samedi 8 novembre 2008

LES NAUFRAGES.

Interview de Patrick Declerck.


Voici une interview de l’auteur du livre "Les naufragés, avec les clochards de Paris", paru aux éditions "PLON" collection "Terre Humaine", Patrick Declerck, qui est ethnologue, psychanalyste et qui parle des processus de clochardisation et de grande désocialisation des individu(e)s dans notre société. Son approche et son travail d’ethnologue lui a permis de se plonger et de faire des observations, dans la rue, dans les centre d’hébergement, au plus près du milieu. Son travail d’analyste l’a amené à prendre en compte la dimension inconsciente des sujets à travers des consultations "psy" au sein même des centres d’accueil comme celui de Nanterre. C’est cette double approche qui rend intéressant cet ouvrage mais c’est également un engagement personnel ajouté à une sensibilité singulière qui fait surgir une parole, celle des clochards, qui n’est pas une population soulevant un intérêt considérable autre que la rubrique nécrologique dans les quotidiens en mal de sujets ou en mal de conscience. Cela nous porte vers une vision plus psychologique du phénomène mais cela nous mène aussi vers une critique de fond des dispositifs humanitaires et de leurs logiques normatives ou inéficientes. Cette première partie d’interview portera donc sur une présentation des clochards dont il parle ainsi que sur ce qui l’a conduit à ce terrain de recherche.

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No Pasaran : Pourriez-vous commencer par vous présenter rapidement ?
Patrick Declerck : Je suis philosophe de formation, j’ai ensuite un doctorat d’ethnologue, je suis psychanalyste membre de la société psychanalytique de Paris. Depuis 1982, je travaille sur la question des clochards, d’abord en tant qu’ethnologue. J’ai vécu dans la rue, j’ai mendié, j’ai été arrêté par la police, j’ai dormi incognito dans divers centres d’hébergement, à Nanterre et ailleurs. Je suis également co-fondateur de la mission France de Médecins du Monde où j’ai ouvert en 1986, la première consultation d’écoute spécifiquement orienté vers cette population. J’ai ensuite été consulter à l’hôpital de la Maison de Nanterre, haut lieu de la clochardisation puisque c’est le lieu où sont amenés les sans-abris par des équipes de la police et de la Ratp.
Vous avez choisi d’utiliser le terme : clochard. Pourriez-vous préciser ce que vous entendez par ce mot là ?
J’ai choisi ce terme qui peut sembler un peu désuet mais je l’ai préféré à celui de sans-abris ou sans domicile fixe parce que ce sont des nomenclatures purement négatives qui désignent l’absence d’un toit, l’absence d’un domicile mais qui ne véhiculent rien quant à l’identité des sujets. Et, justement, l’une des choses dont je me suis aperçu c’est qu’il y avait des distinctions profondes à opérer entre les gens qui sont dans la pauvreté, dans l’exclusion sociale, dans le dénuement d’avec quelque chose qui est bien plus compliqué et bien plus difficile à traiter, la clochardisation ou la désocialisation. J’ai donc choisi ce terme pour désigner ce monde extrême de l’exclusion sociale, la vie chronique à la rue, les laisser-aller les plus spectaculaires et les plus radicaux, l’alcoolisme profond dans lequel l’immense majorité de ces sujets macèrent. J’ai voulu, enfin, par ce terme mobiliser les représentations qu’ont tout un chacun.


Pouvez-vous donner quelques éléments d’information quant au nombre de personnes concernées, quant aux structures qui sont censées les prendre en charge ?
Si l’on parle des clochards c’est-à-dire du noyau dur d’une population qui est depuis longtemps et chroniquement désocialisée, qui vit en dehors du monde et qui y vit au long cours dans un espèce d’auto-abandon vertigineux, il s’agit là d’environ dix à quinze mille personnes sur Paris, région parisienne (il faut être extrêmement prudent vis à vis de ces statistiques car personne n’a véritablement d’informations précises là-dessus, il y a à Nanterre un fichier courant d’à peu près neuf milles patients mais on peut supposer qu’il y a plus de gens qui émargent à ces réalités. En France entière, il y a grosso modo cent mille personnes qui relèvent peu ou prou de ce type de difficultés.Et quant aux structures qui sont censées les prendre en charge ?Pour définir les alternatives d’aide auxquelles ces gens sont confrontés, il y a une institution qui domine à Paris et sa région, c’est évidemment le Centre d’Accueil et de Soin Hospitalier de Nanterre, ex Maison de Nanterre. C’est un lieu chargé d’histoire et d’histoire très sombre puisque c’est une prison pour pauvre qui a été ouverte au 19e siècle sous Napoléon et qui jusqu’aux années 30 ou 40 prenait de force les gens coupables du délit de mendicité ou de vagabondage et les incarcérait pendant 45 jours dans un régime de travail forcé. Ensuite au 19e siècle toujours, ils recevaient un Louis d’or et ils étaient remis à la rue On voit là, dés le départ qu’il y a un espèce de feu croisé dans ces pratiques sociales très particulières où se mélange un brouet totalement confusionnant : aide sociale, incarcération, punition et rédemption morale par le travail. Si, depuis 1992, le délit de vagabondage a été supprimé du code pénal, privant en cela les forces de police de toute légitimité de ramasser les gens de force, néanmoins, on est toujours dans une confusion entre nettoyer la ville, punir insidieusement ce qui est vu comme une transgression et les obliger à travailler.
De manière générale, la société offre deux alternatives, soit des hébergements de nuits renouvelables une ou deux fois (c’est donc 2, 3 nuits mais qu’est-ce que 2 ou 3 nuits dans une vie et qu’est-ce que d’ailleurs qu’une soupe ou un sandwich dans une vie…), soit un hébergement de 6 mois, renouvelable une fois dans un programme de mise au travail ou de formation.


Et en ce qui concerne les autres structures comme le samu social etc…
En gros, on est à peu près dans la même logique. Le samu social offre des choses intéressantes. Il permet de fournir une alternative, d’éviter un ramassage fliqué et potentiellement violent car même si le ramassage est volontaire les dérapages existent et ils sont nombreux. Ce "recueil social" permet une alternative médicalisée avec des consultations de soins et des lits d’infirmerie ce qui est très important car les gens dans la rue ne peuvent pas bénéficier de traitements ambulatoires et donc ils peuvent ainsi aller dans des lits où ils peuvent être soignés, se reposer etc… c’est une avancée importante.


Par rapport à votre expérience, comment en êtes-vous venu à travailler sur ces questions et comment se fait-il que vous y soyez resté plus de 15 ans.
J’y suis venu par hasard mais il n’y a pas de hasard disait Freud et je suis profondément psychanalyste. Moi-même, j’ai vécu…, je suis né en Belgique, j’ai vécu dans une douzaine de pays différents, j’ai vécu en Afrique, aux Etats-Unis. J’ai aussi certainement une affinité ou une tendresse particulière pour ces gens qui sont non-inscrits dans la société. J’ai dit, par ailleurs, dans d’autres interview que j’avais une sensibilité anarchiste et elle est profonde. J’ai tendance naturellement à m’intéresser à des gens qui semblent mettre en cause le fonctionnement de la société ou en tout cas qui semblent le refuser. En fait, je m’apercevrais rapidement qu’il ne s’agit pas de choix, ce point est absolument fondamental. On se situe là dans la grande pathologie et le choix là n’a plus de sens. Le choix, la volonté, la liberté sont des concepts de la normalité et la façon dont la réalité se raconte à elle-même. Quand on est dans la pathologie cela ne veut plus rien dire. Personne ne se réveille le matin en disant : Tiens ! Au fond, que vais-je faire de ma vie ? Vais-je devenir alcoolique, psychanalyste, hétérosexuel ou professeur de saxo ? Dans la logique du sujet et c’est cela l’inconscient, on est dans le développement du principe interne du sujet. ON n’est pas dans une liberté qui interviendrait comme le cheval dans la locomotive. Personne ne choisit la clochardisation. C’est une souffrance épouvantable. Imaginez le dénuement qu’implique le fait de devoir défèquer entre deux voitures, de devoir tous les jours, plusieurs fois par jour se reposer la question de ce que vous aller manger, d’où vous aller dormir !Dormir dehors, je l’ai vécu moi-même est quelque chose d’une horreur pérenne. Les agressions sont non seulement climatiques mais d’abord et surtout humaines. C’est la toile de fond de cette affaire. Il y a des gens battus, agressés, coupés au cutter. Nous avons un jour reçu à la consultation un jeune homme qui vivait dehors et qui avait été attaqué au cutter. On lui avait gravé des croix gammées sur la peau. On est dans des formes de violence presque inimaginables.


Dans votre expérience et votre travail, vous vous êtes "mis dans la peau d’un clochard" ?
Oui de 1982 à 1984, j’ai travaillé à la Maison des Sciences de l’Homme. J’étais assistant de recherche en ethnologie et dans le cadre des programmes, en bon ethnologue qui va partager la vie d’un peuple avec qui il travaille, non seulement pour l’observer mais aussi pour vivre leur vie ( pour essayer dans la mesure du possible car en même temps c’est une illusion), essayer de ressentir dans la chair ce qu’ils ressentent. Alors j’ai fait des séjours, la mendicité, dormir, arrêté par la police, etc… C’est absolument abyssal, terrifiant mais en même temps la réalité est bien pire que ce que j’ai pu en percevoir parce que, moi, quand j’ai fini, quand j’en ai marre, je rentre chez moi, je prends une douche et je passe à autre chose, à la différence des clochards qui, eux, sont dans ce monde à vie. Cela dit, je me suis aperçu de plusieurs choses. Je m’inquiétais beaucoup avec mes collègues anthropologues de la difficulté supposée de pénétrer ce milieu, d’être accepter, de pouvoir s’y promener. En fait, la première surprise a été de voir qu’il n’y a pas de problèmes d’acceptation ou d’initiation dans ce milieu, tout simplement parce que ce n’est pas une société comme une société à l’envers, négative. C’est un agrégat d’individus brisés qui se retrouvent là, rejetés et posés sur la plage comme par la marée. Donc, le néant n’a pas de portes. Il suffit d’aller dans les gares, de s’asseoir sur un banc et on y est. On peut parler avec les gens, pour ne rien dire d’ailleurs parce que c’est un milieu très fortement alcoolisé en y ajoutant les médicaments divers.En ce qui concerne l’alcool, nous avons mesuré à l’éthylomètre que 95 à 98% de cette population consommait l’équivalent en alcool de 4 à 5 litres de vin par jour, plus les médicaments, les anti-dépresseurs, les anxyolitiques, plus la fatigue, la malnutrition. Cela veut dire qu’on est face à des hommes et des femmes qui sont dans des états pratiquement d’inconscience, épuisé(e)s. Donc, dans la rue, on boit d’abord, on mendie, on s’engueule, on se réconcilie, on s’ennuie, on recommence. C’est un long ennui ponctué de crises, de vociférations... Je voudrais dire, aussi, que la mendicité c’est un travail. Un travail épuisant. Cela demande un courage physique et moral extraordinaire. C’est très difficile de mendier. Personnellement, je n’ai jamais eu le courage d’aller dans les rames de métro raconter une petite histoire et passer entre les gens dans un mépris général. En revanche, j’ai mendié passivement et je me suis rendu compte que quand on mendie on cesse d’exister, on devient l’homme invisible. Les regards passent à travers nous, les gens ne nous marchent pas dessus mais juste à côté, il y a des injures, des interrogation du genre : pourquoi ne travaillez- vous pas ? On est dans quelque chose d’une agression profonde. Les clochards mendient aux alentours de 3 ou 4 heures par jour pour obtenir entre 35 et 50 francs. Et cet argent, ils le boivent en partie. On ne dira jamais assez qu’un alcoolique ça boit ! Ce n’est pas une surprise mais cela veut dire aussi qu’il a besoin de boire. L’alcoolique et l’alcoolo-dépendance c’est être enchaîné à la nécessité d’avoir de l’alcool sinon le corps se met à dysfonctionner gravement. La crise du manque de l’alcoolique est une urgence médicale qui peut se terminer par le coma et la mort.


Vous abordez également la question de toutes les pathologies dont sont atteints le clochards ?
L’énigme psychiatrique, au fond, que posent les clochards c’est qu’ils semblent être dans des états d’insensibilité à la douleur absolument extra-ordinaire. Nous avons reçu des gens qui avaient des fractures apparentes où l’os a traversé la peau. Nous leur demandions : depuis quand êtes-vous dans cet état ? Ils nous répondaient : je ne sais pas, hier, avant hier… Je me souviens d’un homme qui était un jour venu à la consultation de Nanterre ( mais j’ai eu des expériences égales à Médecins du Monde). Il se déshabille pour qu’on le badigeonne de produit anti-gale. Il enlève un chaussette et l’orteil tombe. Pourri - il tombe. Il reste donc un os protubérant qu’il faut normalement amputé immédiatement. Cet homme refusera tout soin excepté un petit sparadrap, il remettra sa chaussette et s’en ira. Ce type de chose pose vraiment la question. Il y a des chaussettes dont l’élastique a sectionné le mollet et que le chirurgien retrouve contre le tibia. Il y a des chaussettes qui n’ont pas été retirées depuis des mois et qui sont intégrées à la peau.Ce sont des formes de souffrances inintelligibles, des pathologies psychiatriques apparemment non-décrites pour des patients qui ne sont pas, à priori, psychotiques, schyzophrènes dépersonnalisés et délirants et qui ont un discours assez banal qui dit : eh bien oui, voilà ce qui est arrivé à mon pied, c’est dommage… C’est une des raisons pour lesquelles je suis resté si longtemps sur ce terrain. Je me suis aperçu en 82 qu’il n’existait presque rien là-dessus. En 1982 encore, cette population n’intéressait absolument personne. Elle a commencé à intéresser l’ensemble de la société vers 1985 - 1986 - lorsque nous avons atteint le creux de la vague de la crise économique. C’est-à-dire qu’on a commencé à se mobiliser solidairement vis-à-vis d’eux quand on a eu le fantasme d’être, nous, en danger de se retrouver à la rue, de perdre travail, famille, etc…

vendredi 7 novembre 2008

LES KRACHS BOURSIERS.


La Hollande subit le premier krach de la Tulipe au milieu du XVIIe siècle. Le bulbe d'une espèce rare, Semper Augustus, affiche un cours de 1000 florins en 1623. Quelques années plus tard, en 1637, il a plus que quintuplé. Le revenu moyen d’un hollandais correspond à peine à 3% de la valeur d’un bulbe d’alors. Mais les choses se retournent brusquement, à la fin de la décennie. La valeur du bulbe chute. En 1642, sa valeur a été divisée par dix. L’Europe connaît alors une profonde récession.


Les krachs boursiers, une vieille histoire
LEMONDE.FR 10.10.08 16h52 • Mis à jour le 10.10.08 17h15
Le krach boursier, terme qui est actuellement à l'œuvre sur les marchés, est une baisse soudaine et précipitée – aux alentours de 10 % en une même séance – des actions touchant une place financière ou plusieurs d'entre elles. L'une des caractéristiques principales du krach est l'effet de panique qui voit les investisseurs vendre tous en même temps, créant ainsi une spirale baissière que rien ne peut arrêter. Le terme de "krach" apparaît lors de la chute des Bourses de Vienne et de Berlin en été et en automne 1873.

C'est donc un phénomène ancien, et l'Histoire a été ponctuée de krachs plus ou moins spectaculaires.
LES PRINCIPAUX KRACHS DE L'HISTOIRE BOURSIÈRE
1637 : krach de la tulipe.


La "tulipomanie" fut, en Hollande, la première bulle spéculative économique et financière de l'histoire moderne. La spéculation était fondée sur le commerce des bulbes de tulipe, dont les prix atteignirent des sommets. Ainsi, en 1623, le bulbe d'une variété rare affiche 1 000 florins, en 1625, 2 000 et en 1637, 5 500 (le revenu annuel moyen de l'époque est de 150 florins). Mais en février 1637, les cours s'effondrent, déclenchant une véritable panique. En 1642, après le krach, le prix de la tulipe n'était plus qu'au dixième de sa valeur et cent ans plus tard à deux centièmes.

1720 : la faillite de Law.

Elle est provoquée par l'action de John Law, financier irlandais qui avait été chargé de restaurer les finances du royaume de France très endetté. Law va introduire le papier-monnaie en 1716 et créer une banque privée qui deviendra la Banque royale en 1718. Les actions de la banque montent en flèche au début. Mais le public finit par perdre confiance dans les billets, une nouveauté en France, et exige leur remboursement en or et en argent. La valeur des billets émis dépassant de beaucoup l'encaisse de la banque (valeur des billets et dépôts), celle-ci fait faillite. Les actionnaires perdent tous leurs investissements et Law prend la fuite. Ce premier krach en France fâchera durablement les Français avec la Bourse.

1873 : krach de la Bourse de Vienne.

L'unification allemande de 1871 favorise le développement économique du monde germanique. Mais le développement de la concurrence entraîne ensuite une baisse des profits des banques. Les actionnaires s'inquiètent et la Banque de Budapest doit faire face à des demandes de remboursement ; elle ne peut faire face et se retrouve en cessation de paiement. D'autres banques sont ensuite touchées et la crise s'étend ailleurs en Europe. Les Bourses chutent, d'abord à Vienne – la Bourse de l'Empire austro-hongrois –, puis dans le reste de l'Europe.

1882 : krach de l'Union générale.

La faillite de cette banque catholique française entraîne celles de nombreux agents de change. Les Bourses de Lyon et Paris sont ébranlées. La crise de plusieurs années qui s'ensuit affectera surtout les mines, la métallurgie et le bâtiment, entraînant son cortège de misère, chômage et conflits sociaux violents comme à Anzin (Nord) et Decazeville (Aveyron).

1929 : krach à Wall Street.

C'est le plus connu et le plus grave par son ampleur et ses conséquences. Il fait suite à la vague de spéculations à partir de 1927 aux Etats-Unis en raison de la forte croissance de l'économie américaine. Le fait que 80 % des transactions sur les actions se font à crédit rend très risqué un retournement du marché qui rendrait le remboursement des titres impossibles. C'est ce qui se passe fin octobre 1929. Le jeudi 24 octobre, l'indice Dow Jones de la Bourse de New York perd plus de 22 % en début de séance, mais se redresse et limite sa baisse à 2,1 % en clôture. Il replonge ensuite de 13 % le 28 octobre et de 12 % le 29. Puis les Bourses ne cesseront de reculer. Cette crise donne un coup de frein aux spéculations boursières. Elle marque le début de la Grande Dépression aux Etats-Unis et d'une crise économique mondiale, qui affecte l'Europe dans les années 1930. Favorisant par ses effets – une très forte hausse du chômage notamment – la montée du nazisme et du fascisme en Europe, elle est un des facteurs de la seconde guerre mondiale. Ce n'est qu'en 1954 que la Bourse américaine retrouvera son niveau d'avant le krach.

1987 : krach du 19 octobre à Wall Street.

A la suite d'un déficit commercial important et d'un relèvement des taux directeurs de la Bundesbank, le Dow Jones perd 22,6 % en une journée. Les autres places boursières chutent également, mettant en lumière l'interdépendance des marchés financiers mondiaux. Il s'agit du premier krach de l'ère informatique.

1998 : krach russe.

Au mois d'août, le rouble perd 60 % de sa valeur en onze jours (dont 17,13 % le 27 août). La Russie connaît une crise économique et monétaire en partie liée à la crise financière asiatique de 1997. Le fonds spéculatif américain LTCM, qui menait des opérations sur les titres obligataires, n'évite l'écroulement que grâce à l'intervention de la banque centrale américaine, qui veut éviter un effet dominos sur les marchés financiers.
1998 : crise asiatique. Elle frappe des pays émergents considérés comme des modèles de développement avec une forte croissance économique, mais de gros déficits extérieurs que venaient financer les flux de capitaux étrangers. Elle éclate en Thaïlande le 2 juillet 1997, lorsque les autorités décident de laisser flotter le baht, la monnaie du pays, qui se déprécie fortement. La perte de confiance dans les monnaies asiatiques s'étend et entraîne la dépréciation d'autres monnaies de pays émergents asiatiques ; elle conduit à l'insolvabilité de nombreuses banques, qui entraîne un effondrement de l'activité économique. Les Bourses s'effondrent, mais les effets sur l'économie mondiale sont relativement limités.

2000 : éclatement de la bulle Internet.

La bulle spéculative autour des valeurs boursières liées à l'Internet et aux nouvelles technologies se dégonfle. Après un record à 5 048,62 points le 10 mars, l'indice Nasdaq de New York, qui concentre les valeurs de l'Internet et technologiques, recule de 27 % durant les deux premières semaines d'avril et de 39,3 % sur un an. Cette chute se répercute sur tous les marchés liés à la "nouvelle économie". Elle se transmet ensuite aux autres marchés liés à cette "nouvelle économie".

2001 : le 11 septembre,

après les attentats contre le World Trade Center et le Pentagone, la Bourse de New York est fermée pour une semaine. A sa réouverture, l'indice Dow Jones perd 684 points (- 7,3 %).

2008 : la crise des subprimes.

Due à une bulle immobilière aux Etats-Unis (qui existe aussi dans certains pays d'Europe), la crise des subprimes (crédits hypothécaires à risque) aux Etats-Unis se propage aux marchés financiers américains et mondiaux. Sur les neuf premiers mois de l'année, les principaux indices boursiers perdent plus de 30 %. La crise s'aggrave début octobre avec des chutes approchant 10 % sur de nombreux marchés mondiaux le lundi 6 octobre et le vendredi 10 octobre. Les autorités économiques tentent de réagir avec la politique budgétaire – plan de relance, mesures de recapitalisation des banques en difficulté – et monétaire – baisse des taux d'intérêt des banques centrales, injections massives de liquidités –, mais les Bourses pour l'instant cèdent à la panique. Les perspectives économiques en Europe et aux Etats-Unis se dégradent, et la récession pointe. La crise pourrait encore durer plusieurs trimestres. Le point bas des Bourses n'est donc peut-être pas encore atteint...
Edouard Pflimlin, avec AFP

http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2008/10/10/les-krachs-boursiers-une-vieille-histoire_1105364_1101386.html

jeudi 6 novembre 2008

L'OMBRE DE 1929.

Le lundi noir du 19 octobre 1987 constitue un coup très dur pour l'économie capitaliste internationale.

Ce jour-là et le lendemain, les bourses sont connu une baisse du cours des actions supérieure à celle du "Jeudi noir" d'octobre 1929 à Wall Street.

La perte totale des seuls actionnaires américains est évaluée à 1.000 milliards de dollars. Pour donner un ordre de grandeur, les particuliers ont perdu presque la moitié de l'équivalent de toute la dette publique des Etats-Unis. Les pertes mondiales dépassent 1,500 milliards de dollars, 50% de plus que toute la dette du "tiers-monde".

Le fait que la dette ait récupéré dans les jours suivants une partie de la baisse, ne signifie pas que ces pertes aient été annulées. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui ont perdu et qui ont regagné. La grande majorité des petits et moyens actionnaires ont encaissé la perte sans racheter et regagner quoi que ce soit les jours suivants. La chute brutale des cours qui s'est étendue à toutes les bourses du monde capitaliste reflète l'énorme instabilité monétaire qui règne aujourd'hui sur l'économie capitaliste internationale. Le commentaire des praticiens de la méthode Coué, à commencer par madame Thatcher et selon lesquels il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter puisque "l'économie réelle" serait saine, est frappé du sceau de l'aveuglement sinon de la volonté délibérée de tromper le public.

Ce qui est justement le propre de la spéculation boursière, c'est qu'elle ne reflète jamais la situation du moment. Elle anticipe, c'est-à-dire, elle traduit des prévisions sur ce qui se passera après-demain. En ce sens, la chute des cours en Bourse correspond aux craintes d'une nouvelle récession généralisée qui se répandent de plus en plus. En fonction de "l'économie réelle", ces craintes sont tout à fait fondées.Est-ce à dire qu'un "nouveau 1929" a déjà commencé? La chute des cours à Wall Street déclenchera-t-elle une crise économique de la gravité de celle d'après octobre 1929 ? La question est mal posée pour deux raisons.

Tout d'abord, pour qu'un effondrement des cours à la Bourse déclenche une grave crise de surproduction, il faut plusieurs facteurs concomitants. La Bourse s'avère certes le maillon le plus faible de la chaîne. Mais d'autres maillons doivent sauter pour que toute la chaîne cède. Des institutions financières doivent être frappées à mort arrêtant net l'expansion du crédit; de grandes firmes industrielles doivent faire faillite; les commandes, la production courante, l'emploi, doivent sensiblement reculer. Tout cela ne s'est pas encore produit. Tout cela peut se produire dans les mois à venir.

Ensuite, en 1929 non plus, on n'est pas passé d'un seul coup du "jeudi noir" à 30% de chômeurs aux Etats-Unis, à 40 en Allemagne. Il a fallu plus de deux ans pour arriver à ce résultat catastrophique. Paradoxalement, pour le capitalisme, le moyen que les gouvernements impérialistes ont imaginé pour arrêter la chute de Wall Street, est plus grave que la chute elle-même : l'injection de nouveaux crédits, un nouveau gonflement de la masse monétaire, une nouvelle amplification de la montagne de dettes. Le fait que ce soit accompagné, contre toute logique, d'une baisse momentanée des taux d'intérêts, ne fait que souligner le caractère "après nous le déluge" de cette pseudo-thérapeutique.

Le déficit persistant de la balance commerciale américaine inonde le monde de dollars dépréciés. Peut-on "attirer" des capitaux étrangers aux Etats-Unis en faisant baisser les taux d'intérêts ? Gageons que les capitalistes japonais et européens réagiront à leur façon. On a appris l'autre jour que dans le Grand Los Angeles, les trois quarts des grands immeubles sont déjà propriété étrangère! Voilà où aboutit la politique de Gribouille de monsieur Reagan. Il colmate la brèche dans la forteresse en la remblayant de caissons de dynamite. Cela ne préservé pas l'avenir de nouvelles explosions.Plus que jamais, la spirale d'endettement va s'étendre. A court terme, on peut prévoir la réduction du pouvoir d'achat des consommateurs, un nouveau pas vers la récession. Puis, ce sont les dettes du Tiers-monde, celles des Etats-Unis, celles des banques et bourses japonaises, celles des pouvoirs publics et de la Sécurité sociale en Europe, qui commenceront à dégringoler. Toute la boule de neige s'est mise en mouvement depuis plus d'un an. Le reste n'est qu'une question de chronologie : crise généralisée en 1987 ou en 1988 !
Ernest Mandel. 2 nov. 1987.

samedi 1 novembre 2008

QUAND ON ENTERRERA LA MORT.

Jean-Louis Corby. Tout a une fin.

Débat.


Quand on enterrera la mort.
Môrice Benin.

Quand on enterrera la mort
Comme un péril abandonné
Au plus profond de nos entrailles
Au plus profond des simulacres
Quand elle ne bouchera plus
De son hydre hideux
Notre sexe notre oreille notre pupille dilatée
Notre nez notre manque
Notre vide enraciné
Au plus profond de nous
Quand on enterrera la mort
A chaque geste à chaque pas
Un mensonge dans chaque doigt
Comme une main qui nous égorge
Quand on retournera sa face
De brute et creuse intelligence
Sous les couvercles sous le masque
Vit un vieux dragon de légende
Un Khomény de choc
Une fatma roucouleuse

Et si la mort n'était pas une fatalité
Même si ses tentacules créent l'illusion
Ses ramifications ses représentants de commerce
Ses idéologues glauques
Quand on enterrera la mort
Comme on décrispe son visage
Comme on desserre un étau
Qui n'existait que dans l'image
Quand elle n'aguichera plus de ses mots de sirène
Tous le branchés de la terre pris dans leurs petits plans d'enfer
Toutes nos stars modèles
Tous nos héros de choc
Nos miroirs nos carottes
Et si la mort n'était pas une finalité
Même si nos enterrements créent l'illusion
Ces images qui fondent
Dans l'oubli et le temps
Ces adieux pathétiques et ce manque déchirant
Où nous jette l'absence

Quand on enterrera la mort
Quand on enterrera la mort
Quand on enterrera la mort

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Point de vue : La mort est en danger de mort, par Robert Redeker, philosophe.
Le Monde. 31/10/08.
Il n'est pas dit que nos arrière-petits-neveux prendront, comme nous, le chemin du cimetière à chaque Toussaint.
L'évolution des biotechnologies pourrait mettre la mort en danger. Très bientôt l'espérance de vie aura doublé par rapport à ce qu'elle était au XXème siècle. La possibilité d'une existence humaine indéfiniment prolongée se dessine à l'horizon. En s'appuyant sur les promesses des cellules souches, sur la régénération, sur la cryonie et sur les transplantations d'organes, certains envisagent même, à terme, la mort de la mort.
Faut-il s'en réjouir ?
Dans quel monde vivons-nous ?
Celui des crèmes anti-âge, du Viagra, des pilules minceurs pour femmes ménopausées, des cosmétiques pour hommes grisonnants ! Celui où le rayon yaourts des supermarchés ressemble à une pharmacie ? Celui de l'espérance de vie ne cessant de s'étirer ? Celui d'une extraordinaire nouveauté : l'enfant contemporain, comme l'observe le sociologue Paul Yonnet, est élevé comme un immortel, dans l'ignorance de la mortalité. Ces symptômes sociaux traduisent l'emprise croissante d'une bio-utopie : celle de la vie n'évoluant ni vers le vieillissement ni vers la mort. L'homme contemporain a perdu un peu de son âme en n'affrontant plus la mort. Son esprit est déjà celui du temps où la mort n'existera plus.
La régénération, qui commence avec les cosmétiques, mais dont l'aboutissement s'accomplit dans l'effacement de la mort, est l'ennemie de la génération, de la jeunesse du monde. Nietzsche craignait de voir se multiplier des "générations d'enfants aux cheveux gris". C'est l'inverse, tout aussi effrayant, qui se produit, dessinant les linéaments de notre futur : des générations de vieillards à visages et corps juvéniles.
La vieillesse est ainsi en train de phagocyter la jeunesse. Combien de femmes quinquas redeviennent des poupées Barbie ? Combien de grands-pères travaillent leur apparence pour conserver un look de trentenaires ? Pourtant, si la bio-utopie immortaliste se réalise, le résultat sera bien plus radical : la vieillesse aura fait disparaître la jeunesse. Le signe distinctif de la jeunesse : l'avenir. Le signe distinctif de la vieillesse : le passé. Or la particularité des vieillards aux visages juvéniles qui peupleront la Terre une fois que la mort aura disparu s'exprimera ainsi : n'avoir ni passé (du fait de la régénération) ni avenir (du fait de la disparition de la mort).
FANATISME SANITARISTE
Un humain ignorant de la mort, est-ce encore un homme ?
Il ne connaîtra pas le temps. Sans le surplomb de la mort, l'avancée de la rouille, la morsure de la précarité de l'existence, le temps n'est plus sensible, il n'est plus que chiffre. Or, comme la sensation du temps qui passe fabrique l'étoffe de notre vie intérieure, l'humain ignorant de la mort court le risque de n'être qu'une machine vivante sans âme, désanimée. La philosophie nous l'enseigne : l'homme est l'être-pour-la-mort, le vivant tire son être de son rapport à la mort.
La fin de la mort entraîne une conséquence politique, déjà à l'oeuvre : la biologisation de la vie collective par l'évaporation des frontières entre vie sociale et vie biologique. Pourquoi ? Parce que la vie, dans sa dimension purement zoologique, sera devenue plus que la seule valeur : le seul absolu. La vie aura vidé le ciel de toutes les valeurs exigeant le sacrifice de l'existence : la patrie, l'idéal politique, autrui, la justice, le Bien.
Le fanatisme sanitariste (chasse au tabac, aux aliments gras, à l'obésité, à l'alcool, etc.) qui secoue la société actuelle exprime l'effacement de cette frontière. Il exprime aussi la montée en puissance de la vie au détriment de tout ce qui vaut. Si cette tendance venait à envahir tout l'espace public, le but de l'existence collective se réduirait à un programme des plus vides : améliorer, perfectionner, et prolonger la vie. La politique se limiterait à gérer la vie biologique (la santé) des individus.
Le recueillement de la Toussaint - dernier avatar de ce culte des morts dont chacun sait qu'il est signe d'humanité - nous rappelle que pour rester des hommes nous devons protéger la mort autant que la vie, assumer le défi de notre mortalité. La disparition de la mort serait en effet la vraie mort de l'homme.
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/31/la-mort-est-en-danger-de-mort-par-robert-redeker_1113261_3232.html