mercredi 8 octobre 2008

QU'EST-CE QU'UN TAUX DIRECTEUR ?

Qu'est-ce qu'un taux directeur?
Pédago : La BCE, en concertation avec la Fed et d'autres banques centrales, a décidé de baisser son taux de 0,5 point. Explications sur ce langage abscons pour le commun des citoyens.

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Le taux directeur de la Banque centrale européenne (et des autres banques centrales) est en réalité le taux de refinancement minimum. Abaissé ce midi à 3,75%, c'est le principal outil dont dispose la BCE pour influer sur l'octroi de crédits et moduler l'inflation dans la zone euro.
Cet instrument, utilisé lors des opérations hebdomadaires de refinancement par la BCE pour alimenter les banques en liquidités, est le véritable baromètre du coût du crédit dans les quinze pays qui ont adopté la monnaie unique européenne.
Les banques qui veulent se refinancer à court terme peuvent le faire en payant un intérêt sur la somme qu'elles empruntent auprès des banques centrales de leurs pays respectifs. Cet intérêt est calculé d'après le taux en cours à la BCE.
Les banques répercutent ensuite, en principe, ce loyer sur les intérêts des crédits qu'elles accordent à leurs propres clients. Plus le taux de la BCE est bas, plus le coût du crédit a des chances d'être bon marché ce qui, en théorie, favorise la croissance.
C'est le raisonnement que fait cette fois la BCE, alors que la crise financière fait rage et que les perspectives de croissance dans la zone euro sont de plus en plus sombres.
A l'inverse, une hausse du taux du crédit permet théoriquement de ralentir la demande et par conséquent d'éviter une surchauffe génératrice d'inflation.
(Source AFP).

jeudi 2 octobre 2008

MA VERITE SUR LE KRACH. George SOROS.

Nº2291. SEMAINE DU JEUDI 02 Octobre 2008.
A la une <>Le milliardaire philanthrope est bien placé pour décrypter la crise financière. C'est lui le pionnier des fonds spéculatifs.

Ma vérité sur le krach par George Soros.
Le Nouvel Observateur. - Cette crise financière est beaucoup plus grave que les autres. Quel va être son impact sur l'économie réelle ?

George Soros. - Nous sommes dans l'oeil du cyclone. Par son ampleur et sa durée, cette crise dépasse mes pires craintes. A terme, elle va empêcher les consommateurs américains, qui en se reposant sur la valeur estimée de leur propriété immobilière vivaient à crédit, de consommer plus qu'ils ne produisent. Mais la fin de cette garantie, en provoquant un effondrement de la valeur estimée de la propriété foncière, réduit à néant leur épargne. Les foyers américains vont donc devoir changer de mentalité. Simultanément, le gouvernement américain va devoir créer une nouvelle demande car, dans une période de déflation et d'endettement massif, le poids de la dette publique grève l'économie tout entière. Même si son système bancaire est plus solide car mieux régulé, l'Europe sera elle aussi touchée. La Grande-Bretagne est d'ailleurs déjà en pleine crise du crédit.

N. O. - Qui a provoqué cette crise ?

G. Soros. - La thèse que je ne cesse de défendre, c'est que les marchés ne tendent pas spontanément à l'équilibre. La «régulation» se fait par des bulles qui gonflent et qui éclatent. Selon ma théorie, chaque bulle se compose de deux éléments : le premier correspond à la tendance dominante réelle et le second à l'interprétation erronée qui en est faite. Je distingue ainsi une «fonction cognitive» et une «fonction manipulatrice» qui interagissent. Appliquez ce concept aux marchés financiers et vous aurez une première explication de la crise actuelle. Dans le cas présent, la microbulle du secteur immobilier - les fameux subprimes - entretient en l'amplifiant une bulle plus vaste et plus ancienne, la superbulle du crédit. Conséquence : un effet boule de neige qui, à terme, peut provoquer la déflagration d'une bombe atomique. Les intégristes du marché ont cru jusqu'au bout que les marchés allaient s'autoréguler. Erreur ! La bulle éclate avec d'autant plus de violence que pendant vingt-cinq ans on a laissé se développer toutes sortes d'instruments de manipulations financières - les produits dérivés de la titrisation -, en croyant à tort que les déséquilibres passagers étaient le fruit du hasard. Facteur aggravant : à chaque crise, on a laissé toute latitude d'expansion de crédit aux banques afin de se redresser. Ajoutez la confusion des banques commerciales et des banques d'investissement, le laxisme des agences de notation et vous avez tous les ingrédients d'une aggravation des défauts du système. Aujourd'hui, l'éclatement de la superbulle a des conséquences dévastatrices sur les Etats-Unis et l'Europe, mais cette fois aussi sur les marchés émergents et la Russie, qui font désormais partie du système.


N. O. - Quelles ont été les étapes de cette contamination ?

G. Soros. - L'effondrement de la bulle immobilière a fait entrer la bulle des matières premières et des marchandises dans sa phase ultime de croissance explosive, jusqu'à l'éclatement. La montée du prix du baril de pétrole à 140 dollars a constitué le point culminant de cette folle escalade, provoquée par la dépréciation du dollar et la volonté de posséder des matières premières plutôt que des devises. C'est la spéculation sur les matières premières qui a provoqué cette flambée des prix du pétrole. La tendance commence à s'inverser. La bulle des matières premières va peut-être éclater à son tour.

N. O. - La Fed a décidé de maintenir ses taux inchangés. Le gouvernement américain a ensuite «nationalisé» certains établissements financiers, puis lancé un grand plan de sauvetage. Mais c'est l'Etat, donc les contribuables américains, qui paieront l'addition...

G. Soros. - Le devoir des régulateurs est de sauver le système, sans s'encombrer de considérations morales. La faillite de Lehman Brothers montre les dangers que la défaillance d'un établissement fait peser sur le système tout entier. Quand on est comme aujourd'hui au bord du gouffre, le renflouement par l'Etat est inévitable. Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, l'a compris : il s'est décidé à injecter des fonds publics et à prendre des mesures interventionnistes de grande ampleur. Car cette crise découle d'une carence de régulation. Après avoir été incapables d'empêcher la bulle des actifs d'enfler exagérément et de menacer le système, les régulateurs vont devoir assumer leur responsabililité.

N. O. - Mais qui régulera les régulateurs ?

G. Soros. - Je ne suis pas un partisan acharné de la régulation. Je la considère simplement comme un mal nécessaire, qu'il faut maintenir dans des limites raisonnables. Car les régulateurs eux-mêmes sont humains
G. Soros. - Le secteur financier avait pris une importance démesurée dans l'économie, au détriment des autres secteurs. Il va être ramené à de plus justes proportions. Mais il ne disparaîtra pas même si l'Etat acquiert une part majoritaire du secteur financier, même si les fonds souverains, associés à des investisseurs de capitaux privés, interviennent plus massivement encore qu'ils ne le font. L'Etat le permettra-t-il ? A terme, les fonds souverains représentent un danger, mais il n'existe aucune autre source de capitaux disponibles que ces trois acteurs-là.

N. O. - Barack Obama est favorable à une plus grande intervention de l'Etat. Il évoque un nouveau New Deal...

G. Soros. - Je crois qu'un New Deal sera nécessaire pour faire face à ce krach dont nous vivons les prémices. Pour empêcher les prix de l'immobilier de subir un effondrement aussi disproportionné que leur flambée, il faut donc augmenter l'offre en matière d'hypothèques et de prêts immobiliers, limiter les saisies pour éviter les ventes forcées et créer un organisme chargé de conserver les propriétés immobilières en attendant que la demande remonte. Les autorités publiques doivent donc êtres très actives en amont. Par ailleurs, il faut absolument renégocier le remboursement des prêts immobiliers et des hypothèques pour éviter que des gens ne soient chassés de chez eux. Il faut modifier aussi la loi sur les faillites, qui pour le moment ne permet pas aux juges de rééchelonner les prêts sur les résidences principales. Les milieux d'affaires n'aiment pas ce genre de régulations soupçonnées d'affecter la rentabilité des activités financières, mais ils n'ont plus le choix. Ce sont surtout les fonds spéculatifs (hedge funds) qui en pâtiront, mais il s'agit là d'une activité artificielle qui ne produit rien. J'ajoute que l'Etat devrait contribuer à créer une nouvelle source de demande. Qu'est-ce qui pourrait l'alimenter ? Je pense par exemple à la création d'une grande industrie de la dépollution pour faire face au réchauffement climatique. Travailler à réduire les émissions de carbone dans l'atmosphère suppose des investissements massifs, mais à terme ils représentent un moteur de l'économie, donc un substitut à une consommation déclinante.

N. O. - La crise financière sera donc au centre de l'élection présidentielle américaine...

G. Soros. - C'est la première fois que la population américaine prend conscience de la réalité de la crise financière et de ses conséquences sur sa vie quotidienne. J'imagine que cette situation profitera à Obama. Il s'est prononcé en faveur d'une réforme de la loi sur les faillites, et les démocrates sont traditionnellement plus favorables à une intervention publique que les républicains et les intégristes du marché. La gravité de la situation va changer les mentalités.

N. O. - Pour les républicains, vous êtes l'homme à abattre...

G. Soros. - Je sais ! Mais mon soutien à Obama consiste à ne pas m'afficher à ses côtés. Je ne l'ai rencontré qu'une fois.

N. O. - Vous avez été un pionnier des fonds spéculatifs. Un remords ?
G. Soros. - Je ne regrette rien, et je n'éprouve aucune culpabilité car j'ai toujours respecté et milité pour améliorer les règles de fonctionnement que j'avais établies pour ces hedge funds, même lorsqu'elles allaient à l'encontre de mon intérêt personnel. Je suis trop vertueux, fût-ce à mes dépens !

N. O. - Votre propre entreprise se porte bien ?

G. Soros. - Ca peut aller. Nous sommes pratiquement à zéro, ce qui, compte tenu des circonstances, est presque idéal !

George Soros est le président du Soros Fund Management et le fondateur d'un réseau mondial de fondations philanthropiques intervenant notamment dans le domaine des droits de l'homme. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont «le Grand Désordre mondial» et «Pour l'Amérique. Contre Bush». Il vient de publier «la Vérité sur la crise financière» aux Editions Denoël.

Jean-Gabriel Fredet, François Armanet. Le Nouvel Observateur.

lundi 29 septembre 2008

RETOUR DU MOSQUITO ?

Vous vous souvenez sans doute du "mosquito", cet appareil qui produit des sons désagréables uniquement captables par des oreilles de moins de 25 ans (question fréquence des sons) et qui a pour but d'empêcher les rassemblements de jeunes à des endroits indésirables pour des raisons commerciales ou de simple humeur d'adultes ronchons.
Il avait provoqué une saine mobilisation d'indignations si bien qu'il semble que son utilisation avait reculé.
J'en avais parlé, moi aussi, en son temps :
http://jusquacetempleenruinesmais.blogspot.com/2008/04/mosquito.html

Il semble bien qu'il n'est pas exclu qu'il nous revienne - mais de manière insidieuse - sur base d'un principe qui est bien dans l'air du temps : Arrêtez d'imposer des entraves à la population. Arrangez-vous pour qu'elle les choisisse d'elle-même.

C'est ainsi qu'une chaîne de télévision branchée (et soigneusement débranchée en mon domicile) se fait le relais d'une publicité bien dans le coup.
On propose aux jeunes de moins de 25 ans de télécharger des sonneries pour les portables qui seraient uniquement audibles par eux (sur base, je suppose, des principes de mécanique du mosquito mais émettant des sons, je suppose cette fois, acceptables pour leurs jeunes oreilles).

J'ai songé à prolonger ce mot par une mise en parallèle du fichage imposé, consenti (edvige, my space) mais je suis un peu fatigué de tout cela.
Et je suppose, chers amis, que si vous avez lu jusqu'ici, vous m'avez compris...

samedi 27 septembre 2008

DIX CLEFS POUR COMPRENDRE LA CRISE.


NOUVEL OBSERVATEUR. 25 septembre 2008.
À la Une <>Subprimes, titrisation, panique boursiere, faillite en chaine...10 clés pour comprendre la crise.


Un ménage du Minnesota ne peut plus rembourser son crédit et c'est la planète entière qui s'affole ! Le système financier est aujourd'hui tellement complexe que même les banquiers semblent y avoir perdu leur latin. Aveuglement des autorités, irresponsabilité des investisseurs, recherche du profit à court terme, fuite en avant des établissements de crédits... Comment les spéculateurs ont-ils mis en danger l'économie réelle ? Pourquoi les organismes de contrôle n'ont-ils rien vu venir ? Et qui va en payer le prix aujourd'hui ?


Décryptage du krach le plus grave depuis 1929 avec l'économiste Michel Aglietta.



1) Le laisser-faire en procès.
Ou comment le krach accuse les excès du capitalisme. Cette crise marque la faillite d'une croyance selon laquelle le système financier peut s'autoréguler. C'est donc l'échec d'une idéologie qui s'est développée il y a trente ans sous Ronald Reagan et Margaret Thatcher puis a atteint son paroxysme avec George Bush et Alan Greenspan (ex-patron de la Réserve fédérale). Elle a permis non seulement à l'ingénierie financière de se développer mais aussi d'être exploitée de manière perverse.La prise en charge du système financier par l'Etat (comme on le voit aujourd'hui aux Etats-Unis) clôt une époque d'une trentaine d'années, celle de tous les excès, du crédit mais aussi de l'élargissement inadmissible des inégalités dû à l'emballement sans contrôle de la finance de marché. L'énormité du déficit public américain à venir et le retour des réglementations indispensables dans les banques et les marchés de capitaux vont durablement accroître les coûts du crédit et limiter les leviers d'endettement. La croissance débridée à crédit de l'Occident, alors que la grande majorité des revenus réels stagne, est parvenue à son terme. A l'avenir, l'activité économique devra être financée davantage par des fonds propres consacrés à des investissements à long terme.La Chine développe un modèle alternatif de capitalisme maîtrisé par l'Etat et fondé sur la puissance de l'épargne. L'essor de la finance asiatique qui va progressivement organiser ses marchés financiers et développer ses investisseurs institutionnels permet d'envisager un système financier selon de nouveaux schémas. L'épargne occidentale s'investira dans les pays émergents. Et les fonds souverains gérés par les Etats et les entreprises des pays émergents viendront acquérir des actifs en Occident.

2) La folie des hypothèques.
Ou comment la crise financière a éclaté.
Un mécanisme diabolique s'est mis en place aux Etats-Unis. Il puise son origine dans la débauche des crédits hypothécaires dans l'immobilier. Le processus est le suivant : un ménage emprunte de l'argent pour acheter une maison. Cette maison est la garantie de l'emprunt. Au départ, elle vaut 100. Le ménage emprunte donc 100. Et puis le prix de l'immobilier augmente; la maison vaut 150. Le ménage peut donc accroître son emprunt de 50 et en profiter pour acheter d'autres biens, une voiture par exemple. Une maison peut ainsi garantir plusieurs prêts. Cette démarche a été encouragée par les banques. Mais aujourd'hui on en paie les effets pervers. En effet, lorsque le marché de l'immobilier baisse, ce qui est le cas depuis deux ans, la maison vaut moins cher que le crédit contracté pour l'acheter - moins de 100 dans notre exemple. Et le ménage ne peut plus honorer ses dettes. Aujourd'hui des milliers d'Américains engagés dans ces crédits hypothécaires n'ont d'autres solutions que d'abandonner leurs biens aux banques pour rembourser leurs prêts. La méthode est brutale : les établissements prêteurs leur demandent de renvoyer la clé de la maison par la poste. Ces ménages sont libérés de leur dette mais ils se retrouvent alors sans toit. La banque, elle, récupère un bien dont la valeur ne fait que baisser. Dès la fin de l'année 2005, les prix de l'immobilier ont marqué le pas et la baisse a commencé à l'automne 2006. Et pourtant, preuve de l'incroyable irresponsabilité des banques et des agences de notation chargées d'évaluer la qualité des crédits subprimes : leur distribution, et leur transformation en titres financiers, s'est accélérée !

3) Les crédits subprimes.
Ou comment les ménages américains se sont surendettés.
Les crédits subprimes sont des crédits qui ont été distribués à des ménages sans aucun plancher de ressources. En clair, sans vérifier qu'ils n'étaient pas trop élevés pour leurs revenus. Ces crédits d'une durée de trente ans ont été construits de la façon sui vante : deux ou trois années de taux d intérêt très bas, puis une renégociation à des taux plus élevés et variables. Ainsi la charge de paiements mensuels sur les ménages a-t-elle pu s'accroître brusquement de 25% à 40% au-dessus de son niveau initial. Il faut savoir qu'aux Etats-Unis les crédits peuvent aussi être accordés par des courtiers spécialisés hors de toute supervision. Ceux-ci ne les conservent pas, mais les transfèrent à des banques d'affaires qui les regroupent pour les vendre à des investisseurs sous forme de titres financiers. Ces courtiers sont rémunérés par une commission et cherchent donc à faire le plus de volume, sans se soucier de la capacité du ménage à rembourser. Le système reposait donc sur une incitation perverse. C'est ce type de crédit distribué à des ménages qui a augmenté à une vitesse vertigineuse.

4) La titrisation.
Ou comment le mal s'est propagé.
Ces crédits se sont disséminés à cause de la titrisation. La titrisation est une technique qui consiste à loger dans une société ad hoc toute une série de crédits consentis à des ménages par exemple, puis à vendre les titres de cette société à des investisseurs pour qui cela constitue un placement. Ils ont en quelque sorte acheté à la banque ses créances. Ces produits élaborés par des banques d'investissement ont été placés, hors de leurs bilans, comme si les banques n'avaient été que des intermédiaires. Celles-ci revendaient les produits de la titrisation à des investisseurs, pouvant se trouver aussi bien à Wall Street, que Tokyo ou Paris. Ces établissements financiers se disaient : j'achète un millier de prêts et, pour réduire le risque, je mélange avec des crédits émis dans des régions très différentes - Floride, Californie, Texas... Le problème, c'est que ni les banques ni les agences de notation n'avaient envisagé une chute de l'immobilier sur tout le territoire. Or la baisse des prix et le montant des crédits non remboursés se sont renforcés réciproquement. Les banques ont saisi les biens des ménages insolvables et se sont efforcées de les revendre. Le gonflement des pertes a provoqué la défiance des investisseurs. Plus personne ne savait quelle était la valeur des titres. Et les transactions ont été gelées.


5) L'irresponsabilité des agences de notation.
Ou comment les investisseurs se sont laissé aveugler.
Ils ont fait confiance aux agences de notation. Aujourd'hui, trois sociétésa méricaines (Moody's, Fitch et Standard and Poor's) évaluent la qualité d'un titre ou la solidité d'un émetteur. Puis elles leur donnent une note. Comme les prêts regroupés dans les pools de crédits puis «titrisés» paraissaient bien diversifiés, les agences de notation estimaient le risque global peu élevé et elles ont accordé de bonnes notes aux titres émis. Ainsi les investisseurs, les caisses de retraite, les fonds de pension, les compagnies d'assurance-vie se sont laissé séduire par ces titres qu'on leur présentait comme des produits pas plus risqués que les emprunts d'Etat mais rapportant 0,5% à 1% de plus. Ils y ont vu une manière de doper leur rendement.
La mécanique s'est enrayée au printemps 2007. Les agences de notation se sont soudain réveillées. Elles ont abaissé la note de nombreux titres qu'elles avaient auparavant évalués AAA, la meilleure appréciation possible. Cette réestimation a tari la vente de ces titres, qui sont devenus impossibles à négocier. Comme les établissements qui portaient ces produits finançaient leurs opérations par de l'argent emprunté à court terme, ils ont alors rencontré les pires difficultés à trouver des capitaux. Voilà pourquoi les banques centrales ont dû désamorcer ces crises de liquidité récurrentes en alimentant en urgence les marchés.

6) Les «swaps», autres bombes à retardement.
Ou comment la facture pourrait encore s'alourdir.
Les estimations du montant des pertes augmentent sans cesse. On les évalue dans une fourchette très large : entre 1 000 et 2 000 milliards de dollars. Les banques auraient déjà perdu environ 500 mil liards de dollars, soit 360 milliards d'euros. Mais il y a d'autres bombes à retardement : notamment des pertes générées par les crédits à la consommation (achat de voitures...), que les Américains ne pourront pas rembourser - aux Etats-Unis, le taux d'épargne des ménages est nul, contre 15% environ en France. Leur ampleur exacte dépendra de la gravité de la crise et de la récession que connaîtront les Etats-Unis. Cette crise financière provoque un ralentissement économique très fort, le développement du chômage et la contraction de la consommation. Il va s'ensuivre une forte baisse des profits des entreprises. Or de nombreuses sociétés se sont endettées dans les années d'euphorie, soit pour racheter leurs actions, soit pour financer des acquisitions.D'autre part, les crédits aux entreprises servent de support à un marché complexe de transfert des risques qui pèse 62 000 milliards de dollars, soit 20 fois le produit intérieur brut de la France : c'est celui des crédit default swaps (CDS). Ces instruments sont des assurances qu'un prêteur achète auprès d'une banque ou d'une compagnie d'assurances pour se prémunir contre le risque de défaillance d'un emprunteur. Autrement dit, si je considère que je suis trop exposé sur tel ou tel risque (un pays, un secteur économique...), je vais échanger une part de ces risques avec ceux d'un autre prêteur exposé lui sur d'autres secteurs ou d'autres pays. Ces produits disséminent les risques entre opérateurs. L'assureur AIG était devenu un acteur très important sur ce marché. En s'effondrant, il risquait d'entraîner dans sa chute beaucoup de monde. C'est pour cette raison que le gouvernement américain a nationalisé cette société.


7) La nationalisation des pertes.
Ou comment Washington redécouvre les vertus de l'étatisme.
Les Etats-Unis ont recouru deux fois à des actions extraordinaires de ce type au XXe siècle. En 1933, la Reconstruction Finance Corporation a été créée pour recapitaliser les banques encore debout après les vagues de faillites des années précédentes. En 1989, lors de la précédente crise immobilière, la Resolution Trust Corporation a été conçue pour racheter les créances douteuses des caisses d'épargne. Dans tous les cas, les contribuables ont été appelés à éponger les conséquences de l'imprudence et de la cupidité des banquiers. L'Etat est en quelque sorte l'otage de son imprévoyance antérieure. En prétendant que les marchés pouvaient s'autodiscipliner et donc en démantelant les régulations, les dirigeants politiques ont délibérément favorisé l'instabilité financière. Washington a d'abord joué les pompiers en sauvant une à une les institutions financières. Mais aujourd'hui il semble avoir compris que cela coûte moins cher de concevoir un plan de sauvetage global.Pour financer son plan, dont on est encore loin de connaître les caractéristiques précises, l'Etat américain va devoir s'endetter pour des montants colossaux qui s'ajoutent à ceux résultant des prises en charge d'organismes financiers tels que Fannie Mae, Freddie Mac et AIG. Certes les pertes définitives au bout de nombreuses années pourraient se révéler limitées par la revente des créances. En réalité, tout dépendra du prix auquel l'Etat va racheter les créances et de sa volonté de les geler ou de les revendre le plus rapidement possible. Les autorités américaines vont sélectionner dans les crédits ceux qu'elles prennent et ceux qu'elles laissent aux établissements financiers. Quoi qu'il en soit, le déficit public de la somme de ces interventions pourrait atteindre de 5% à 10% du PIB de 2008.

8) Le modèle de la «banque universelle».
Comment les établissements français pourraient passer entre les gouttes.
Toutes les banques européennes, mais aussi les compagnies d'assurances sont impliquées. Elles ont participé au processus, notamment à travers leurs filiales américaines. Elles ont acheté ces produits financiers «titrisés». Certains, comme le suisse UBS, ont perdu des dizaines de milliards de dollars. Cependant les banques françaises, comme la plupart de leurs consoeurs européennes, sont universelles. Elles marchent sur plusieurs pieds : à la fois banques d'investissement, mais aussi banques de détail, qui collectent des dépôts et distribuent des crédits, elles font également de l'assurance, etc. Ainsi lorsque leur activité d'investissement est en danger, la banque dans sa totalité va courir à son secours. C'est ce qui s'est produit au Crédit agricole, où les caisses régionales ont secouru la caisse nationale à la suite des énormes pertes de sa banque d'investissement Calyon. Cela dit, ce modèle de la banque universelle n'est pas totalement prémuni contre le problème d'insolvabilité. Il a le défaut de mettre les déposants en péril à la suite des risques excessifs pris dans les marchés de capitaux par le département de la banque d'investissement. Au bout du compte, s'il y a des déficits énormes, on l'a vu avec l'assureur AIG, les pertes du département investissement peuvent lessiver le capital de l'ensemble de l'établissement.

9) La purge des systèmes financiers.
Ou comment la croissance va encore ralentir.
Le premier effet sera la raréfaction du crédit (lire encadré). Les banques ayant toutes accumulé des pertes, leur priorité va être d'améliorer leur solidité financière. Soit elles émettent des actions pour augmenter leur capital - mais la période n'est pas idéale -, soit elles reconstituent leurs marges en devenant plus restrictives sur le crédit. C'est déjà ce qui se passe. Il est de plus en plus coûteux pour les ménages et les entreprises d'emprunter. Pour les crédits risqués, l'offre se raréfie. Même si, à l'exception du Royaume-Uni, les mécanismes de financement y ont été différents de ceux des Etats-Unis, la crise immobilière touche aussi l'Europe. De nombreux ménages ne vont pas pouvoir rembourser leurs emprunts. Et la chute du marché immobilier diminue la richesse des ménages qui se sont endettés lourdement sur la valeur d'un bien déprécié. La consommation, qui avait déjà pâti de la hausse du prix des matières premières, chutera encore. Et pour les entreprises, l'euro fort des mois antérieurs - très pénalisant pour les exportations européennes - va continuer à peser pendant un certain temps.La France est déjà entrée dans un processus de récession. Au moins ce semestre. Avec des conséquences en termes de chômage et de pouvoir d'achat (lire encadrés). Pour l'an prochain, on verra. Tout dépendra de la rapidité avec laquelle les mesures prises par les Américains feront sentir leurs effets. Mais il faut savoir que lorsqu'une crise touche les banques, elle est toujours assez longue car il leur faut du temps pour redresser leur situation financière. De plus, ce processus de remise en ordre provoque un cercle vicieux lorsqu'il est poursuivi par tous les agents économiques privés. Chacun a intérêt à réduire ses dépenses pour pouvoir diminuer ses dettes : ménages, entreprises, banques. Tout le monde le faisant en même temps, la demande privée diminue. Il y a donc moins de revenus, moins de profits et donc une grande difficulté à se rétablir. C'est pourquoi la crise japonaise s'est éternisée dans les années 1990.

10) L'absence de politique commune.
Ou comment l'Europe risque de souffrir longtemps.
Les Etats-Unis montrent la voie. Dans une crise d'une telle ampleur, lorsque l'économie privée ne dépense plus assez, l'Etat doit intervenir. Or la politique économique de l'Europe est paralysée par le carcan du pacte de stabilité qui limite les déficits publics et n'est absolument plus adapté à notre époque. Les gouvernements européens sont incapables de promouvoir une action collective budgétaire. On l'a vu au dernier sommet européen Ecofin. Et il ne faut pas compter sur la Banque centrale européenne pour qu'elle abaisse le taux d'intérêt de manière préventive. Si on regarde les cycles économiques depuis 1980, c'est toujours aux Etats-Unis que les crises éclatent et c'est toujours l'Europe qui subit un ralentissement économique plus long. Les répercussions du retournement américain nous arrivent environ un an après. Mais faute de réponses adéquates, on met tellement de temps à s'en remettre qu'à peine sorti de la crise une autre arrive. Dernier exemple : les Etats-Unis sont repartis en 2003; nous en 2005 et, en 2008, ça recommence. Nous n'avons pas le temps de reconstituer une dynamique durable, et cela a pour conséquence l'affaiblissement de la croissance de long terme.

Michel Aglietta.
Michel Aglietta, professeur de sciences économiques à Paris-X, spécialiste d'économie monétaire internationale, est l'auteur de travaux sur le fonctionnement et les failles du système financier. Il a publié en 2004, avec Antoine Rebérioux, «Dérives du capitalisme financier» (Albin Michel).
Jean-Gabriel Fredet, Nicole Pénicaut, Sophie Fay, Thierry Ph.
Le Nouvel Observateur.

mercredi 24 septembre 2008

LE LHC NE REDEMARRERA PAS AVANT LE PRINTEMPS.

ACCELERATEUR DE PARTICULES.
Le LHC ne redémarrera pas avant le printemps.
NOUVELOBS.COM 24.09.2008 12:00.


Lancé en fanfare, le plus puissant accélérateur de particules au monde a été victime de deux pannes successives et n'aura finalement fonctionné que pendant trois ou quatre jours.
Le plus puissant accélérateur de particules au monde, victime de deux pannes successives, ne sera pas opérationnel pour son inauguration officielle, prévue pour le 21 octobre prochain (AFP).
Le LHC, le plus puissant accélérateur de particules du monde ne pourra pas redémarrer avant le printemps prochain à la suite d'une panne, a annoncé mardi 23 septembre à Genève, l'Organisation européenne de recherche nucléaire (Cern)."Le temps nécessaire pour l'enquête (sur la panne) et les réparations exclut un redémarrage avant l'arrêt obligatoire pour la maintenance durant la période hivernale, repoussant le rédémarrage de l'accélérateur au début du printemps 2009", a indiqué le Cern dans un communiqué.

Cette panne "survenant immédiatement après le grand succès du démarrage du Grand collisionneur de hadrons (LHC) le 10 septembre, est sans nul doute un coup psychologique", a commenté le directeur général du Cern Robert Aymar.Deux pannes successivesLancé en fanfare, le plus puissant accélérateur de particules au monde a été victime de deux pannes successives et n'aura finalement fonctionné que pendant trois ou quatre jours. Son inauguration officielle a été annoncée pour le 21 octobre prochain.

Vendredi dernier une importante fuite d'hélium a été détectée sur l'installation. Le gaz est utilisé pour refroidir à -271°C le circuit de 27 km enfoui à 100 mètres sous terre afin de permettre le fonctionnement des aimants supraconducteurs servant à guider les protons lancés à une vitesse proche de la lumière.

"La cause la plus probable de l'incident est la défaillance d'une connexion électrique entre deux aimants de l'accélérateur", a indiqué le Cern mardi soir. "Il est cependant nécessaire de ramener le secteur du circuit affecté par la panne à température ambiante pour une compréhension complète de l'incident (...). Cela prendra entre trois et quatre semaines", a précisé l'organisation scientifique.

"Instrument très complexe""

Le LHC est un instrument très complexe, d'une taille énorme et à la pointe extrême de la technologie à bien des égards", a souligné Peter Limon qui a été responsable du Tevatron de Chicago, le premier grand accélérateur utilisant la technologie supraconductrice. "Des incidents se produisent de temps en temps qui arrêtent les opérations pour des périodes plus ou moins longues, surtout dans la phase de démarrage", a-t-il souligné.

La construction du LHC a pris plus de douze ans, pour un montant de 3,76 milliards d'euros, mobilisant des milliers de physiciens et d'ingénieurs du monde entier.

L'engin doit faire percuter des protons pour notamment recréer, durant une fraction de microseconde, les conditions qui prévalaient dans l'univers juste après le Big Bang, avant que les particules élémentaires ne s'associent pour former les noyaux d'atomes.