dimanche 22 février 2009

SORTIR DE LA CRISE !


Le journal Libération, Rennes Métropole, la Ville de Rennes, le Conseil général d'Ille-et-Vilaine, la Région Bretagne, le TNB et Les Champs Libres ont décidé d’organiser à Rennes le Forum Libération les vendredi 20 mars, samedi 21 mars et Dimanche 22 mars 2009 sur le thème : « Sortir de la crise ! ».
La France, l'Europe et le monde sont secoués par une crise économique mondiale.
Une nouvelle donne s'instaure dans la vie politique, sociale et économique et s'accompagne de l'apparition d'idées neuves et d'une nouvelle conception de l'action collective.
Une mutation est en cours, dont Libération se veut le témoin et l'acteur.
À la veille des élections européennes, il s'agit de favoriserl'émergence de nouveaux débats, de réinventer le liensocial, de décrypter les codes émergents.
En quelque 50 débats, sous la direction d’un modérateur, philosophes, hommes politiques, économistes, sociologues… d'envergure internationale ou nationale confronteront leur point de vue, avant de réserver 30 minutes à la discussion avec le public.
Des débats locaux En amont de ces Rencontres, en mars, les acteurs locaux seront invités à des conférences théâtre-forum. Après 20 minutes de conférence (conférencier proposé par Libération), 1 h 30 sera réservée à un théâtre-forum pour permettre l’expression du public sur le sujet.A Chavagne, sur le thème : « Une économie verte, pour sortir de la crise »
A Rennes, le vendredi 13 mars, quartier des Longs-Champs, sur le thème « S’engager pour sortir de la crise », dans le cadre de la Caravane des quartiers, les 12, 13 et 14 mars.A Cesson-Sévigné sur le thème « Formations et diplômes pour sortir de la crise ».
(Dates en cours de calage et intervenants non connus à ce jour).
Favoriser l'émergence de débats locaux
Pour le journal Libération, c’est « l’occasion de favoriser l’émergence de nouveaux débats, de réinventer le lien social, de décrypter les codes émergents. Le lieu de rencontre entre intellectuels, politiques, décideurs, entrepreneurs, et notre communauté de lecteurs ». Cette manifestation était accueillie à Grenoble à l'automne dernier, après une édition à Nanterre.
Pour Rennes Métropole et les collectivités partenaires, c’est l’occasion d’accueillir un forum de haut niveau avec des personnalités politiques, culturelles, philosophiques, de créer les conditions d’un débat participatif et de montrer sa vocation à être « la Cité des idées ».Pour les deux équipements culturels qui vont accueillir le Forum à Rennes, le Théâtre national de Bretagne et les Champs Libres, c’est l’occasion de participer de manière significative à la diffusion de la culture et d’y associer leur public.

CROISSANCE : DROGUE OU PRODUIT MASQUANT DE L'ECONOMIE ?

Chronique d'abonnés
Croissance : drogue ou produit masquant pour l’économie ?
par Thierry FAYRET, Vice président Brest (PS) 17.02.09
Dans les médias, les économistes de tous bords font front commun pour défendre un retour de la croissance. A la façon d'un toxicomane en manque, les économistes hurlent à la croissance.
Est-ce une dépendance clinique ou cela cache-t-il bien autre chose ?
Nos modèles économiques revendiquent une justice sociale fondée sur l'idée que la croissance des uns, aussi démesurée soit-elle, finie par profiter aux autres. C'est cette théorie qui justifie les salaires ou les capitaux mirobolants d'une minorité s'affichant comme des locomotives pour tout le système.
Mais voilà, la mécanique s'est grippée. Officiellement, certains auraient abusés de jeux financiers trop complexes et il y aurait eu création de produits toxiques ! Mais la réalité est sûrement finalement plus simple, mais risque de mettre quelques années a être acceptée : c'est la promesse d'une croissance à 5% par an qui est une promesse toxique !
Tout système ne peut croître que de ce qu'il prend ou reçoit. Aujourd'hui, nous semblons découvrir que les matières premières vont venir à s'épuiser et que le soleil est la seule ressource durable sur terre, qui se transforme de diverses façons. Il va donc bien falloir négocier avec cela. La croissance globale va devoir s'équilibrer à hauteur du flux d'énergie solaire que l'on reçoit et transforme. Quand à la "croissance matériel", elle n'a d'avenir que dans le cadre dune réflexion de type "écosystèmique" à l'échelle des usages humains.
Pour résumer, il va falloir s'habituer à une croissance globale proche de zéro, car c'est finalement la seule dont nous disposions durablement. Cela ne signifie pas qu'individuellement la croissance sera nécessairement nulle, un effet de noria entre générations, entre pays peut générer des "croissances relatives", mais certainement plus raisonnées et mesurées que l'hyperconsommation actuelle.
Donc, s'il n'y a plus de croissance à l'avenir, la règle fondant la justice sociale du système d'hier tombe elle aussi. Une fois la promesse d'une croissance perpétuelle tombée, une question va se poser, celle de la répartition des richesses, celle des inégalités frappantes entre pays, mais aussi dans les pays. Le voile va tomber sur le modèle économique et les peuples risquent de demander des comptes à tous ceux qui ont fait vivre ces modèles. Voilà ce qui perturbe la sphère économique ces derniers jours, simplement la peur d'avoir à rendre des comptes ... pas forcément financiers d'ailleurs.
Non, la croissance n'est pas un produit addictif pour les économistes, c'est simplement un produit masquant pour les modèles qu'ils ont défendus depuis des années et qui ont justifié tant d'inégalités sociales, ici et partout dans le monde. Un produit masquant comme en utilisent certains sportifs, pour cacher ce qui leur permet de faire des performances hors du commun.
http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/02/18/croissance-drogue-ou-produit-masquant-pour-l-economie_1156827_3232.html

samedi 21 février 2009

LE VIN TUE. C'ETAIT DANS LE JOURNAL.

Le vin tue !
C'était dans le journal !
par Léon-Marc Levy, Rédacteur en chef du 920-Revue en ligne. 19.02.09.
Ca y est, c’est dit : un illustre inconnu, s’appuyant bien sûr sur des données INCONTESTABLES, a rendu, depuis hier matin, grâce à un battage médiatique ahurissant, le verre de vin rouge quotidien MORTEL ! Eh oui, chers ami(e)s, nous sommes condamné(e)s à mourir un jour. Je n’en avais pas le moindre soupçon.
Merci, immense Docteur, pour l’info.

Le ridicule ne tue pas, lui.
Dommage. On serait débarrassé d’une légion de croque-morts qui transforment peu à peu notre monde en une antichambre d’hôpital, voire de funérarium. Il y a peu, d’autres médecins, au moins aussi éminents, affirmaient, avec autant de certitude et de vanité, que le vin PROTEGE (contre le cancer, les maladies cardio-vasculaires, les cors au pied…)Pour ma part, je ne sais pas l’effet chimique du vin rouge (et autre) sur la santé. Je me doute bien que l’abus d’alcool est extrêmement dangereux. Mais j’ai aussi la certitude que l’abus de paranoïa, de sinistrose, de terreur mentale est encore bien pire. Que nos médecins conseillent aux gens la modération en tout me semble sage, qu’ils se transforment en essaims d’oiseaux noirs obscurcissant le monde dans une nouvelle forme …d’obscurantisme, me semble déplorable. On a mesuré, paraît-il, l’effet du verre de vin sur les risques de cancer.
A-t-on mesuré :
- Les bienfaits du même verre de vin, partagé avec sa compagne ou son compagnon, dans un moment de détente, de plaisir et d’intelligence ?
- Les bienfaits de l’éducation à la maîtrise de soi plutôt que l’extension infinie des interdits et des menaces ?
- Les méfaits de l’idéologie médicaliste, anxiogène et déprimante ?
- Les méfaits enfin d’une campagne de presse unanime, en pleine crise sociale, en pleine révolte antillaise, en pleine crise économique.
Le verre de vin était-il le problème essentiel du mercredi 18 février 2009 ? Si non, alors à quoi et à qui sert cette campagne ?
http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/02/19/le-vin-tue-c-etait-dans-le-journal_1157463_3232.html

mercredi 18 février 2009

DECROISSANCE ET DEMOCRATIE.

Institut d'études économiques et socialespour la décroissance soutenable.
Décroissance et démocratie.

Au cours des six derniers mois, la revue Alternatives économiques a consacré deux articles à la décroissance (1). Tout en évacuant soigneusement les questions soulevées, les auteurs décrivent la décroissance soutenable comme nécessairement antidémocratique. Pourtant, les défenseurs du concept de décroissance ont justement bâti leur argumentaire autour de la priorité à accorder de la défense de la démocratie et de l'humanisme. Il s'agit de la raison même d'être de cette idée : " Si nous ne rentrons pas dans une décroissance économique choisie aujourd'hui, dont la condition est une croissance des valeurs humanistes, nous courrons tous les risques d'avoir une décroissance imposée demain, jointe à une terrible régression sociale, humaine et de nos libertés. " " Plus nous attendrons pour nous engager dans la "décroissance soutenable", plus le choc contre la fin des ressources sera rude, et plus le risque d'engendrer un régime éco-totalitaire ou de s'enfoncer dans la barbarie sera élevé.(2) "
Pourtant, en quoi la décroissance économique serait-elle nécessairement antidémocratique ? Les régimes totalitaires ne cherchent jamais à réduire leur outil militaro-industriel. Bien au contraire, par essence, la politique économique de tous les régimes tyranniques du XXe siècle (stalinisme, fascisme, nazisme, ultra nationalisme japonais, etc.) a toujours eu pour fondement la recherche d'une croissance maximale. Dictatures et recherche de puissance sont irrémédiablement liées, indissociables. Au contraire, la décroissance s'inscrit dans la philosophie non-violente, qui est, elle, par nature antiautoritaire. Elle se situe clairement dans une volonté de non-puissance, ce qui n'est pas l'impuissance. La personnalité politique la plus proche des idées de la décroissance (autosuffisance, simplicité volontaire) est sans aucun doute Gandhi, démocrate mort assassiné à force de combattre des systèmes oppresseurs. La mouvance philosophique qui porte actuellement l'idée de décroissance économique en France (Silence, L'écologiste, Casseurs de pub, La ligne d'Horizon. . .) est justement la plus proche des idées gandhiennes.
De plus, dans une organisation démocratique, les tenants de l'abondance (croissance) devraient partager leur temps de parole avec les défenseurs de la sobriété (décroissance). C'est la condition d'un équilibre réel. Or, la théorie de la croissance occupe la totalité du temps. Dès que les partisans de la décroissance pointent le nez, les chiens de gardes aboient.

Il est à craindre que ce type de reproches ne se développe au fur et à mesure de la diffusion dans la société du concept de décroissance. Pourquoi ?

Une idée dérangeante
La science économique a évacué le paramètre écologique de son fonctionnement. Ainsi, elle fonctionne dans le virtuel, déconnectée de la réalité de la biosphère. Réintégrer ce paramètre fondamental peut sembler effrayant : il impose de remettre en question 200 ans de sciences économiques, du néolibéralisme au néo-marxisme. Tout le monde des " sciences économiques " est donc terrorisé à la seule évocation du nom de Nicholas Georgescu-Rõgen, le père de la bioéconomie et théoricien de la décroissance, qui s'est appuyé sur la science, lui, pour faire reposer les pieds sur Terre à l'économie. Galilée avait affirmé que la terre tournait autour du soleil : il a été condamné à la prison à vie par l'église. Nicholas Georgescu-Rõgen a démontré que la terre était finie, il a été condamné à la mort médiatique par tous les tenants du dogme économique, quelles que soit leur tendance. La réalité paralyse ces économistes néoclassiques qui imaginent mal comment sortir du mensonge où ils se sont eux-mêmes enfermés, et cela sans provoquer de drame. Mais ce n'est en pas fuyant la dure réalité que nous nous sauverons de pouvoirs tyranniques. Bien au contraire, plus nous attendrons pour faire face à la réalité, plus les risques de les voir survenir seront élevés.

Insulter plutôt que réfléchir
Quand une idée nous dérange et nous oblige à nous remettre en cause, un réflexe humain primaire suscité par la facilité et l'orgueil consiste à insulter son contradicteur. Cela donne le " T'es complètement débile ! " dans les cours de récréation. Et cela se traduit par exemple par la psychologisation de l'autre chez les adultes occidentaux formatés par le déterminisme freudien : " Il doit souffrir d'un problème sexuel ". La décroissance est un concept qui rompt une norme sociale intégrée de l'extrême droite à l'extrême gauche. Ces défenseurs seront immanquablement attaqués dans ce registre. Quoi de plus humain que d'insulter un interlocuteur dérangeant plutôt que de se remettre en cause. " Est déclaré fou celui dont la pensée est minoritaire ". Les bons vieux réflexes ont la peau dure et perdurent ainsi sous d'autres formes dans un autre contexte.

Une aspiration inconsciente
Le développement durable est entendu comme une approche avant tout technicienne de l'écologie. En cela, il répond parfaitement à notre actuelle idéologie dominante, idéologie qui a sacralisé la science. " L'homme ne pouvant vivre sans sacré, il reporte son sens du sacré sur cela même qui en a détruit tout ce qui en était l'objet : sur la Technique. " Jacques Ellul (3). Le " développement durable ", l' " écologie industrielle ", la " croissance verte ", la " production propre " sont autant de termes contradictoires qui révèlent l'attitude de l'occident face à la problématique écologiste. Croyant dans la toute puissance des techniques, scientifiques ou économiques, l'Homme occidental cherche comme remède ce qui fait sa maladie ? ?. " Seul un maximum de technologie permet de réduire la pollution au maximum " était le slogan d'une publicité pour la voiture Smart (4). Sur la science, fondée sur le doute, s'est greffée l'idéologie scientiste, véritable nouvel obscurantisme. Pour une opinion largement conditionnée, remettre en cause la capacité de la Technique à résoudre les problèmes environnementaux et sociaux est alors considéré inconsciemment comme un véritable blasphème. Il convient alors de d'õuvrer au salut de l'hérétique possédé par le démon.
A contrario, la volonté affichée du concept de décroissance soutenable est d'affirmer la nécessité d'une réponse passant d'abord par le philosophique, le politique, le culturel, et de reconsidérer la science comme un moyen. En cela, elle va directement à l'encontre de notre bain idéologique. Le désir de discréditer par tous les moyens les défenseurs de la décroissance soutenable répond aussi à une aspiration très profondément inscrite, et le plus souvent inconsciente, au sein de l'individu et de notre civilisation.

Les économistes ne sont plus des demi-dieux
Le concept de décroissance conduit inévitablement à " s'extraire de l'économisme ". C'est-à-dire à replacer l'économie à sa juste place dans l'échelle des valeurs. Ce n'est pas à l'économie de dicter sa logique à l'Homme. Elle est un moyen et non une fin. Son primat sur notre civilisation est absurde. Notre société ayant déifié la science, la " science économique " est devenu une religion, elle a son temple ; la bourse, et les économistes ont intégré le rang de grands prêtres. S'il semble légitimement très ardu pour l'opinion de s'extraire d'un terrible conditionnement, que dire de ceux pour qui la décroissance signifie déchoir de leur statut de demi-dieu vivant ? Ils seront évidemment prêts à tout pour conserver leurs privilèges, et en premier lieu à traiter de fascistes ceux qui leur demanderont de restituer un pouvoir usurpé à la démocratie. En effet, l'économie n'est que de la comptabilité dans le champ politique. Elle n'a rien à y faire. Elle n'est pas une science, comme la biologie et ou les mathématiques. Et si François Partant affirmait : " Aujourd'hui, un économiste est soit un imbécile soit un criminel ", force est de constater qu'il est le plus souvent un imposteur.
Une solution technique à un problème philosophique
Revenons aux articles d'Alternatives économiques. Dans les deux cas, bien que les dossiers de Silence ou les travaux de Nicholas Georgescu-Roegen aient mis en évidence l'impossibilité d'une " croissance verte ", les impasses de la " dématérialisation de l'économie " et les limites du recyclage, les auteurs concluent que la seule solution demeure en ce type de concept.
Pourtant, dans la pratique (5), la croissance (même verte ou propre) conduit inexorablement à une augmentation des prélèvements sur le capital naturel. Un exemple simple en a été donné par l'arrivée de l'informatique. Celle-ci a suscité chez les économistes néo-classiques un grand espoir pour la sauvegarde de l'environnement. La transmission d'information par pulsions informatiques devait apporter une réduction la consommation de papier, et ainsi soulager la ressource (forêts) et la nature tout entière (pollution diverses pour la fabrication). Ce fut le contraire qui se produisit : la consommation de papier décupla. Le papier étant abondant, les personnes exigent dorénavant un travail parfait et font de nouvelles impressions jusqu'à satisfaction totale. La facilité de démultiplication des documents produit une inflation de leur reproduction. Cela, sans compter les pollutions propres à la fabrication, au fonctionnement et à la destruction de l'informatique. C'est " l'effet rebond " (6). Le temps est fini de la conscience de la préciosité de sa feuille blanche que l'on préserve soigneusement en la gommant le plus possible avant de la jeter. Que s'est-il passé ?

Il a été apporté une solution technique à une problématique philosophique. Chaque fois que nous apportons une réponse inadaptée à un problème, nous l'amplifions. Les pots cassés sont payés soit immédiatement, soit plus tard, mais ils le seront de toute façon, et de manière d'autant plus importante et décuplée que l'on aura voulu l'occulter. Et à nouveau, plus la crise qui en découlera sera forte, plus le risque de voir survenir de pouvoirs autoritaires sera présent.

La radicalité n'est pas l'extrémisme
Un autre reproche récurant est de considérer toute idée radicale comme immanquablement extrémiste, donc potentiellement tyrannique. Mais qu'est la radicalité dans le sens où nous en parlons ? Il s'agit d'aller à la racine des problèmes, de se refuser à une approche purement superficielle. C'est le sens sémantique du mot "radical" (racine). La radicalité, ce n'est pas inexorablement l'extrémisme. Il s'agit de revenir à l'humain, à la philosophie, au sens, à appréhender l'humain dans toutes ses dimensions, réflexion sans laquelle nous sommes condamnés à une vision réductrice et régressive de l'Homme, à ne plus le voir que comme un consommateur, un tube digestif, un rouage dans la machine économique.
Dans l'excellent livre de Jean-Luc Porquet ; Jacques Ellul, l'homme qui avait presque tout prévu (3), Dominique Bourg, défenseur du Développement durable et de l'écologie industrielle, déclare " le radicalisme est une "forme de maladie de la pensée " et dit " tenir que son action ne serve pas à "des fins purement narcissiques" ". En qualifiant de maladie mentale un contradicteur de sa pensée, Dominique Bourg dévoile une facette totalitaire de son fonctionnement psychologique. En effet, l'incapacité à admettre la contradiction et le désir de psychiatriser le dissident est le révélateur d'un fonctionnement totalitaire, individuel ou collectif. L'opposant est forcément " extrémiste ", donc dément, et sera immanquablement fasciste ou traître. Des intellectuels comme Alain Finkielkraut ou Luc Ferry usent du même procédé. Toute pensée " radicale " est qualifiée " d'extrémiste ", tout propos non superficiel, vivant, est sitôt aussitôt taxé de " jusqu'au-boutiste ", dont l'émetteur souffre nécessairement d'une pathologie. Ainsi, Jacques Ellul parlait d'" homme totalitaire à conviction démocratique ". Seule l'approche superficielle est acceptée. C'est la condition nécessaire pour " tenir " le système et éviter toute remise en cause réelle, notamment de leur statut d'intellectuels médiatiques. On n'ose imaginer les qualificatifs que Jésus ou le Cyrano de Bergerac de Rostand, s'ils revenaient aujourd'hui, essuieraient de leur part, sans doute : " dangereux extrémistes terroristes ".


Une contestation factice
Ainsi, la contestation admise en vient plus paradoxalement à ne plus servir et renforcer un système qui fonde notre autodestruction (le consommateur critique peut être un consom'acteur, mais ne doit pas revendiquer son statut d'humain, le capitalisme doit devenir du " commerce équitable " et le pillage des ressources et l'esclavage économique sont promis au " développement durable ").

Le dictat de la " pensée de marché ".
Il serait faux de penser que le dictat ne peut venir que de la sphère politique. Le totalitarisme prend toujours de nouvelles formes pour mieux nous asservir. Celui qui nous menace aujourd'hui a été très bien décrit par Aldous Huxley " Les vielles formes pittoresques - élections, Parlements, hautes cours de justice - demeureront mais la substance sous-jacente sera une nouvelle forme de totalitarisme non-violent " (7). Le nouveau dictat est celui de la finance, pensée molle qui s'exprime au nom de la liberté et refuse à l'Homme d'aller à son essence, à sa conscience, à ce qui fait qu'il est humain. Sous couvert d'une fausse modération, la violence de cette logique est extrême : seul l'abrutissement dans la consommation, la télévision ou les neuroleptiques permettent de survivre. La sagesse est confondue avec la soumission, la recherche d'équilibres avec le nihilisme. Des pseudo-défenseurs de la démocratie se trouvent, le plus souvent à leur insu, devenir les plus serviles gardiens de la tyrannie (8).

La décroissance, c'est obliger à plus de démocratie
Néanmoins, le risque d'une décroissance imposée demeure vrai. Lester Brown, l'ex président du Worldwatch Institut l'a décrit comme une économie de guerre (9). Mais cela est-il spécifique à ce concept ? Il est le propre de toutes les idées qui se figent, qui n'admettent plus de contradiction, de produire des idéologies qui à leur tour généreront des systèmes autoritaires. Les délires et les fantasmes en la toute puissance de la technoscience nous conduisent plus sûrement encore au Meilleur des Mondes. Dominique Bourg accepte déjà l'idée de modifier le génome humain pour rendre l'Homme résistant à une dégradation importante de la couche d'ozone(8). Disons que le concept de décroissance soutenable, fondée sur la simplicité volontaire et l'humilité porte moins en lui les gènes de la dictature, qui couvent plus volontiers dans les systèmes idéologiques fondés sur la recherche de puissance. De plus, cette idée impose de resituer la réalité du pouvoir, elle renvoie les individus à leurs responsabilités, elle aide à " réintroduire le social, le politique dans le rapport d'échange économique retrouver l'objectif du bien commun et de la bonne vie dans le commerce social. " (10). La décroissance oblige aussi de distinguer la réponse institutionnelle de la réponse militante, donc de concevoir que nous ne pouvons pas avoir de solution totale, en cela aussi elle est antitotalitaire.

Les terrains essentiels sont les plus glissants, c'est pour cela qu'il faut être d'autant plus vigilant en s'y confrontant. Mais le plus grand des dangers demeure le refus de les aborder, effrayé devant ces risques. Et ce n'est pas en vivant dans le mensonge que nous nous protégerons. Une approche qui se cantonne à la superficialité produira inexorablement des chaos, qui eux seront porteurs du risque totalitaire.
Vincent Cheynet
(1) - Alternatives économiques : Le développement est-il soutenable ? Septembre 2002, Jacques Généreux
(2) - La décroissance soutenable - Silence n°280 - Bruno Clémentin et Vincent Cheynet.
(3) - Jacques Ellul, l'homme qui avait presque tout prévu - Jean-Luc Porquet - Editions le cherche midi - 2003.
(4) - La publicité est le vecteur de l'idéologie dominante. Cette dernière reproduit au cõur même de la société sa logique antidémocratique. La publicité "psychiatrise" ses dissidents en les qualifiant implicitement le plus souvent de "malades mentaux". Mais quelquefois, elle le fait explicitement, ainsi, une association d'agence conseil en communication décrivait voici quelques années, à travers une campagne de publicité, la publiphobie comme une "maladie" (mentale). Le terme publiphobie a été créé par les publicitaires : une phobie est une pathologie.
(5) - Même dans une pure théorie, une croissance complètement dématérialisée s'avère tout aussi impossible. En effet, elle conduit à une accélération infinie des échanges jusqu'à ce que l'humain décroche. Un phénomène qui existe déjà dans nos sociétés où l'accélération temporelle produite par le système Technique éjecte les plus faibles d'entre nous, incapables de suivre un rythme de moins en moins humain et naturel.
(6) - Point d'efficacité sans sobriété - François Schneider - Silence n°280.
(7) - Aldous Huxley, Retour au meilleur des mondes - Librairie Plon, 1959, p. 169.(8) - Les scénarios de l'écologie - P. 72 - Dominique Bourg - Editions Hachette, 1996. Ce livre est de symptomatique de ce " libéral-totalitarisme " : sous couvert d'une dénonciation des dérives potentielles, et réelles, de l'écologie, il impose le dictat de la Technique en défendant par exemple les O.G.M. - p.108.
(9) - " La guerre entre l'homme et la Terre est d'ores et déjà engagée " - Lester R. Brown - Le Monde, 27 février 1996.
(10) - Serge Latouche - Pour en finir, une fois pour toute, avec le développement. - Le Monde Diplomatique - Mai 2001.
http://www.decroissance.org/?chemin=accueil

samedi 14 février 2009

ELECTRICITE : LA LIBERISATION EST UN LEURRE.

La Libre.be > Economie. Énergie.
Electricité : la libéralisation est un leurre. Philippe Lawson.
Mis en ligne le 14/02/2009
D’après une étude de la Creg, elle ne profite pas vraiment au consommateur.
Le régulateur critique les producteurs qui profitent des imperfections de la législation. Des observateurs fustigent une étude malveillante et dénuée de preuve.
Dix ans après la libéralisation du marché de l’électricité en Belgique (loi d’avril 1999), force est de constater que le processus est un échec si l’on en croit une étude (67 pages) de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg). D’après ce dernier, la libéralisation ne profite pas vraiment aux consommateurs notamment en matière de prix. Paradoxalement, elle a débouché sur une explosion de la facture d’électricité. Le régulateur fédéral estime que l’échec est principalement dû à l’attitude des producteurs qui profitent "des imperfections du modèle du marché" pour maximiser leur profit sur le dos des consommateurs. "Les producteurs étaient bien mieux préparés. Leurs initiatives se sont révélées bien planifiées. Sous le couvert d’un fonctionnement de marché prétendument fructueux et de la surveillance connexe par la Creg, ils parviennent à commercialiser leurs propres systèmes de prix" , conclut la Creg.
Des producteurs critiquent
Elle estime que "le prix de référence proposé par Endex (NdlR : bourse de l’électricité proposant des prix à long terme) est un exemple flagrant de non-transparence et de représentativité douteuse".
La Creg critique principalement l’opérateur historique (Electrabel). "En proposant de plus en plus de produits différenciés à des groupes de clients différenciés, l’acteur dominant assure une maximisation du surplus du producteur", dénonce la Creg. "Nous avons inventé des produits, certes compliqués, mais nous ne faisons que nous adapter aux besoins de nos clients. Par ailleurs, nous avons signé de grands accords avec des producteurs importants (SPE/Luminus, EDF, Eon) et aujourd’hui, notre part de marché en matière de production est passée de 100 pc à 60 pc", a rétorqué Fernand Grifnée, porte-parole d’Electrabel que nous avons contacté. D’après lui, l’absence d’un cadre législatif stable empêche des producteurs étrangers d’investir en Belgique.
La Creg égratigne en passant Elia, le gestionnaire belge du réseau de transport. "Nous sommes surpris par cette étude de la Creg. Le régulateur sort un rapport, alors que nous sommes en discussions avec ses dirigeants sur les chiffres d’importation d’électricité. En moyenne, il y a eu une importation de 3800 MW en 2008, soit 39 pc de la consommation, ce qui est loin du chiffre avancé par la Creg (1700 MW)", critique Lise Mulpas, porte-parole d’Elia.
Des observateurs estiment que l’analyse du régulateur est "malveillante, non étayée. C’est un procès d’intention dénué de preuves", dénoncent-ils.
Le ministre fédéral de l’Energie, Paul Magnette (PS) salue le travail de la Creg, il estime que l’étude confirme qu’il faut prendre des mesures. "Plus que jamais s’impose une régulation forte de ce marché. Les conclusions confirment le bien fondé des nouvelles compétences relatives aux prix de l’énergie (NdlR : monitoring des prix) octroyées à la Creg. Elles constituent une première étape d’une mise à plat complète des mécanismes par lesquels les producteurs ont pu profiter d’une libéralisation conçue de telle façon qu’elle ne puisse jamais bénéficier aux consommateurs", a dit Paul Magnette.
Son homologue à la Région wallonne, André Antoine (CDH) estime que l’échec de la libéralisation résulte du fait qu’il n’y a pas assez de producteurs. Il estime que la prolongation du nucléaire et les projets dans le renouvelable apporteront une partie de la solution. Pour la Creg, il faut d’urgence réaliser une "étude consciencieuse sur la prolongation ou non de la durée de vie des centrales nucléaires".
http://www.lalibre.be/economie/actualite/article/481930/electricite-la-liberalisation-est-un-leurre.html