vendredi 10 avril 2009

LA CRISE ALIMENTAIRE, UN RISQUE POLITIQUE NEGLIGE.

Compte rendu
La crise alimentaire, un risque politique négligé
LE MONDE 09.04.09 15h11 • Mis à jour le 09.04.09 15h11

C'était il y a tout juste un an. Les images d'émeutes de la faim en Afrique, en Asie ou aux Caraïbes se succédaient dans les journaux télévisés. De nouveau, sécurité alimentaire rimait avec sécurité tout court.
Douze mois plus tard, on en est encore à tirer la sonnette d'alarme. Révélé par le Financial Times, mardi 7 avril, un rapport préparatoire à la réunion du G8 sur l'agriculture prévue du 18 au 20 avril en Italie réclame des "interventions immédiates". Il indique que la crise alimentaire, qui pourrait devenir structurelle si rien n'est fait, aura "de graves conséquences non seulement sur les relations commerciales, mais de même sur les relations sociales et internationales, lesquelles auront un impact direct sur la sécurité et la stabilité de la politique internationale".
La sous-alimentation progresse dans le monde
Faim. Selon la FAO, plus d'un milliard de personnes vont souffrir de sous-alimentation en 2009, contre 963 millions fin 2008. Avant l'envolée des cours agricoles, elles étaient en moyenne 850 millions chaque année.
Prix. Depuis les sommets atteints au printemps 2008, les prix alimentaires ont reculé, mais ils sont toujours supérieurs de 19 % à la moyenne de 2006.
Besoins. D'après la FAO, il suffirait de 30 milliards d'euros par an pour combattre la faim, en relançant l'agriculture familiale.
Même s'il est admis que les besoins en matières premières agricoles vont croissant et que le réchauffement climatique accentuera les dangers de pénurie et de flambée des prix, les pays riches continuent d'ignorer la question agricole. Au G20 de Londres, elle ne faisait pas partie des priorités, même si les Etats-Unis ont annoncé, à l'issue du sommet, qu'ils comptaient doubler leur aide à la production dans les régions pauvres, ou si la France veut lancer un fonds d'investissement pour aider l'agriculture africaine.
L'indifférence n'est pas née avec la crise financière et économique. "Cela fait trente ans que cette question cruciale est sous-estimée", rappelle Sophie Bessis, directrice de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Elle reconnaît que les experts en géostratégie eux-mêmes, qui commencent pourtant à s'intéresser à l'eau, négligent toujours la problématique agricole. Elle distingue, pour sa part, deux types de déstabilisation politique engendrée par l'agriculture : à l'échelle internationale, car depuis dix ans, c'est là-dessus qu'achoppent les négociations de libre-échange de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ; à l'échelle nationale, car les mécontentements sur la cherté des prix peuvent facilement déstabiliser les Etats en déficit de légitimité.
Si dans les pays riches, la hausse des prix alimentaires a amené les consommateurs à acheter autrement, "en Afrique, elle s'analyse en termes de vie ou de mort, et cela menace l'existence même des Etats", a rappelé Aly Abou Sabaa, de la Banque africaine de développement, lors d'un récent colloque à la Banque de France.
Plusieurs participants africains y ont rappelé les graves conséquences que peut entraîner l'inflation des prix alimentaires : des émeutes, mais aussi l'essor des migrations et du terrorisme, le développement de la culture de la drogue, comme en Afrique de l'Ouest, ou de la piraterie, comme en Somalie. Sans oublier les guerres que la faim a souvent provoquées.
"L'inflation est beaucoup moins un risque que l'hypervolatilité des cours, que nous ne savons toujours pas maîtriser", précise de son côté Jacques Carle, délégué général du MOMA, un groupe de réflexion français. Selon ses calculs, la tonne de blé devrait régulièrement varier de 80 à 320 euros dans les prochaines années.
Dans ces conditions, il sera difficile d'espérer une production mondiale stable, car les agriculteurs règlent leurs ensemencements sur le niveau des cours. Ainsi, en 2009, les Américains ont-ils décidé de mettre de nombreuses terres en jachère, dans l'attente d'une remontée des prix.
Pour protéger les populations des pays pauvres, une solution fait l'unanimité : permettre à leurs agricultures de se développer. Mais comment ? Depuis un an, les projets d'investisseurs étrangers à la recherche de terres sont devenus une nouvelle source de risques politiques. Paysans et populations s'inquiètent d'une spoliation des ressources. A Madagascar, l'accord de cession de terres au sud-coréen Daewo par l'ex-président Marc Ravalomanana a provoqué en partie la chute de celui-ci.
Un autre phénomène, désormais, entrave la hausse nécessaire de la production agricole et multiplie les risques de flambée des prix : la limitation de l'accès au crédit, du fait de la crise financière. En agriculture, tout est lié à l'emprunt : les paysans y ont recours pour acheter semences et engrais. A la Réserve fédérale américaine, on s'inquiète aussi de l'impact de la restriction du crédit sur les exportations, alors que l'OMC prévoit un recul des échanges mondiaux en 2009. Ce qui pèsera davantage sur les gros importateurs de denrées, dont les pays pauvres.
Enfin, la question se pose de la capacité budgétaire des Etats à garantir des prix alimentaires raisonnables. "En 2008, certains ont pu prendre des mesures grâce aux excédents budgétaires qu'avait générés l'envolée du pétrole depuis 2006. En 2009, ils ne pourront pas autant intervenir", soulignait récemment Philibert Andzembé, gouverneur de la Banque des Etats d'Afrique centrale.
En 2008, la subvention du prix du pain, les exonérations de taxes ou de droits de douanes pour faciliter les importations, voire des hausses de salaires ont permis de soutenir les ménages. Les huit pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine y ont laissé plus de 457 millions d'euros en recettes fiscales.
Laetitia Clavreul

http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/04/09/la-crise-alimentaire-un-risque-politique-neglige_1178651_3244.html#ens_id=1178742

mercredi 8 avril 2009

24 HEURES PHILO S'OUVRE A SES LECTEURS.

LIBERATION. 24 heures Philo.
Regards de philosophes français et étrangers sur l'actualité.
Un blog coordonné par François Noudelmann et Eric Aeschimann.
07/04/2009
24 heures philo s'ouvre à ses lecteurs
par Eric Aeschimann et François Noudelmann, animateurs de 24 heures philo •

Un an après la création de 24 heures philo, le temps d'un premier bilan est venu.
Au rang des motifs de satisfaction, il nous semble que le but recherché a été atteint: une petite fenêtre a été ouverte, des philosophes et intellectuels sont venus s'exprimer chez nous, des lecteurs nous suivent avec attention et la mise en ligne d'un texte suscite un nombre élevé de consultations (635.000 visites depuis le début et lorsqu'un texte est mis en ligne, la barre des 10.000 consultations en 24 heures est très souvent atteinte).
Des doutes, malgré tout, demeurent. La réaction éphémère qui est le principe du blog ne produit-elle pas une illusion de philosophie? Ne tombons-nous pas dans le piège de la simple "opinion"? Le risque existe. Au moins avons-nous varié les thèmes abordés, de l'élection américaine à la crise financière, de la Guadeloupe aux neurosciences, de la condition animale à Spike Lee. Chaque fois, une seule ambition a servi de boussole à nos choix: lire l'actualité en s'aidant des outils forgés par la philosophie et nourrir la philosophie du flux de l'information.

24 heures philo est un lieu fragile mais vivant. Lorsque Daniel Bensaïd veut répondre à Alain Badiou, c'est sur 24 heures philo qu'il le fait. La novlangue du temps présent est analysée chaque week-end par Giorgione. Quand une philosophe est interpellée pour être intervenue lors de l'embarquement d'un sans-papiers dans un avion pour le Cameroun, c'est 24 heures philo qui accueille son témoignage. Et c'est ici même que le colloque organisé par l'inspection générale de philosophie et filtré par les CRS a été décrypté la semaine dernière.
Aujourd'hui, 24 heures philo s'ouvre plus largement. Jusqu'à présent, les textes arrivaient de philosophes avec lesquels nous étions déjà en contact. Par définition, cela exclut beaucoup de monde. C'est pourquoi nous souhaitons faire savoir à tous nos lecteurs que cet espace peut devenir le leur et que leurs contributions, pourvu qu'elles s'inscrivent dans un dialogue entre l'actualité et la philosophie, pourront désormais y avoir leur place.
Cela ne veut pas dire que nous publierons tout texte qui nous sera envoyé. Les contributions devront s'inscrire dans un dialogue entre l'actualité et la philsophie, respecter une exigence d'écriture, de pensée, de construction. L'invective, l'attaque gratuite, l'argument d'autorité seront bannis. Notre sélection, par la force des choses, comprendra une part d'arbitraire que nous assumerons. Mais le désir d'élargir le cercle des contributeurs et d'approfondir l'espace commun de la réflexion est désormais une priorité.
Concrètement: que ceux que 24 heures philo inspirent nous envoient leur texte à l'adresse:
24heuresphilo@liberation.fr. L'envoyeur d'un texte retenu sera prévenu dans les plus brefs délais. En revanche, l'absence de réponse vaudra refus.
Une telle démarche est exceptionnelle dans le monde des blogs où règnent les égos scannérisés et les commentaires vite ficelés. La mise en commun de la pensée, tel est le but de 24 heures philo. Cela passe aussi par l'effort de l'écriture - et son plaisir.
http://philosophie.blogs.liberation.fr/noudelmann/

mardi 7 avril 2009

TOUS AMIS, TOUS PISTES.

Reportage
Tous amis, tous pistés
LE MONDE 06.04.09 15h31 • Mis à jour le 06.04.09 18h09
BERLIN ENVOYÉ SPÉCIAL

Un quartier animé de Berlin, par un soir printanier. Thomas, 31 ans, artiste peintre encore méconnu, s'installe dans son bar habituel et sort son téléphone mobile, un "smartphone" connecté à Internet. Aussitôt, son mini-écran affiche la page d'accueil de Aka-Aki, le nouveau réseau social "géolocalisé" permettant à ses membres de détecter tous les autres membres se trouvant dans les parages, et de communiquer avec eux en temps réel.
D'un coup d'oeil, Thomas constate que des centaines de Berlinois inscrits sur Aka-Aki sont connectés en ce moment, dont dix-sept à moins de dix minutes de marche. Leur nom et leur photo défilent automatiquement. D'un geste, il peut consulter leur profil, contenant toutes sortes de renseignements : ils habitent le quartier, ou y travaillent, ou sont venus pour dîner. Presque tous ont pris l'habitude de coller sur leur profil des stickers (étiquettes) pour expliquer en images leurs goûts et leurs préférences dans tous les domaines. Même ceux qui ne font que passer près du bar, à pied ou en tramway, sont recensés et archivés.
Le système précise que, sur les dix-sept personnes présentes dans le quartier, trois se trouvent à quelques dizaines de mètres de Thomas. La première s'appelle Zina, une jolie brune. Sans hésiter, Thomas lui envoie un message. Zina répond qu'elle habite en face du bar, mais qu'elle n'a pas le temps de venir boire un verre, car elle révise un examen : "Pas grave, se console Thomas, je la retrouverai facilement." Aka-Aki a enregistré la date et l'heure de la rencontre entre les mobiles de Thomas et de Zina, et a inscrit l'événement sur leurs profils respectifs. S'ils se croisent à nouveau, dans un jour ou dans un an, ils recevront un message d'alerte.
Thomas affirme qu'il a fait plusieurs rencontres grâce à Aka-Aki : "La première fois, je me suis fait draguer par un homosexuel qui ne l'avait pas indiqué sur son profil. Moi, je suis hétéro, dès le lendemain, je l'ai mentionné sur le mien." Il a aussi fait connaissance avec un autre jeune artiste : "Un matin de bonne heure, j'ai remarqué que son profil était apparu près de chez moi. Même chose les jours suivants, alors je lui ai demandé s'il venait d'emménager dans le secteur. C'était le cas, nous avons très vite sympathisé."
Soudain, le smartphone de Thomas émet un jingle indiquant qu'un nouveau membre vient de pénétrer dans sa zone de proximité : "C'est un ami à qui j'avais donné rendez-vous plus tard, pour dîner. Lui aussi a vu que j'étais ici plus tôt que prévu, il arrive."
Thomas et sa bande ont adopté Aka-Aki comme mode de communication principal. Quand deux membres signalent au système qu'ils sont officiellement "amis", chacun est mis au courant en temps réel de tout ce que fait l'autre. Et lorsque deux membres qui ne se connaissent pas encore se croisent par hasard, le système leur envoie la liste de leurs amis communs, directs et indirects - un premier sujet de conversation possible.
Peter, 28 ans, l'un des copains d'enfance de Thomas, aujourd'hui instituteur en maternelle, est devenu un inconditionnel d'Aka-Aki : "Je mets mon profil à jour aussi souvent que possible, toutes les dix minutes parfois. Quand je fais quelque chose d'intéressant, j'aime bien partager avec mes potes." Récemment, Peter faisait la queue devant une discothèque, quand il a vu sur son mobile que deux de ses amis étaient déjà à l'intérieur : "Ils m'ont dit que l'ambiance était nulle et la bière trop chère. Nous nous sommes donné rendez-vous ailleurs. Ce qui est vraiment nouveau, c'est qu'on se retrouve spontanément sans être obligés de planifier ni de prendre des rendez-vous contraignants."
Pour les utilisateurs, Aka-Aki est simple et instinctif, mais en coulisses le système est complexe. Les téléphones se trouvant à moins de 30 m les uns des autres se repèrent grâce à leurs émetteurs Bluetooth - installés pour faire fonctionner les oreillettes sans fil et échanger des photos. Au-delà de 30 mètres, Aka-Aki localise les appareils en interrogeant les nombreux réseaux Wi-Fi qui quadrillent la ville. Il peut aussi capter les signaux GPS, indiquant la longitude et la latitude des smartphones qui en sont dotés. Quand aucun autre système n'est disponible, Aka-Aki repère les mobiles connectés au même relais de téléphone GSM, ce qui fournit une localisation approximative. Si un membre se promène avec un vieux mobile non connecté à Internet, il est quand même inclus dans le réseau : à chaque fois qu'il croise un autre membre, il reçoit un SMS d'alerte.
Après des débuts incertains, Aka-Aki comptait plus de 100 000 membres en mars, surtout en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Mais rien n'empêche le reste du monde de se connecter : l'interface est en partie en anglais, et des versions en diverses langues sont en préparation. L'idée est née en 2006 : il s'agissait au départ d'un projet de fin d'études imaginé par cinq étudiants du département publicité de l'Ecole des beaux-arts de Berlin. Le succès de leur invention fut tel auprès de leur entourage qu'ils décidèrent d'interrompre leurs études et de créer une start-up.
Aujourd'hui, la société Aka-Aki, un nom facile à retenir, qui ne veut rien dire, compte 17 salariés, tous jeunes et branchés, installés dans un immeuble agréable au centre de Berlin. Son avenir à court terme est assuré grâce à une société allemande de capital-risque. Cela dit, son business model reste flou. Ses jeunes patrons essaient d'imaginer plusieurs scénarios : publicités géolocalisées ultraciblées, promotion d'événements, partage des recettes avec les opérateurs Internet... Ils ont déjà passé un accord avec la compagnie de télécom allemande E-Plus, pour que le trafic Aka-Aki reste gratuit. Aka-Aki pourrait aussi devenir un outil de travail. Roman Haensler, 29 ans, l'un des cofondateurs, lance une piste : "Dans un Salon professionnel, tous les téléphones vont s'échanger des cartes de visite et des CV numériques, ça va décupler le maillage."


Reportage
Tous amis, tous pistés
LE MONDE 06.04.09 15h31 • Mis à jour le 06.04.09 18h09
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La puissance de Aka-Aki semble illimitée, car un mobile doté de son logiciel ne repère pas seulement les autres membres, il recense tous les appareils émettant un signal Bluetooth : téléphones mobiles ordinaires, ordinateurs, imprimantes, GPS de voiture... Till, 29 ans, chercheur en biologie, fait une démonstration dans un café fréquenté par des étudiants. Dès qu'il entre, son mobile affiche une liste de 22 mobiles, 1 GPS et 7 ordinateurs portables. Le plus souvent, le signal Bluetooth diffuse simplement la marque et le modèle de l'appareil, mais parfois, le propriétaire a entré un pseudo, ou même son vrai nom. Le serveur central de Aka-Aki crée un profil pour chaque appareil et note qu'ils ont été "découverts" par Till en indiquant le jour et l'heure : "C'est comme un jeu de piste, tous mes amis savent que je suis passé par ici, puis par là, et combien de fois. C'est étrange, mais sur Aka-Aki, les objets acquièrent une vie propre." L'ordinateur du gérant du bar, installé dans une arrière-salle, possède bien sûr son profil depuis longtemps. Il affiche la liste de tous les membres de Aka-Aki ayant fréquenté le lieu, avec pour chacun d'eux le nombre de visites et la date du dernier passage.
Les filles, très rares au début, arrivent en masse. La première copine Aka-Aki de Till s'appelle Mona, 25 ans, étudiante en droit, détectée dans une fête, puis retrouvée dans un supermarché. Mona, qui a grandi dans une petite ville, fait un stage professionnel à Berlin, mais elle a du mal à s'adapter : "Dans ma ville natale, toutes les familles se connaissent, si un garçon me plaît, je n'aurai aucun mal à savoir qui il est. De toute façon, il n'y a que deux discothèques là-bas, tous les jeunes s'y retrouvent. Mais Berlin est si grand, on se sent perdu."
Un soir, alors qu'elle rentrait chez elle en tramway, elle remarqua qu'un jeune homme lui souriait. Elle le trouva beau, se sentit aussitôt séduite : "Nous nous sommes dévorés des yeux pendant tout le trajet, c'était intense." Mais Mona n'ose pas aller vers lui, et le garçon ne se décide pas non plus. Quand elle arrive près de chez elle, elle descend du tramway, la mort dans l'âme : "Je pense à lui tous les jours. S'il avait été inscrit sur Aka-Aki, son nom et sa photo se seraient affichés sur mon mobile. Une fois chez moi, j'aurais étudié son profil, et je lui aurais envoyé des messages, pour faire connaissance avant de lui fixer un rendez-vous. Bientôt, tous les jeunes Berlinois seront sur Aka-Aki, la vie des filles timides va changer."
Certaines femmes, dont la photo attire le regard, sont déjà célèbres sur le réseau. Clara, 24 ans, chef de projet marketing, est repérée sans arrêt, car elle circule beaucoup dans Berlin. Si on veut la voir pour de vrai, il suffit d'être un peu patient. Après trois tentatives, elle est enfin localisée un matin, dans un café, devant un petit déjeuner : "Je reçois 20 à 30 messages par jour. Je les lis tous, et je réponds parfois, s'ils sont drôles ou malins. Quand un garçon m'intéresse, je sais que je le retrouverai, à ma guise, sans stress. Aka-Aki offre cette liberté." Sur son profil, Clara a affiché sa nouvelle devise : "Bye-bye, vie privée !"
Le problème du respect de la confidentialité des informations n'a pas échappé aux créateurs de Aka-Aki : "Nous avons contacté les autorités compétentes pour savoir si notre système est licite, explique Roman Haensler, mais elles n'ont pas su nous répondre, Aka-Aki est trop nouveau. Nous collaborons avec les fonctionnaires pour imaginer un cadre juridique adapté." Cela dit, Roman et ses collègues sont convaincus que les jeux sont faits : "La fusion entre le monde numérique et le monde réel, souvent promise, est enfin en train de se réaliser. Nous allons créer une "réalité augmentée" inédite, dont personne, pas même nous, ne peut encore mesurer les conséquences."
Yves Eudes

JEUNES = DANGER ?

LE MONDE. Chronique d'abonnés.
Jeunes = danger ? par thierry c., ouvrier 05.04.09
Pas un jour ne se passe sans qu'on lise dans les journaux que les jeunes sont impliqués dans des actes d'incivilité ou de violence. A en croire les médias et certaines statistiques, les jeunes constitueraient ainsi une menace permanente contre laquelle il faudrait se prémunir. A l'appui de cette thèse il suffit de se référer aux statistiques policières qui soulignent la corrélation entre criminalité et forte densité de jeunes. Les cités, les lieux les plus dynamiques en matière démographiques sont ainsi des lieux de danger. Mantes la Jolie, et en particulier le Val Fourré, Sarcelles, Vaux en velin, sont ainsi autant d'endroits où il ne fait pas bon trainer lorsque l'on est un honnête citoyen.
Pour autant si on arrive à bien localiser les lieux criminogènes, on ne sait toujours pas endiguer la violence.
Pourquoi ?
Je ne lancerais pas ici dans une profonde analyse sociologique, je ne suis pas sociologue. Mais il faudrait quant même signaler que trop souvent nos jeunes sont des "sans droits".
Exclus du travail (près de 30% des jeunes sont au chômage), interdits de moyens de vivre, maintenus dans l'enfance de plus en plus tard, nos jeunes constituent, à n'en pas douter une classe de citoyens de seconde zone.
Prétendument à "l'âge de tous les possibles", nos enfants constatent bien souvent qu'ils sont surtout cantonnés dans une sphère d'impuissance angoissante, voir insuportable. L'accès à l'emploi représente pour eux une course épuisante, l'entrée dans un logement indépendant constitue une exception à 20 ans, enfin, les mots indépendance et liberté sont renvoyés au rang de concept depuis longtemps abandonnés.
Bref, nos jeunes, notre jeunesse, vit depuis de nombreuses années un exercice de grand écart insupportable. Présenté comme des modèles par les média et la presse qui magnifient leur beauté et leurs espoirs, les jeunes sont en fait cantonnés dans un rôle de figuration épuisant. Ils peuvent réussir dans le sport, briller dans la chanson, mais au delà des performances de l'image, et la "star ac" en est un exemple navrant, ils ne sont jamais considérés que comme des faire valoir. Loin de pouvoir présenter une autre chanson française, comme leurs ainés l'avaient fait, ils sont rappelés devant l'écran pour annoner les paroles de leurs ancêtres, comme s'ils étaient incapables de créativité.
Qu'aurait on dit si, dans les années soixante, soixante dix, Jonny Halllyday avait été cantonné dans le répertoire de Tino Rossi ?
Sans doute aurait on crié au scandale.
Or là personne ne dit rien. Peut être que nous sommes trop heureux de les voir s'épuiser à nous singer, au moins pendant ce temps là, ne cassent ils pas les vitrines des commerçants.
Peut être, mais reste qand même une question de fond : pourquoi la jeunesse, depuis quarante ans, se révolte t-elle de manière récurente ? Pourquoi depuis 1968 les jeunes sont-ils enclins à jeter des pierres sur les gendarmes mobiles et à contester toujours un peu plus violemment l'autorité ? Pouquoi les cités sont elles le théatre de violences récurentes ?
Ne serait-ce pas parce que les jeunes perçoivent chaque fois un peu mieux le hiatus qui se creuse entre les modèles qu'on leur propose et les opportunités qu'on leur offre ?

L'HOMME NE DESCEND PAS DU SINGE ... MAIS DU ROBOT.

LE MONDE.Chronique d'abonnés.
L'homme ne descend pas du singe...mais du robot !
par Robert Tixier-Guichard, Consultant www.crises-room.info
05.04.09

Contrairement à l’idée couramment admise par un évolutionnisme approximatif, l’homme ne descend pas du singe. Le singe ne l’aurait pas accepté.
Le robot descend du singe. L’homme descend du robot.
Qu’est-ce qui le prouve ? Cette puissante nostalgie à l’œuvre sous nos yeux. Il y a chez l’homme un curieux paradoxe à vouloir affirmer de manière croissante et simultanée, à la fois, sa liberté et une tendance généralisée à l’automatisation des fonctions humaines.Les robots sont partout parmi nous. Regardez. Dans la rue, dans le métro, au bureau, au spectacle, baladeurs, téléphones mobiles, mini-consoles de jeux, mini ordinateurs… black-berrysés compulsifs, iphonisés chroniques… qui sont ces êtres que nous côtoyons tous les jours ? Ces êtres qui dégagent une étrange impression de présence/absence par l’automatisation de leurs comportements ? La science-fiction fournit la réponse. Ce sont des androïdes : des robots à l’apparence humaine. Le phénomène est tellement puissant que Google a baptisé sa plate-forme logicielle de téléphonie mobile… Android !La robotisation de la guerre est un des exemples les plus fascinants de cette évolution. Mettre les robots en première ligne dans les conflits militaires, c’est prendre une solide assurance-vie. C’est supprimer la caractéristique principale qui donne aux guerres leur mauvaise réputation : les pertes humaines.
Un avenir de guerres sans pertes humaines aurait au moins un triple avantage. Ce serait d’abord un formidable moyen – pacifique ! - de traiter les crises sans cruautés inutiles. Ce serait aussi un puissant facteur de croissance économique et d’innovations technologiques : les guerres sont traditionnellement pour le monde des purges ou plutôt des saignées qui permettent de reprendre goût à la vie et de repartir d’un bon pied vers de nouvelles aventures. Ce serait, enfin, une excellente manière de joindre l’utile et le ludique : la guerre deviendrait un jeu électronique. Et les militaires n’auraient plus honte d’être de grands enfants.Restera un problème à régler.