signe d’une société qui a choisi de profiter de la hausse de la productivité. Donc si vous mesurez le progrès social par des indicateurs économiques conventionnels, vous passez à côté de tout ça. Et la richesse que vous mesurez est bien moindre.

On est, là, très loin du modèle américain, pourtant beaucoup plus performant en terme de croissance…
Ce qui se passe aux Etats-Unis est contraire à ce qu’enseigne la théorie économique élémentaire. Selon elle, quand une économie devient plus productive, vous profitez normalement d’une augmentation du temps libre. Or, les Etats-Unis évoluent dans un sens opposé. Quelque chose ne fonctionne pas. Par ailleurs, le mode de consommation et de production américain, n’est absolument pas tenable en matière de préservation de la planète. Avec le modèle américain, le monde n’est pas viable. Dans un peu moins de cent ans, la Chine va avoir la capacité de consommer ce que consomment les Etats-Unis. Si cela devait arriver, ce serait une catastrophe pour la planète. Et comme il est impossible de dire aux pays en voie de développement, «vous allez vous restreindre pour nous permettre de continuer à consommer comme aujourd’hui», il n’y a pas d’autres choix que de changer de modèle de croissance.

Y-a-t-il une prise de conscience de cette révolution dans la société américaine ?
Ça commence à peine. Les Américains sont en train de se rendre compte qu’il va consommer moins d’essence. Mais ils n’ont pas mesuré l’amplitude de cette réduction ni ce que cela va signifier en matière de changement de comportement.

Vous êtes optimiste sur le fait que le futur président américain marquera une rupture vis-à-vis de l’administration Bush sur les questions climatiques …
Oui. Et y compris, si John Mac Cain est élu. Je suis très critique vis-à-vis de son programme économique et de sa position sur l’Irak, mais je suis convaincu qu’il est concerné depuis longtemps par le réchauffement climatique. Mais il sera toujours très attentif aux intérêts des grandes entreprises et défendra en priorité les solutions qui sont compatibles avec le mécanisme de marché, comme les permis à polluer. De toute façon, le mouvement est irréversible: il n’y a qu’à voir avec quel sérieux les autorités chinoises s’attaquent au problème. Le pouvoir central de Pékin a encore du mal à faire descendre ce message dans les provinces. Et je suis convaincu qu’on est juste au commencement d’un long processus qui ne s’arrêtera pas. Savoir mesurer et évaluer les coûts environnementaux dans la création de richesse nationale est la condition pour faire évoluer la société dans son ensemble.

JEAN ZIEGLER. CRISE ALIMENTAIRE : LE SOMMET DE LA FAO EST UN ECHEC.


Ziegler, ancien rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation.
Crise alimentaire : le sommet de la FAO à Rome est "un échec total".
LEMONDE.FR 06.06.08 .
Jean Ziegler est l'ancien rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation. Il est aujourd'hui membre du comité consultatif du conseil des droits de l'homme des Nations unies et auteur du livre L'Empire de la honte (édition Le Livre de poche).

Le sommet de la FAO, à Rome, sur la crise alimentaire mondiale s'est clôturé, jeudi 5 juin. Que faut-il retenir de ce congrès ?

Jean Ziegler :
C'est un échec total, c'est extraordinairement décevant, et très inquiétant pour l'avenir des Nations unies. Le sommet est assez unique dans l'histoire de cette organisation : plus de 50 chefs d'Etat et de gouvernement se sont réunis pour discuter de solutions concrètes à apporter à l'effroyable massacre quotidien de la faim, qui s'aggrave encore avec l'explosion des prix mondiaux des matières premières agricoles depuis cinq ou six mois. Mais le résultat de cette conférence est totalement scandaleux : l'intérêt privé s'est imposé, au lieu de l'intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d'aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre.

Quels engagements des membres de la FAO auriez-vous souhaité ?
Je souhaitais trois décisions. Tout d'abord, l'interdiction totale de brûler de la nourriture pour en faire des biocarburants. Ensuite, retirer de la Bourse la fixation des prix des aliments de base, et instaurer un système où le pays producteur négocie directement avec le pays consommateur pour exclure le gain spéculatif. Troisièmement, que les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international, donnent la priorité absolue dans les pays les plus pauvres aux investissements dans l'agriculture vivrière, familiale et de subsistance.
La déclaration finale du sommet, difficilement adoptée jeudi soir, engage les pays membres de la FAO à réduire de moitié le nombre de personnes qui ont faim d'ici à 2015. Est-ce un objectif crédible ?Non, c'est de l'hypocrisie la plus totale. D'ailleurs, ce but est celui du millénaire. C'est en septembre 2000, au seuil du nouveau millénaire, que Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies à l'époque, avait réuni les pays membres des Nations unies à New York et avait fixé neufs buts du millénaire pour éradiquer la misère, la faim, etc. Le premier, qui a été adopté, était déjà de réduire de moitié les affamés d'ici à 2015. Mais entre 2000 et 2008, la faim n'a pas reculé, elle a massivement augmenté. Selon la FAO, il y avait l'année dernière 854 millions de personnes gravement et en permanence sous-alimentées. Sans compter les 6 millions d'enfants morts de faim. Et il pourrait y avoir 100 millions de personnes de plus à tomber dans la sous-alimentation grave et permanente à partir de maintenant à cause de l'explosion des prix.


Qui sont, selon vous, les responsables de cet "échec" du sommet de Rome ?
Il y en a trois principaux. D'une part, les Etats-Unis et leurs alliés canadiens et australiens qui ont saboté le sommet en faisant pratiquement la politique de la chaise vide. D'autre part, les grandes sociétés multinationales. Dix sociétes multinationales contrôlent actuellement 80 % du commerce mondial des aliments de base mais elles ne sont pas la Croix-Rouge et ne sont pas en charge de l'intérêt collectif. Troisième responsable, et je le dis avec beaucoup d'inquiétude, c'est le secrétaire général des Nations unies, qui est chargé de faire des propositions. Or, il ne le fait que d'une façon très insuffisante.
Propos recueillis par Laura Marzouk.