
vendredi 15 février 2008
dimanche 10 février 2008
DES "HUMANITES" AU BAC MAC DO.

1.
WIKIPEDIA. Histoire des Humanités.Au XXe siècle le terme Humanités désigne de manière générale l'enseignement secondaire suivi par les jeunes de 12 à 18 ans.
Cet enseignement s'est considérablement étendu et spécialisé depuis les siècles précédents et les jeunes qui apprennent le grec et le latin deviennent rares. En fonction de leur âge et des différents pays, les élèves peuvent ainsi opter à différents stades du cursus scolaire pour des humanités classiques ou spécialisées dans des spécialités aussi diverses que les mathématiques, les sciences exactes, les sciences humaines, les langues modernes, les techniques, les arts ou les sports (ou la combinaison de plusieurs disciplines). La réussite des 6 ou 7 années d'humanités donne généralement accès à l'enseignement supérieur, universitaire ou non.
Bon nombre d'établissements publics ou privés (libres confessionnels ou non-confessionnels) dispensent l'enseignement secondaire. Les établissements d'enseignement général purement intellectuels sont généralement distincts des établissements à vocation technique marquant généralement une scission entre une tradition bourgeoise et une tradition ouvrière. De nombreux pouvoirs organisateurs organisent un enseignement conforme à leurs besoins, objectifs et traditions, dont les communautés religieuses ou l'armée.
En France, l'enseignement des quatre premières années (Sixième, Cinquième, Quatrième, Troisième) est prodigué dans un Collège, celui des trois dernières années dans un Lycée (Seconde, Première, terminale).
Les élèves qui manquent les cours sèchent.
En Belgique jusqu'à l'instauration de la mixité en 1974, les filles fréquentaient les Lycées et les garçons les Athénées. Dans les années 1990, la plupart des établissements ont été renommés Athénées. Un Athénée Royal est un établissement relevant directement de l'état central.
Les jeunes belges brossent parfois les cours.
Quant aux jeunes suisses, ils ont éventuellement l'occasion de courber le Gymnase.
2.
Site français : Qu'apprend-on au Collège ?
« Faire ses humanités » signifiait, depuis le xvie siècle, étudier le latin et le grec. Ce fut longtemps le fondement de toute éducation classique. À travers les grands auteurs de l’Antiquité, on apprenait non seulement leur langue et sa grammaire, mais aussi l’histoire antique où l’on trouvait l’occasion de méditations personnelles, de leçons de morale, de philosophie, de politique : les humanités étaient censées offrir aux adolescents des modèles à imiter dans leur vie d’adulte.
L’expression peut paraître un peu désuète aujourd’hui. Avec l’apparition de nouvelles disciplines, et notamment des sciences humaines, les exigences culturelles ont en partie changé et, pour une part, se sont multipliées : on demande au collégien de connaître les grands repères de l’histoire des hommes et des territoires, d’avoir lu quelques grandes œuvres de la littérature française et mondiale, de découvrir des cultures et des civilisations étrangères, d’acquérir de grandes références culturelles et historiques dans le domaine des arts et dans celui des sciences et des techniques.
Ces repères patrimoniaux possèdent, comme jadis, une valeur intrinsèque. Mais ils nourrissent aussi la compréhension du temps présent et contribuent à la formation de l’autonomie : l’ignorance du passé n’est guère propice à l’exercice d’une liberté bien comprise. Ils doivent permettre aux élèves de mettre en relation des savoirs, des événements, des phénomènes différents, et d’accéder ainsi aux débats d’idées, aux valeurs et aux questionnements à vocation universelle dont ils sont porteurs.
Les disciplines concernées sont le français, l’histoire et la géographie, les langues vivantes, les enseignements artistiques et les langues anciennes. Il serait là encore dommage que le découpage disciplinaire, légitime dans ses objectifs, masque en partie le sens et la finalité globale de ces apprentissages. D’autant que certaines parties des programmes disciplinaires gagnent à être éclairées de plusieurs points de vue convergents. Ces éclairages permettent aux élèves de comprendre, par exemple, que les régimes politiques ne se succèdent pas de manière aléatoire, que les échanges sociaux et économiques répondent à certaines règles, que nos valeurs et nos préoccupations culturelles ne viennent pas du néant, que les religions ont inspiré et continuent d’influencer la politique, la guerre, les mœurs et notre univers symbolique quotidien.
Il serait bien sûr déraisonnable de prétendre faire acquérir toutes ces références : il ne peut être question d’aborder avec des élèves de cet âge toutes les formes d’organisation politique et tous les courants de pensée de l’humanité. Des choix s’imposent donc pour ne traiter que quelques références significatives qui constitueront des thèmes privilégiés pour les itinéraires de découverte.
3.
Les Humanités professionnelles en Hainaut.
« Faire ses humanités » signifiait, depuis le xvie siècle, étudier le latin et le grec. Ce fut longtemps le fondement de toute éducation classique. À travers les grands auteurs de l’Antiquité, on apprenait non seulement leur langue et sa grammaire, mais aussi l’histoire antique où l’on trouvait l’occasion de méditations personnelles, de leçons de morale, de philosophie, de politique : les humanités étaient censées offrir aux adolescents des modèles à imiter dans leur vie d’adulte.
L’expression peut paraître un peu désuète aujourd’hui. Avec l’apparition de nouvelles disciplines, et notamment des sciences humaines, les exigences culturelles ont en partie changé et, pour une part, se sont multipliées : on demande au collégien de connaître les grands repères de l’histoire des hommes et des territoires, d’avoir lu quelques grandes œuvres de la littérature française et mondiale, de découvrir des cultures et des civilisations étrangères, d’acquérir de grandes références culturelles et historiques dans le domaine des arts et dans celui des sciences et des techniques.
Ces repères patrimoniaux possèdent, comme jadis, une valeur intrinsèque. Mais ils nourrissent aussi la compréhension du temps présent et contribuent à la formation de l’autonomie : l’ignorance du passé n’est guère propice à l’exercice d’une liberté bien comprise. Ils doivent permettre aux élèves de mettre en relation des savoirs, des événements, des phénomènes différents, et d’accéder ainsi aux débats d’idées, aux valeurs et aux questionnements à vocation universelle dont ils sont porteurs.
Les disciplines concernées sont le français, l’histoire et la géographie, les langues vivantes, les enseignements artistiques et les langues anciennes. Il serait là encore dommage que le découpage disciplinaire, légitime dans ses objectifs, masque en partie le sens et la finalité globale de ces apprentissages. D’autant que certaines parties des programmes disciplinaires gagnent à être éclairées de plusieurs points de vue convergents. Ces éclairages permettent aux élèves de comprendre, par exemple, que les régimes politiques ne se succèdent pas de manière aléatoire, que les échanges sociaux et économiques répondent à certaines règles, que nos valeurs et nos préoccupations culturelles ne viennent pas du néant, que les religions ont inspiré et continuent d’influencer la politique, la guerre, les mœurs et notre univers symbolique quotidien.
Il serait bien sûr déraisonnable de prétendre faire acquérir toutes ces références : il ne peut être question d’aborder avec des élèves de cet âge toutes les formes d’organisation politique et tous les courants de pensée de l’humanité. Des choix s’imposent donc pour ne traiter que quelques références significatives qui constitueront des thèmes privilégiés pour les itinéraires de découverte.
3.
Les Humanités professionnelles en Hainaut.
Ta passion, ton métier, ton job.
Enseignants - Introduction.
Depuis trop longtemps, l'enseignement technique et professionnel est victime d'un préjugé défavorable dans l'ensemble de la population.
Souvent considéré comme un enseignement du "second choix" ou du "pis-aller", nous voulons le replacer au centre d'un propos positif. Les filières techniques et professionnelles sont porteuses d'avenir, notamment parce qu'elles peuvent déboucher sur de l'emploi. Elles sont les éléments essentiels du passé industriel et économique de notre Province, elles seront les moteurs de la relance dans l'avenir.
La Province de Hainaut a décidé de créer un site spécialement mis en œuvre afin de surfer dans ce monde passionnant, nous vous en souhaitons une bonne découverte.
4.
Depuis trop longtemps, l'enseignement technique et professionnel est victime d'un préjugé défavorable dans l'ensemble de la population.
Souvent considéré comme un enseignement du "second choix" ou du "pis-aller", nous voulons le replacer au centre d'un propos positif. Les filières techniques et professionnelles sont porteuses d'avenir, notamment parce qu'elles peuvent déboucher sur de l'emploi. Elles sont les éléments essentiels du passé industriel et économique de notre Province, elles seront les moteurs de la relance dans l'avenir.
La Province de Hainaut a décidé de créer un site spécialement mis en œuvre afin de surfer dans ce monde passionnant, nous vous en souhaitons une bonne découverte.
4.
Dossier ; Bac Mac Do. Site TF1.
« T'as eu ton bac dans un Happy Meal? »
« T'as eu ton bac dans un Happy Meal? »
Après le permis "dans une pochette surprise", on pourra un jour vous reprocher d'avoir trouvé votre baccalauréat dans le menu enfants de chez Mac Donald's. Chez nos voisins britanniques, il s'agit pourtant d'une initiative très sérieuse.
Le Royaume-Uni va en effet autoriser trois sociétés dont la chaîne de restauration rapide McDonald's à décerner ses propres diplômes, équivalents du baccalauréat britannique et reconnus par l'Etat.
McDonald's pourra délivrer un baccalauréat en "gestion du travail en équipes", qui certifiera que son détenteur a appris toutes les tâches reliées à la gestion d'un restaurant McDonalds, du marketing aux ressources humaines en passant par les services à la clientèle, a précisé l'agence gouvernementale chargée des cursus scolaires (Qualifications and Curriculum Authority, QCA).
McDonald's pourra délivrer un baccalauréat en "gestion du travail en équipes", qui certifiera que son détenteur a appris toutes les tâches reliées à la gestion d'un restaurant McDonalds, du marketing aux ressources humaines en passant par les services à la clientèle, a précisé l'agence gouvernementale chargée des cursus scolaires (Qualifications and Curriculum Authority, QCA).
Bac cheminot ou steward. Deux autres sociétés privées pourront également décerner le "A-level", abréviation de Advanced Level (Niveau Avancé), un examen passé au cours des deux dernières années de l'éducation secondaire et souvent exigé pour l'entrée à l'université. Network Rail, société qui assure la gestion et l'entretien du réseau ferroviaire, pourra décerner son A-level, ainsi que des diplômes pouvant aller jusqu'au doctorat en ingénierie.
La compagnie aérienne à bas prix Flybe délivrera des diplômes de stewards ou hôtesses ainsi que d'ingénieurs de vol. Il s'agit des premières sociétés privées autorisées à délivrer des diplômes sanctionnant des qualifications nationales britanniques. "Cette importante mesure vise à mettre fin aux vieilles divisions entre les qualifications nationales et la formation en entreprises, ce qui va être à l'avantage des employés, des employeurs et du pays dans son ensemble", a déclaré le ministre des Universités et de la formation, John Denham.
mardi 5 février 2008
DERNIERE INTERVIEW D'ANDRE GORZ au NOUVEL OBSERVATEUR.
Dans la mémoire de l'Obs, la dernière interview d'André Gorz : Où va l'écologie ? Par Nouvel Obs. C'était en décembre 2006. Le fondateur de l'écologie politique et ancien journaliste au «Nouvel Observateur» revenait sur trente ans de réflexion et de combat.
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Le Nouvel Observateur. - «Ecologiste avant la lettre», comment définissez-vous l'écologie?
André Gorz. - De toutes les définitions possibles, j'aimerais privilégier d'abord la moins scientifique, celle qui est à l'origine du mouvement écologiste, à savoir le souci du milieu de vie en tant que déterminant de la qualité de la vie et de la qualité d'une civilisation. Les premières grandes manifestations de ce souci se sont développées en Amérique du Nord, puis au Japon, puis en Allemagne, d'où elles ont gagné le reste de l'Europe. Elles ont pris la forme de mouvements de protestation, souvent violemment réprimés, contre la confiscation de l'espace public par des méga-industries, des aéroports, des autoroutes qui venaient bouleverser, bétonner, techniciser le peu de milieu «naturel» qui restait et répandre des polluants et des nuisances.
La résistance des habitants à cet envahissement de leur milieu de vie n'était pas une simple «défense de la nature». C'était une lutte contre la domination, contre la destruction d'un bien commun par des puissances privées, soutenues par l'Etat, qui déniaient aux populations le droit de choisir leur façon de vivre ensemble, de produire et de consommer.
Le Nouvel Observateur. - «Ecologiste avant la lettre», comment définissez-vous l'écologie?
André Gorz. - De toutes les définitions possibles, j'aimerais privilégier d'abord la moins scientifique, celle qui est à l'origine du mouvement écologiste, à savoir le souci du milieu de vie en tant que déterminant de la qualité de la vie et de la qualité d'une civilisation. Les premières grandes manifestations de ce souci se sont développées en Amérique du Nord, puis au Japon, puis en Allemagne, d'où elles ont gagné le reste de l'Europe. Elles ont pris la forme de mouvements de protestation, souvent violemment réprimés, contre la confiscation de l'espace public par des méga-industries, des aéroports, des autoroutes qui venaient bouleverser, bétonner, techniciser le peu de milieu «naturel» qui restait et répandre des polluants et des nuisances.
La résistance des habitants à cet envahissement de leur milieu de vie n'était pas une simple «défense de la nature». C'était une lutte contre la domination, contre la destruction d'un bien commun par des puissances privées, soutenues par l'Etat, qui déniaient aux populations le droit de choisir leur façon de vivre ensemble, de produire et de consommer.
N. O. - En 1972, lors du grand débat organisé par «le Nouvel Observateur» sur le thème «Ecologie et révolution», vous écriviez: «L'écologie est une discipline foncièrement anticapitaliste et subversive.» Le pensez-vous toujours?
A. Gorz. - L'écologie politique ne peut rien être d'autre. Elle est née en 1972 précisément, à la suite d'un rapport de scientifiques britanniques, «Blueprint for Survival», et d'un rapport commandité par le Club de Rome. Il avait en français pour titre «Halte à la croissance». Il soulignait l'urgente nécessité d'une rupture avec l'industrialisme et cette religion de la croissance qui est inhérente au capitalisme. Dans l'excellent petit livre, purement factuel et richement documenté, «le Développement durable. Maintenant ou jamais», que Dominique Bourg et Gilles-Laurent Rayssac viennent de publier chez Gallimard, vous pouvez lire des phrases comme celle-ci: «L'ampleur du changement environnemental tout autant que l'épuisement des ressources fossiles imposent une transformation rapide et radicale de nos modes de production et de consommation, mais aussi de notre organisation sociale.»
Ils «imposent» une réduction drastique de la production et de la consommation matérielles. Or, comme le notent les auteurs un peu plus haut, «la création de valeur, condition du dynamisme de nos sociétés, est nécessairement liée à la croissance des flux de matières et d'énergies».
Vous ne pouvez pas avoir un capitalisme sans croissance ni, a fortiori, un capitalisme de décroissance. Le profit, la «valeur» sont impossibles sans la circulation de marchandises substantielles, détachables de leurs producteurs. La décroissance, dans «nos» économies, a un nom: la dépression. Vous ne pouvez pas vouloir la réduction des flux de marchandises matérielles sans vouloir une économie radicalement différente de celle-ci, une économie dans laquelle le but premier n'est pas de «faire de l'argent» et dans laquelle la richesse ne s'exprime ni ne se mesure en termes monétaires.
Ceux qui, comme Serge Latouche, appellent la «décroissance» ne veulent ni l'austérité ni l'appauvrissement. Ils veulent avant tout rompre avec l'économicisme, attirer l'attention sur le fait qu'à la base de toute société, de toute économie il y a une non-économie, faite de richesses intrinsèques qui ne sont échangeables contre rien d'autre, de dons sans contrepartie, de gratuité, de mises en commun. L'informatisation, l'automatisation, l'élimination du travail matériel par l'immatériel annoncent un avenir qui pourrait être celui de la non-économie. C'est dans cette optique qu'il faut saisir l'importance des conflits dont les échanges gratuits sur le Net sont l'objet.
A. Gorz. - L'écologie politique ne peut rien être d'autre. Elle est née en 1972 précisément, à la suite d'un rapport de scientifiques britanniques, «Blueprint for Survival», et d'un rapport commandité par le Club de Rome. Il avait en français pour titre «Halte à la croissance». Il soulignait l'urgente nécessité d'une rupture avec l'industrialisme et cette religion de la croissance qui est inhérente au capitalisme. Dans l'excellent petit livre, purement factuel et richement documenté, «le Développement durable. Maintenant ou jamais», que Dominique Bourg et Gilles-Laurent Rayssac viennent de publier chez Gallimard, vous pouvez lire des phrases comme celle-ci: «L'ampleur du changement environnemental tout autant que l'épuisement des ressources fossiles imposent une transformation rapide et radicale de nos modes de production et de consommation, mais aussi de notre organisation sociale.»
Ils «imposent» une réduction drastique de la production et de la consommation matérielles. Or, comme le notent les auteurs un peu plus haut, «la création de valeur, condition du dynamisme de nos sociétés, est nécessairement liée à la croissance des flux de matières et d'énergies».
Vous ne pouvez pas avoir un capitalisme sans croissance ni, a fortiori, un capitalisme de décroissance. Le profit, la «valeur» sont impossibles sans la circulation de marchandises substantielles, détachables de leurs producteurs. La décroissance, dans «nos» économies, a un nom: la dépression. Vous ne pouvez pas vouloir la réduction des flux de marchandises matérielles sans vouloir une économie radicalement différente de celle-ci, une économie dans laquelle le but premier n'est pas de «faire de l'argent» et dans laquelle la richesse ne s'exprime ni ne se mesure en termes monétaires.
Ceux qui, comme Serge Latouche, appellent la «décroissance» ne veulent ni l'austérité ni l'appauvrissement. Ils veulent avant tout rompre avec l'économicisme, attirer l'attention sur le fait qu'à la base de toute société, de toute économie il y a une non-économie, faite de richesses intrinsèques qui ne sont échangeables contre rien d'autre, de dons sans contrepartie, de gratuité, de mises en commun. L'informatisation, l'automatisation, l'élimination du travail matériel par l'immatériel annoncent un avenir qui pourrait être celui de la non-économie. C'est dans cette optique qu'il faut saisir l'importance des conflits dont les échanges gratuits sur le Net sont l'objet.
N. O. - Est-ce que l'écologie est à vos yeux porteuse d'une éthique?
A. Gorz. - C'est ce que soutient Hans Jonas quand - je simplifie grossièrement - il écrit que nous n'avons pas le droit de compromettre la vie des générations futures dans l'intérêt à court terme de la nôtre. Je n'aime pas l'approche kantienne de Jonas. Il en appelle au sens de la responsabilité de chacun, individuellement. Mais je ne vois pas comment des choix individuels changeront «rapidement et radicalement» notre modèle de consommation et de production. D'autant que ce modèle a été conçu et imposé précisément pour étendre la domination du capital aux besoins, aux désirs, aux pensées, aux goûts de chacun et nous faire acheter, consommer, convoiter ce qu'il est dans l'intérêt du capitalisme de produire.
Il y a longtemps que la production de l'utile et du nécessaire a cessé d'être le ressort de la croissance. Les besoins sont limités, les désirs et les fantasmes ne le sont pas. Dans les années 1920 d'abord, les années 1950 ensuite, le besoin qu'avait l'industrie de produire plus l'a emporté sur le besoin des gens de consommer plus et motivé le développement d'une pédagogie - le marketing, la publicité - qui «crée de nouveaux besoins dans l'esprit des gens et fait augmenter leur consommation au niveau que notre productivité et nos ressources justifient». Ce texte est de 1957.
Les consommateurs et la production doivent être mis au service du capital et non l'inverse. Le lien entre la création de valeur et la création de richesse est rompu: n'est reconnu comme richesse que ce qui peut s'exprimer et se mesurer en argent. Les biens communs ne sont évidemment pas dans ce cas. Les services collectifs sont à abolir dans la mesure où ils freinent ou empêchent la croissance de la consommation individuelle. Celle-ci s'adresse, par le marketing, au désir secret de chacun d'échapper au lot commun, de se distinguer des autres et non d'avoir et de satisfaire des besoins communs à tout le monde. Edward Bernays, le neveu de Freud, qui a inventé le marketing moderne dans les années 1920, avait bien compris que le consommateur individualisé est le contraire du citoyen qui se sent responsable du bien commun, et que les couches dominantes pourraient être tranquilles aussi longtemps que les gens se laisseraient persuader que les biens de consommation individuels offrent des solutions à tous les problèmes.
Vous voyez donc qu'une éthique de la responsabilité suppose beaucoup de choses: elle suppose une critique radicale des formes insidieuses de domination qui s'exercent sur nous et nous empêchent de nous constituer en sujet collectif d'un refus commun, d'une action commune. Il faut évidemment que la critique radicale ne s'accompagne - comme chez Naomi Klein dans son «No logo» - d'actions militantes mobilisatrices: boycott des marques, campagnes de Casseurs de Pub, arrachages de semis d'OGM, etc.
A. Gorz. - C'est ce que soutient Hans Jonas quand - je simplifie grossièrement - il écrit que nous n'avons pas le droit de compromettre la vie des générations futures dans l'intérêt à court terme de la nôtre. Je n'aime pas l'approche kantienne de Jonas. Il en appelle au sens de la responsabilité de chacun, individuellement. Mais je ne vois pas comment des choix individuels changeront «rapidement et radicalement» notre modèle de consommation et de production. D'autant que ce modèle a été conçu et imposé précisément pour étendre la domination du capital aux besoins, aux désirs, aux pensées, aux goûts de chacun et nous faire acheter, consommer, convoiter ce qu'il est dans l'intérêt du capitalisme de produire.
Il y a longtemps que la production de l'utile et du nécessaire a cessé d'être le ressort de la croissance. Les besoins sont limités, les désirs et les fantasmes ne le sont pas. Dans les années 1920 d'abord, les années 1950 ensuite, le besoin qu'avait l'industrie de produire plus l'a emporté sur le besoin des gens de consommer plus et motivé le développement d'une pédagogie - le marketing, la publicité - qui «crée de nouveaux besoins dans l'esprit des gens et fait augmenter leur consommation au niveau que notre productivité et nos ressources justifient». Ce texte est de 1957.
Les consommateurs et la production doivent être mis au service du capital et non l'inverse. Le lien entre la création de valeur et la création de richesse est rompu: n'est reconnu comme richesse que ce qui peut s'exprimer et se mesurer en argent. Les biens communs ne sont évidemment pas dans ce cas. Les services collectifs sont à abolir dans la mesure où ils freinent ou empêchent la croissance de la consommation individuelle. Celle-ci s'adresse, par le marketing, au désir secret de chacun d'échapper au lot commun, de se distinguer des autres et non d'avoir et de satisfaire des besoins communs à tout le monde. Edward Bernays, le neveu de Freud, qui a inventé le marketing moderne dans les années 1920, avait bien compris que le consommateur individualisé est le contraire du citoyen qui se sent responsable du bien commun, et que les couches dominantes pourraient être tranquilles aussi longtemps que les gens se laisseraient persuader que les biens de consommation individuels offrent des solutions à tous les problèmes.
Vous voyez donc qu'une éthique de la responsabilité suppose beaucoup de choses: elle suppose une critique radicale des formes insidieuses de domination qui s'exercent sur nous et nous empêchent de nous constituer en sujet collectif d'un refus commun, d'une action commune. Il faut évidemment que la critique radicale ne s'accompagne - comme chez Naomi Klein dans son «No logo» - d'actions militantes mobilisatrices: boycott des marques, campagnes de Casseurs de Pub, arrachages de semis d'OGM, etc.
N. O. - Au début des années 1970, vous meniez campagne dans les colonnes du «Nouvel Observateur» contre l'industrie nucléaire. Un vaste mouvement vous accompagnait. Face aux périls du réchauffement climatique, vous semble-t-il que le nucléaire est aujourd'hui un moindre mal ?
A. Gorz. - Le nucléaire a englouti en France des sommes si démesurées, souvent en pure perte - pensez à Superphénix -, que nous avons négligé les économies d'énergie et les énergies renouvelables. Les réserves d'éléments fissiles sont limitées et restreignent l'avenir du nucléaire. Le problème des déchets n'est pas résolu. Mais surtout le nucléaire est une énergie très concentrée qui demande des installations géantes, des usines de séparation isotopique et de retraitement à la fois très dangereuses et vulnérables. Le nucléaire exige donc un Etat fort et stable, une police fiable et nombreuse, la surveillance permanente de la population et le secret.
Vous avez là tous les germes d'une dérive totalitaire. Les énergies renouvelables, au contraire, se prêtent à une production locale, ne se laissent pas monopoliser ni utiliser pour asservir leurs usagers. Il est vrai qu'elles ne suffiront pas pour faire fonctionner de grands complexes industriels. Mais on aura déjà compris que ceux-ci sont incompatibles avec les «transformations rapides et radicales» dont dépend la survie de l'humanité. Si vous lisez «l'Urgence de la métamorphose», à paraître le 15 janvier, de Laurence Baranski et Jacques Robin, vous verrez que la révolution informationnelle annonce la disparition de l'industrialisme: nous sortons de l'ère de l'énergie pour entrer dans celle de «l'information» et de «l'immatériel».
A. Gorz. - Le nucléaire a englouti en France des sommes si démesurées, souvent en pure perte - pensez à Superphénix -, que nous avons négligé les économies d'énergie et les énergies renouvelables. Les réserves d'éléments fissiles sont limitées et restreignent l'avenir du nucléaire. Le problème des déchets n'est pas résolu. Mais surtout le nucléaire est une énergie très concentrée qui demande des installations géantes, des usines de séparation isotopique et de retraitement à la fois très dangereuses et vulnérables. Le nucléaire exige donc un Etat fort et stable, une police fiable et nombreuse, la surveillance permanente de la population et le secret.
Vous avez là tous les germes d'une dérive totalitaire. Les énergies renouvelables, au contraire, se prêtent à une production locale, ne se laissent pas monopoliser ni utiliser pour asservir leurs usagers. Il est vrai qu'elles ne suffiront pas pour faire fonctionner de grands complexes industriels. Mais on aura déjà compris que ceux-ci sont incompatibles avec les «transformations rapides et radicales» dont dépend la survie de l'humanité. Si vous lisez «l'Urgence de la métamorphose», à paraître le 15 janvier, de Laurence Baranski et Jacques Robin, vous verrez que la révolution informationnelle annonce la disparition de l'industrialisme: nous sortons de l'ère de l'énergie pour entrer dans celle de «l'information» et de «l'immatériel».
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